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Rugby. L'autre Grand Chelem bleu

Comme les garçons, le Quinze de France féminin a pris la couronne européenne aux Anglaises samedi dernier. Tour d'horizon avec la manageur des Bleues.

" C'était un match épique. Quinze professionnelles anglaises contre quinze Françaises amateurs. La veille, je me suis dit que ce serait bien de ne perdre que de dix points. Nous en avions pris cinquante l'an dernier à Twickenham. Mais les filles ont tout donné sur le terrain. Elles ont gagné à l'arraché en remontant de 0-12 à 13-12. Je vous assure qu'après cet exploit elles n'avaient pas envie d'aller danser lors de la troisième mi-temps. "

Six jours après ce grand chelem, Wanda Nouri, manageur de l'équipe de France, revit encore l'exploit : vaincre les Anglaises championnes du monde et d'Europe 13-12 au finish, par une pénalité de Christelle Le Duff à la 75e minute. Les témoins des cinq matchs de Tournoi féminin gagnés par les Françaises en sont ressortis avec le plein d'émotion, conquis. Entretien.

À Murrayfield, il y a quinze jours, les spectateurs ont envahi le terrain après votre victoire face à l'Écosse.

Pourquoi les matchs de l'équipe de France féminine suscitent-ils peut-être plus de passion que ceux des hommes ?
Wanda Nouri. Voir quatre ou cinq mille spectateurs de Bourg-en-Bresse pousser contre les Anglaises motive encore plus les filles. En Écosse, la présence des garçons au bord du terrain lors de la deuxième mi-temps a produit le même effet. Nos joueuses ont peut-être plus de mérite que les garçons, car elles travaillent toute la semaine et s'entraînent chacune dans leur coin avant de jouer le week-end. Alors, lorsqu'elles ont des retours, un public qui les pousse, elles donnent tout.

Le jeu des filles est-il aussi plus séduisant ?
Wanda Nouri. Nous ne voulons surtout pas imiter les garçons. Eux recherchent le rentre-dedans et le ballon est souvent " enterré ". Notre jeu est, lui, fondé sur la technique, l'évitement et la passe avant le contact. Le ballon vit beaucoup et parvient très souvent aux ailes. Certains formateurs en école de rugby montre d'ailleurs des matchs féminins à leurs enfants pour leur faire apprendre le jeu. Notre jeu est donc peut-être plus agréable à regarder.

Votre discipline manque-t-elle de moyens ?
Wanda Nouri. Nous avons intégré la Fédération française en 1989. Depuis, nous recevons toujours un peu plus de moyens chaque année. Nous avons de bons équipements. Nos déplacements sont pris en charge, alors qu'auparavant les filles payaient de leurs poches. En fait, on se contenterait des moyens que l'on a.
Une nouvelle venue chez les Bleues cette année a même cru au Père Noël en voyant son paquetage du Tournoi. Les filles ne me parlent jamais d'argent. Mais elles aimeraient bien faire une tournée comme les hommes.
Nous effectuons deux stages d'un week-end par an. On aimerait aussi avoir trois jours d'affilée. Mais augmenter le nombre de regroupements pose le problème des jours de vacances supplémentaires que les joueuses doivent prendre pour y participer. Les Bleues aimeraient en fait plus de reconnaissance. C'est ce qui leur donne la motivation de pratiquer ce sport.

Par quoi passe cette reconnaissance ?
Wanda Nouri. Les articles dans la presse sont très importants. Ceux dans les magazines féminins nous apportent beaucoup de retombées.
Il faut convaincre aussi les hommes qui pensent que le rugby n'est pas un sport pour des femmes. Généralement, ils n'ont jamais vu un match de filles. Tous les hommes qui nous ont vu jouer sont emballés. Demandez à l'ancien international Philippe Sella, il est venu à deux de nos matchs.
Dans cette équipe de France, nous avons des mères de famille, des filles très féminines. Nous ne possédons pas des gabarits comme ceux des Anglaises, mais cela ne nous empêche pas de gagner en donnant tout. Ce qui génère beaucoup d'émotions chez les joueuses et les spectateurs.
Les filles ont d'ailleurs été très émues par la haie d'honneur formée par les gars du XV de France à Murrayfield après l'avant-dernier match du Tournoi.

Comment le rugby féminin est-il structuré en France ?
Wanda Nouri. En 1989, nous comptions cinq cents licenciées. Aujourd'hui, il y en a quatre mille deux cents, réparties dans cent vingt équipes à travers la France.
Nous avons un championnat de première division, avec deux poules de huit regroupant les meilleures équipes. La deuxième division possède trois poules géographiques. La troisième division est régionale.
Nos clubs se trouvent aussi bien dans le Sud-Ouest qu'en Bretagne ou Normandie. Villeneuve-d'Ascq et Rennes sont en première division. Les clubs masculins locaux ouvrent des sections féminines. Les grandes formations, elles, rechignent, alors qu'elles en ont pourtant les moyens. Ce n'est pas courant pour une femme de s'engager dans le rugby. Mais quand elles le font, elles y vont à fond.
Lors des entraînements de milieu de semaine, elles ont toujours quasiment toutes présentes. Ce qui n'est pas toujours le cas des garçons.

Entretien réalisé par Stéphane Guérard, l'Humanité du 02/04/2004


Le parcours des Bleues : France-Irlande 22-5, France-Espagne 24-0, pays de Galles-France 0-22, Écosse-France 12-16, France-Angleterre 13-12.