Sarkozy
Le SARKOZY SANS PEINE (essai de Gilles Morel).
Sarko et l'extrême droite
Si l’extrême droite fait une nouvelle percée en 2004, l’UMP pourra toujours accuser Bayrou. Après tout, elle a bien rendu la Gauche responsable du vote lepéniste pendant des années. Et bien entendu, le dirigeant centriste n’y sera pas pour grand chose (si l’UDF avait une influence, quelle qu’elle soit, ça se saurait). La faute en incombera uniquement au ministre de l’intérieur. Car à force d’être copié, l’original n’en est que davantage légitimé.

Si l’extrême droite accuse un recul en 2004, là Sarkozy pourra faire de la gonflette. A force de faire la politique du FN, Sarkozy aura réussi le tour de force à la fois de déculpabiliser les électeurs (on se sent moins coupable de voter UMP que FN) en proposant un plat tout aussi nauséabond que celui de Le Pen.

Durant son ministère qui n’est pas prêt de prendre fin si l’on en croit sa cote de popularité (du moins parmi l’électorat de droite), Sarkozy aura surtout occupé la scène médiatique. La faute pourrait sembler légère sauf que ses multiples apparitions télévisées auront à terme des conséquences encore incalculables sur la « Lepénisation » des esprits. Maladie qui gangrène déjà trop fortement la société française.

Sarko et les médias
Sur l’occupation des médias par le Ministre de l’intérieur, il n’est pas inutile de rappeler que, selon une observation émanant d’étudiants de l’école de journalisme de Paris, Nicolas Sarkozy est apparu autant de fois dans les médias en 6 mois que François Mitterrand en 6 ans.
Et pourtant, Dieu sait si Mitterrand aimait les caméras !

Toujours concernant l’incrustation de Sarkozy dans nos médias, on a droit à cinq types d’interventions où il est soit présent physiquement, soit présent en filigrane. Exemples :
1er cas, Sarkozy est interrogé par des journalistes en tant que ministre ou se déplace entouré de journalistes dans le cadre de ses fonctions ministérielles (ce qui est une redondance car Sarkozy ne se déplace jamais sans journalistes).
2° cas tout aussi fréquent, Sarkozy s’explique dans les médias au sujet d’une prise de position qui aura choqué l’opinion ou du moins une partie d’entre elle (et dans ce domaine là aussi, Sarkozy excelle).
3° Sarkozy fait son show. Il fait tout pour se faire désirer sans toutefois décourager les journalistes pouvant lui offrir un plateau intéressant.
4° Madame prend le relais. Lorsqu’on parle de Cécilia Sarkozy omniprésente et incontournable, on reste en famille et médiatiquement c’est très bon.
5° On loue Sarkozy sans parler de Sarkozy. Dernier avatar de la com’ du ministre de l’intérieur. On observe surtout cette servilité journalistique dans le service public qui est redevenu soit dit en passant ce qu’il était sous De Gaulle. Exemple entendu à chaque journal parlé le 25/11 sur radio France : l’assassin d’une commerçante a été retrouvé par la Police grâce à une enquête de cette dernière.

Sarko et la police
L’assassin en question, s’il n’est pas un enfant de chœur n’est tout de même pas Mesrine et la Police n’a fait là que son travail (même si on ne peut que se féliciter de voir un assassin arrêté).
Le message subliminal est « maintenant, la Police arrête les assassins » ce qui est faux bien entendu car la Police l’a toujours fait et de tous temps mais peu importe, trop de journalistes n’ont malheureusement plus cette rigueur dans l’info et le message subliminal passe. Au passage, dans ce cas précis, les médias en rajoutent encore une pincée sur l’origine maghrébine de l’assassin en question.
Bref, depuis mai 2002, tous les médias ou presque ressemblent à « Minute ».


La criminalisation de la pauvreté.

SARKO ET LES PAUVRES
Conséquence de deux décennies de libéralisme à la mode anglo-saxonne sur les esprits hexagonaux, l’idée selon laquelle le pauvre est responsable de son état fait son chemin.

Cela a tout d’abord commencé avec les arrêtés municipaux anti-mendicité relayés et légitimés par un arsenal juridique volontairement flou contre la « mendicité agressive » ainsi, vous risquez de vous trouver hors la loi en demandant du feu dans la rue.
Ce volet de la loi, c’est un gage de bonne volonté à l’intention de l’électorat populiste mais c’est aussi une mesure destinée à tenir les pauvres éloignés des zones où ils ne sont pas désirés. Un ghetto sans barbelés en somme.

