OIKOS - SEDNA LA NOUVELLE PLANETE ROUGE
SEDNA LA NOUVELLE PLANETE ROUGE

Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Pluton et...Sedna. Le système solaire ne comprendrait pas neuf, mais dix planètes.

Des astronomes du California Institute of Technology ont observé un objet céleste se trouvant trois fois plus loin du Soleil que Pluton, la limite actuelle du système solaire.

Baptisé Sedna, nom de la déesse inuite qui a créé les animaux marins, l'astre rougeâtre serait de la même taille ou un peu plus petit que Pluton. Il mesurerait entre 1180 et 2360 kilomètres de diamètre.

Cette découverte relance le débat qui entoure la définition d'une planète. Des dizaines d'objets semblables ont été découverts, au-delà de Pluton, dans la ceinture de Kuiper.

L'astre Sedna est plus gros qu'un astéroïde mais plus petit que les planètes du système solaire. Pour l'équipe de la California Institute of Technology qui l'a découvert, l'objet Sedna n'est pas une planète.
«Il n'est pas raisonnable d'appeler Sedna une planète, car sa masse n'est pas suffisante. Mais nous pensons aussi qu'on ne devrait pas considérer Pluton comme une planète», a expliqué Michael Brown.
Il s'agit du plus important corps céleste en orbite autour du Soleil identifié depuis la découverte de Pluton en 1930. C'est également celui le plus éloigné du centre de notre système solaire.




"À une telle distance, le diamètre apparent du Soleil est si petit que vous pouvez le masquer derrière une tête d’épingle tenue à bout de bras" nous explique Mike Brown du Caltech, à la tête de l’équipe de chercheurs qui a réalisé la découverte.

Il s’agit très vraisemblablement de la première détection d’un objet de ce qui resta longtemps l’hypothétique " nuage de Oort ", un lointain réservoir de petits corps célestes glacés d’où sont issues les comètes.
Mais Sedna est également intéressant par deux autres aspects : sa taille, et sa couleur rougeâtre. Songez qu’il s’agit du deuxième objet le plus rouge du système solaire après Mars, et que sa taille représente les trois-quarts de celle de Pluton. Sedna est donc le plus grand corps céleste découvert dans le système solaire depuis Pluton en 1930.

Mike Brown, Chad Trujillo (Observatoire Gemini) et David Rabinowitz (Université de Yale) ont découvert Sedna le 14 novembre 2003 au moyen du télescope de 1,2 mètre Samuel Oschin de l’Observatoire du Mont Palomar, près de San Diego. En l’espace de quelques jours, la découverte fut confirmée par des observations réalisées en Espagne, au Chili, en Arizona et à Hawaii. Spitzer, le nouveau télescope spatial de la Nasa, a également été braqué en direction de Sedna.

Sedna est extrêmement loin du soleil, dans la région la plus froide de notre système solaire, où la température ne s’élève jamais au-dessus de – 240° celsius. En moyenne, Sedna est encore plus froid car il ne s’approche que brièvement du soleil au cours de son interminable orbite de 10 500 ans autour de lui.
À l’aphélie, le point de son orbite le plus éloigné du Soleil, Sedna se trouve à 130 milliards de kilomètres du Soleil, soit 900 fois la distance qui nous sépare de l’astre du jour.

Prenant argument du fait que même le télescope Spitzer n’est pas parvenu à détecter la chaleur de Sedna à de telles distances, les scientifiques en ont déduit qu’il devait être d’un diamètre inférieur à 1700 km, ce qui est plus petit que Pluton.

En combinant les données disponibles sur ces différents corps célestes, Mike Brown estime que la taille de Sedna est environ à mi-chemin entre celle de Pluton et de Quaoar, un planétoïde plus petit découvert par la même équipe en 2002.

L’orbite très elliptique de Sedna ne ressemble à aucune de celles des autres objets du système solaire déjà connus.
Elle s’apparente à celle qui était prédite par la théorie pour les objets de l’hypothétique nuage de Oort, lointain réservoir de comètes. Seul problème, Sedna est 10 fois moins éloignée de nous que la distance à laquelle on pensait trouver le nuage de Oort.

Pour expliquer ce fait, Brown avance l’hypothèse d’un " nuage de Oort Interne " qui se serait formé il y a des milliards d’années de cela, à l’occasion du passage d’une étoile itinérante près de notre système solaire. Cette étoile aurait alors provoqué le déplacement de certains de ces noyaux cométaires vers l’intérieur du Système Solaire.

" Cette étoile aurait été si proche de nous qu’elle aurait eu un éclat supérieur à celui de la pleine Lune, et on aurait pu la voir de jour pendant près de 20 000 ans. " explique Brown. Mais cette visiteuse aurait également pu perturber les noyaux cométaires les plus lointains du nuage de Oort, provoquant un déluge de comètes vers l’intérieur du système solaire dont l’impact sur notre planète aurait pu faire disparaître l’essentiel des formes de vie existant à l’époque.

Rabinowitz mentionne pour sa part le fait que certains éléments laissent à penser que Sedna pourrait avoir un compagnon. Les scientifiques espérèrent pouvoir approfondir cette hypothèse grâce au télescope spatial Hubble.

Trujillo a d’ores et déjà commencé à examiner la surface de Sedna à l’aide du télescope Gemini Frederick C. Gillett de 8 mètres installé sur le Maunea Kea, à Hawaii. "Nous ne comprenons pas encore ce qui recouvre la surface de ce corps céleste. Ça ne correspond pas à ce à quoi nous nous attendions, et nous ne savons pas comment l’expliquer".

Sedna s’approchera un peu de la Terre dans les années qui viennent. Mais même lorsqu’il sera au plus proche, dans 72 ans, il sera en fait encore très loin, bien au-delà de Pluton. Alors il entamera le voyage de retour vers les confins du Système solaire.

" La dernière fois que Sedna s’est trouvée aussi proche du Soleil, la Terre sortait tout juste du dernier age glaciaire. La prochaine fois qu’elle repassera, que sera devenue la Terre ? " se demande Mike Brown en guise de conclusion.



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