REVUE DE PRESSE
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La presse écrite, radio, télévisée, web, joue un rôle très important pour façonner l'opinion publique. Politiquement, elle est majoritairement de Droite, parce qu'elle est essentiellement financée par les grands groupes financiers et industriels (c'est le rapport du maître au valet). Ainsi les idées libérales sont imposées tous les jours à l'opininion publique. Cette revue de presse a pour ambition d'éclairer, et de révéler à partir d'exemples précis le rôle joué par l'ensemble des moyens d'information.
TF1-Palestine-Dassault-le Républicain-Humour-Capital-20 minutes-France Télévision
Contre la passivité du téléspectateur-la machine à faire silence-France inter

TELE-GOUVERNEMENT
Après Sarkozy, Sarkozy, après Rafarin, Chirac, le gouvernement défile en permanence sur le PAF, à TF1, FR2, FR3, la 6. Il monopolise, ordonne dirige l'information.
TF1, la chaîne de Bouygues et du MEDEF depuis longtemps cadre sur les idées libérales. Son compte rendu sur la canicule est un chef d'oeuvre de manipulation, "tous coupables sauf le gouvernement".
La télévision publique n'est plus en reste. Olivier Mazerolle directeur de l'information sur FR2 travaille directement avec le service de communication de Chirac. Tous les sujets et invités sont soigneusement contrôlés, et correspondent au plan manipulation du pouvoir.
Ainsi les leaders d'extrême gauche, depuis 3 mois ont été invités dans toutes les émissions politiques et autres de FR2 et FR3, et sont présents toutes les semaines. L'élysée tente ainsi la même opération que Miterrand avait menée en son temps avec l'extrême droite, créer un repoussoir, et casser toute possibilité d'alternance.
Les grands absents du PAF sont le PCF complètement interdit d'antenne (qui dispose pourtant de deux groupes parlementaires, et à un rôle important dans la vie économique, politique et sociale. Il est le seul Parti capable de rassembler 500 000 personnes dans une fête comme celle de l'Humanité), et la CGT, première organisation syndicale de France dont le silence est imposé à toutes les chaînes.
Seule île de liberté, dans cette mer de désinformation les guignols sauvent l'honneur, mais pour combien de temps encore ?

FRANCE INTER
Article envoyé par un internaute
Entendu ce matin (09/10) sur les ondes de France Inter aux infos de 7h :
* A propos des 0,2% de croissance prévue au second semestre :"0,2% ça ne parle pas à la plupart d'entre nous mais les chefs d'entreprises qui sont confrontés à la réalité ..." c'est vrai que les autres catégories de français, les chômeurs, les fonctionnaires, les ouvriers, les intermittents du spectacle, les précaires, les éleveurs endettés, les employés d'entreprises en restructuration, les mères élevant seules leurs enfants et j'en passe ne sont pas du tout confrontés à la réalité.
G.M

L'information sur les radios du "service public" (France Inter, France Culture, France Bleue...) est malheureusement de plus en plus cadencée au rythme des communiqués du Gouvernement, et en prime tous les commentateurs économiques, sans exceptions, sont partisans acharnés des idées libérales.

Salauds de grévistes !
On savait déjà qu'ils avaient la sale habitude de " prendre les usagers en otages ", de " bloquer l'économie du pays ", de " refuser toute réforme ". On savait donc, grâce aux bons soins de la radio et de la télévision, que le gréviste était une espèce redoutable et archaïque. On ignorait encore que ledit gréviste est aussi un criminel en puissance.

