Henri Matisse
EXPOSITION
Henri Matisse, du dessin aux ciseaux, s'immerge dans la couleur
"Matisse, une seconde vie". Musée du Luxembourg, 19, rue de Vaugirard, Paris-6e. Tél. : 01-39-50-75-85. Du lundi au samedi, de 11 heures à 19 heures. Nocturnes le lundi et le vendredi jusqu'à 22 h 30. Dimanche de 9 heures à 19 heures. Jusqu'au 17 juillet. 10 €. Matisse, une seconde vie.
Collectif sous la direction de Hanne Finsen, Ed. Hazan, 39 €. Au Musée du Luxembourg, des œuvres tardives et rarement montrées.


Deux mois avant sa mort, Henri Matisse écrivait encore à son ami André Rouveyre : "Je travaille encore un peu et je m'aperçois que ma qualité n'a pas baissé grâce à une bonne discipline.
Mais il faut être modeste." Et d'ajouter : "J'oublie de te dire que j'ai encore quelque succès. " Et de citer La Gerbe (1953) qu'il vient d'exposer au Salon de mai.
La Gerbe est cette explosion de papiers découpés en formes de feuilles, ou d'algues, vertes, rouges, orangées, bleues, noires, que le Musée du Luxembourg arbore dans Paris - il y a pire - pour signaler son exposition "Matisse, une seconde vie".

Cette "seconde vie" selon les propres termes de Matisse commence en 1941, après l'opération qui a failli coûter la vie au peintre - il a alors 72 ans. C'est celle d'un ressuscité qui, porté par le "bonheur de vivre", trouve le moyen de réaliser ce vers quoi il tend depuis longtemps, une œuvre monumentale et décorative.

Le moyen : les gouaches découpées. Pour Jazz, album auquel le peintre travaille de 1943 à 1947, pour les tentures et tapisserie d'Océanie et de Polynésie (1946), pour la chapelle de Vence. Et pour La Perruche et la Sirène (1952), toutes deux en suspens parmi les feuilles de la plus grande composition : 337 × 773 cm. La Perruche et la Sirène figure dans l'exposition, exemplaire de cet œuvre ultime époustouflant de simplicité et de lumière sans ombre.

Sous l'Occupation, avant le retour de Rouveyre à Paris, avant que Matisse ne se lance dans son grand projet de chapelle, Matisse toujours plus solaire et l'ombrageux auteur de Repli ont échangé, tels des vieux gamins complices, une quantité impressionnante de lettres. Celles-ci ont été étudiées et publiées en 2001 à Paris, par Hanne Finsen, commissaire de l'exposition.

L'INTIME ET LE MONUMENTAL
Cette ancienne directrice du Musée d'Ordrupgaard (Danemark), dont la connaissance de Matisse est reconnue, a pu rassembler pour Paris (elle aurait aimé le Musée d'art moderne de la Ville, mais il est fermé), et pour le Louisiana Museum d'Humlebaek, où l'exposition ira cet été, des prêts magnifiques de collections publiques et privées. Des œuvres souvent rares, voire inédites depuis leur départ de France, dont il est question dans les lettres.

Un vrai bonheur ! Sans nuage : la mise en scène est simple et, s'il manque du ciel pour aérer les œuvres les plus monumentales, l'air y est respirable.

L'exposition rend compte, et justement, du grand écart entre le Matisse intimiste et le Matisse monumental. Le dessin de l'arbre fait le lien, qui devient "signe", quand Matisse entreprend de dessiner le vide entre les feuilles d'une branche - ce vide "très employé par les Orientaux, qui en tirent une expression saisissante". Le passage se fait au trait noir sur blanc, avant que les coups de ciseaux tranchant dans la couleur vive ne s'y substituent.

Des arbres, il y en a beaucoup aux murs du Musée du Luxembourg, notamment ces époustouflantes Etudes sentimentales de l'arbre, comme Matisse qualifiait la suite de 21 dessins sur papier à lettres venus d'un jet, sous la plume, le 25 août 1941. Leur mutation monumentale de 1951 est là aussi.

On peut donc suivre le glissement du dessin épuré partant de la tige d'arum dans le pot à tabac, ou du tronc d'arbre, pour s'épanouir en feuillage, puis en feuilles libres comme l'air, détachées de tout dans les gouaches découpées. Détachées du tronc, justement, pour le double vitrail de L'Arbre de vie de la chapelle de Vence, dont la dernière maquette a été prêtée par le Musée du Vatican.

On peut remarquer encore comment le dessin au trait se perd entre les motifs de la fleur de lys et de la feuille-bouche qui accompagnent les poèmes de Charles d'Orléans, manuscrits et enluminés par Matisse (1943).
Le peintre, qui les envoie à Rouveyre, s'égaye dans l'écriture aux crayons de couleur, y compris dans l'adresse de son destinataire qui habitait alors dans une pension au nom prédestiné : "La joie de vivre".

Tout près, les pochoirs d'après les gouaches découpées de Jazz, ce grand répertoire de formes originales, narratives en regard des derniers épanouissements de l'œuvre, montrent comment ce cordon ombilical du dessin a été tranché. Quelques peintures d'intérieurs désencombrés, ramenant les objets à des plans monochromes, s'inscrivent dans le parcours.

Geneviève Breerette, article paru dans l'édition su 18.03.05



Matisse Henri Peintre et sculpteur français (Le Cateau-Cambrésis 1869 - Nice 1954).
Après des études de droit, Matisse se forme à Paris, notamment à l'académie Julian. Familiarisé avec la manière des impressionnistes et des nabis, il s'imprègne de l'art des maîtres du passé en exécutant des copies au Louvre (Nicolas Poussin, Jean-Baptiste Siméon Chardin).
Ses premières œuvres sont encore marquées par une veine décorative et une palette claire (la Desserte, 1897, coll. Niarchos). Il travaille avec Marquet pour l'Exposition universelle de 1900.

La manière qualifiée de fauve (André Derain, 1905, Londres, Tate Gallery) s'estompe au profit d'une ligne qui se fait souple grâce à une grande économie de couleurs, comme dans La Danse I (1909, New York, Museum of Modern Art), ou exploite des plans successifs très structurés, comme dans la savante orchestration de l'Intérieur aux aubergines (1911, musée de Grenoble).
De la même époque date un grand relief en bronze, Nu de dos (1909), qui connaîtra plusieurs états jusqu'en 1990 (Paris, musée national d'Art moderne).
La fréquentation d'Auguste Renoir, la connaissance de l'œuvre de Pierre Bonnard marquent une longue période où les toiles sont dominées par des scènes d'intérieurs
. Cette atmosphère paisible se retrouvera dans l'Intérieur au vase étrusque (1940, musée de Cleveland). En 1930, Matisse voyage à Tahiti et aux États-Unis. De cette époque date la Danse (1932-1933).

La fin de la vie de Matisse est marquée par une intense et sereine activité. Il illustre les ouvrages de divers auteurs (Mallarmé, Montherlant, Ronsard).
Ce triomphe de la couleur marque aussi bien l'Escargot (1952, Londres, Tate Gallery) que l'immense panneau intitulé La Perruche et la Sirène (1952, Amsterdam, Stedelijk Museum).





Haut de la page-[menu précédent]



NOMBRE DE VISITEURS ACTUELLEMENT
EN VISITE CE JOUR SUR MOSAIQUE