SARKO ET LES PROXENETES
Il en est de même des lois sanctionnant le racolage, sous prétexte de lutter contre le proxénétisme, on criminalise quiconque se livre à la prostitution ce qui ne change rien sur le fond car il faudrait être bien naïf pour croire que cette loi -gênante surtout pour les prostitué(e)s- puisse dissuader les proxénètes d’exercer leur lucrative activité. A noter que les clients eux ne sont pas inquiétés.

SARKO ET LES IMMIGRES
On ne peut pas parler de discrimination à l’encontre des pauvres sans aborder le thème de l’immigration. La loi adoptée le 08/10/03 au Sénat répond aux peurs xénophobes et à la suspicion de l’étranger, de sa famille et de ses amis. Il a été beaucoup écrit sur cette loi mais il convient d’en dégager les points saillants :
Les sans papiers en procédure d’expulsion seront encore plus mal traités qu’aujourd’hui.
Le temps de détention - rétention sera augmenté, les droits de la défense encore affaiblis.
Les demandeurs d’asile ne seront pas autorisés à travailler pendant l’instruction de leur demande ce qui revient à les inviter à se mettre hors la loi pour pouvoir vivre. L’étranger convaincu de travail clandestin sera considéré comme complice de son employeur et lourdement condamné.
Accueillir un membre de sa famille, un ami sera soumis à un contrôle tatillon (autorisation du maire de la commune, fichage de police). Est instauré de délit d’accueil illégal d’étranger. Les associations qui aident les étrangers sont dans le collimateur de la loi. Elles risquent de lourdes sanctions pénales et financières, le gel de subventions dont le but est de réduire leur activité à néant.

Cette loi prépare en réalité la mise en place d’une politique d’immigration sélective basée sur les quotas et réclamée par le MEDEF. Le fait qu’il y ait sur le territoire des personnes précaires prêtes à tous les sacrifices pour un semblant d’emploi n’est pas non plus pour déplaire à l’organisation patronale.

SARKO ET LES PAUVRES
Enfin, les pauvres dûment répertoriés (chômeurs, RMIstes) seront invités à travailler. C’est très bien, ils ne demandent que ça. Sauf qu’avec le RMA, ils n’auront pas le choix de refuser les « emplois » dégradants et sous payés qu’on leur proposera sous peine de se voir privés de ce qu’il leur reste de droits.
On instaure ici un système puritain dans lequel les pauvres sont invités à expier leur faute d’être pauvre.


LA CRIMINILISATION

La politique sécuritaire du gouvernement suscite -et c’est tant mieux- des réticences voire des résistances. Contre cela, le gouvernement dispose de trois armes, la ringardisation, l’asphyxie financière et la criminalisation des associations gênantes.

SARKO RINGARD
La ringardisation, on l’a vue à l’œuvre avec les attaques systématiques contre «l’esprit de 68» ou le mépris condescendant et amusé à l’encontre des « droits de l’hommistes ».
Sachant que ces militants défendent des populations souvent mal aimées (Maghrébins, Africains, Roms…), ridiculiser leur action grâce à un bon relais médiatique est politiquement payant. C’est exactement la politique pratiquée par le Premier ministre slovaque Vladimir Meciar à l’encontre des Tsiganes.

SARKO ET L'ARGENT
Deuxième phase pour ceux qui s’accrochent, la diminution ou la suppression des subventions publiques. La mise en œuvre en est d’autant plus facilitée que nous sommes en période de restrictions budgétaires.

SARKO ET LES SYNDICATS
Dernière étape pour les récalcitrants, la criminalisation de l’action syndicale ou collective. On se souvient de l’arrestation musclée de José Bové.
La médiatisation de cette intervention, loin de desservir le gouvernement a servi à marteler ce message « aucune contestation n’est désormais possible en dehors de celle que nous voulons bien tolérer ».

Si José Bové est un symbole, d’autres dirigeants syndicaux ou militants associatifs subissent de lourdes peines d’amende voire de prison en vertu du nouvel arsenal répressif mis en place « entrave à la circulation, entrave à la liberté du travail, etc…).

Le dernier chantier en cours s’en prend lui au droit de grève. Les présidents des entreprises publiques notamment ceux d’EDF, de la SNCF ou de La Poste sont fermement invités par le Ministre des affaires sociales à élaborer des chartes restreignant la pratique de la grève dans les entreprises.
Deux objectifs à cela, tout d’abord vider de sa substance ce droit inscrit rappelons-le dans la Constitution. Ensuite, éviter lors des grèves de transports la « grève par procuration » des personnels des PME comme on l’a vu en 1995 pendant le conflit des cheminots.
Le gréviste sera bientôt assimilé à un délinquant.

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