Journal de 20 heures de TF1, mardi soir. Sur la route, une camionnette renversée. Commentaire en off : " Le nombre d'accidents de la route a de nouveau augmenté au mois de juin. " À nouveau les images des secours, des lumières bleues et jaunes qui se précipitent sur l'écran. Le cauchemar. La voix off reprend : " Depuis juin, les policiers n'étaient pas sur la route, mais dans les manifestations des retraites et des intermittents. " Sous-entendu : les grévistes sont responsables des accidents de la route ? On ne peut s'empêcher devant ce commentaire d'avoir une réaction primaire : une violente et irrésistible envie de vomir.
L'Humanité du 10/07/2003, Caroline Costant

La machine à faire silence

Quand les médias sont soumis à la dérive financière, c'est la dernière ligne de défense de la démocratie qui cède, interpelle l'auteur de Black List, Kristina Borjesson.
Black List, Kristina Borjesson. Éditions Les Arènes. 22,70 euros.
Quinze journalistes américains témoignent : ne pas confondre liberté d'entreprise et liberté de la presse. C'est leur propre expérience qui illustre comment les pouvoirs interviennent pour écarter l'enquête gênante, la révélation de la manipulation, du mensonge formaté version papier ou écran par les grands réseaux médias. Gouvernement, CIA, groupes financiers, patrons de presse filtrent, censurent, punissent les fauteurs de troubles. L'image hollywoodienne du journaliste, façon Philip Marlow, qui traque l'injustice, la corruption et rétablit le droit, travaillant au bien commun, en prend un sérieux coup dans Black List(1).

" Ce sont les stockholders (les actionnaires) qui décident ce qui doit ou non être publié ", confie Kristina Borjesson, qui a eu l'idée de rassembler les témoignages de ses consours et confrères. Elle enquêtait pour la chaîne de télé CBS sur les circonstances de l'explosion, le 17 juillet 1996, du vol TWA 800 au large de Long Island. Elle venait de recevoir le prix de la meilleure enquête de télévision. Ses recherches la mènent sur la piste du Pentagone. Ce jour-là, des navires de guerre étaient en manouvre sur le site. Les témoignages font apparaître une lueur suspecte, celle possible d'un missile qui aurait abattu l'appareil civil. Des traces étranges sont relevées puis cachées par les militaires qui ont pris l'enquête en main. Le FBI se contredit.
Avec la CIA, ils produisent une version virtuelle pour convaincre que ce n'est qu'un accident. Télévisions, journaux, même la presse de référence acceptent sans sourciller cette version rassurante. Kristina Borjesson devient " une monomaniaque du complot ". Elle sera licenciée. Elle décide alors de faire appel à quelques-uns de ceux qui ont été victimes de ce qu'elle appelle " la broyeuse " (" buzzsaw " qui a donné le titre du livre aux États-Unis) : la machine à réduire au silence.

La plus révélatrice des enquêtes relatées dans ce livre nous conduit au cour du système. Elle oppose Monsanto, une multinationale des OGM - l'inventeur des semences non réutilisables qui rendent dépendants les agriculteurs à qui elles sont imposées - à deux journalistes, Jane Akre et Steve Wilson. Ceux-ci découvrent que Monsanto utilise une hormone de croissance qui transforme les vaches en usine à lait, en omettant de signaler aux consommateurs que ce lait contient un produit dont les conséquences peuvent être nuisibles à leur santé. La chaîne Fox passe l'enquête (c'était avant que Rupert Murdoch, l'ami de George W. Bush, mette la main dessus).
Le groupe contre-attaque en justice, perd en première instance. Les images, les témoignages produits sont imparables. Monsanto doit payer 425 000 dollars ; la Fox du nouveau propriétaire, Rupert Murdoch, met les auteurs de l'enquête à la porte. Ils font un procès pour licenciement abusif, lié à leur enquête sur Monsanto. Le procès ne portera pas sur le fond mais sur l'interprétation du premier amendement de la Constitution de 1791, censé garantir la liberté de la presse. Cet amendement ne concernerait, selon la thèse du tribunal, que les organes du pouvoir susceptibles de s'y opposer, mais pas les entreprises privées. La Fox se retourne contre les journalistes et reçoit l'appui de grands groupes de presse. Jan Akre et Steve Wilson, qui avaient reçu deux prix de déontologie dans leur carrière, sont condamnés à verser l'équivalent de plusieurs millions de francs à la Fox de Rupert Murdoch.

Donc, en conclut Kristina Borjesson, " aucune loi n'interdit de cacher la vérité ". En fait ce sont deux multinationales, Monsanto ainsi que celle du milliardaire Murdoch, et les grands groupes de presse qui les ont soutenus, qui font la loi et s'arrogent le droit de trier l'information. Jane Akre et Stève Wilson sont au chômage et ruinés par cette leçon juridique de déontologie sous surveillance, mais continuent le combat en justice.

Autre exemple, autre " complot " contre l'ordre établi : l'histoire de la révélation du trafic de drogue organisé par la CIA pour financer les " contras ", les mercenaires de Washington qui combattent le régime démocratiquement élu du Nicaragua dans les années quatre-vingt. En remontant la filière de la cocaïne qui inonde Los Angeles et fournit les gangs des Crips et des Bloods, Gary Webb trouvent les fournisseurs. L'affaire est publiée par le San Jose Mercury News sous le titre " Dark Alliance " (La sombre alliance). La CIA nie. L'auteur est qualifié de " fantaisiste ", ou plutôt disqualifié aux yeux des grands médias, dont le San José ne fait pas partie. Mais quand les documents internes de la CIA seront déclassés, quelques années plus tard, les faits donneront raison à Gary Webb, qui entre-temps a été mis à l'écart. John Kelly, lui, raconte comment il a trouvé que la CIA infiltrait les médias par l'intermédiaire d'un fonds d'investissement. Son contrat n'a pas été renouvelé par la chaîne ABC.

Au fil des récits, comme les chapitres d'un roman noir, la mythologie entretenue par le système des pouvoirs politico-financiers, ses rouages invisibles sont dévoilés par ces enquêteurs qui refusent de se soumettre. La liberté de la presse reste à conquérir. Tous les jours.

Jacques Coubard

Article paru dans l'édition de l'Humanité du 5 juin 2003.

Entretien
Le cauchemar de la démocratie
Kristina Borjesson estime que le conflit entre les intérêts commerciaux et le devoir d'informer conduit à l'autocensure.

À lire votre livre on a l'impression que dans la logique médiatique, tout est bouclé, corseté par l'argent. Pourtant des enquêtes, des livres, des films, comme c'est le cas avec Michael Moore, franchissent les obstacles ?
Kristina Borjesson. Oui, c'est heureux. Mais c'est encore très peu. L'information est diffusée par un radar qui ne laisse passer ce qui est au-dessous de son champ de vision programmé. Les informations révélatrices restent sous le radar des grandes chaînes de télévision, des câbles qui touchent la majorité des Américains.
Lorsqu'on a découvert qu'en Floride le gouverneur (Jeb Bush, le frère de George W.) avait donné l'ordre de rayer près de 60 000 personnes des listes électorales [c'est un autre chapitre ] e Black List, NDLR], les grands médias ne sont pas allés au bout de l'enquête. Peut-être que M. Bush ne serait pas président s'ils l'avaient fait. CBS avait vérifié l'information... auprès du bureau de Jeb Bush, qui a immédiatement démenti ! Et on s'est arrêté là.

Comment votre livre a-t-il été accueilli aux États-Unis ?.
Kristina Borjesson. Des collègues m'ont félicitée, mais aucun ne m'a invité dans son émission. Le livre se diffuse bien. Il figure dans les bibliothèques d'universités parmi d'autres livres engagés. Il a reçu le prix de la New York Public Library, malgré la pression qui s'est renforcée depuis le 11 septembre parce qu'il n'est pas patriotique de mettre en cause le pouvoir en temps de guerre. On peut l'accepter mais c'est le devoir des journalistes de dévoiler la désinformation, quand la raison d'État couvre la malfaisance.
La liberté d'expression avait gagné du terrain après la guerre du Vietnam et le Watergate (un scandale révélé par deux journalistes qui avait obligé le président Nixon à démissionner). Une brèche s'était ouverte. Depuis, les médias ont fusionné et la concentration en quatre ou cinq groupes a renforcé la pression. Je ne suis pas contre les grandes entreprises, elles sont dynamiques, mais la presse est un service public. Or, les groupes dépendent des entreprises qui leur confient leur budget publicité. Leurs actionnaires n'ont qu'un but : faire de l'argent.
Il y a un conflit fondamental entre les intérêts commerciaux et le service public. L'affaire Enron l'a montré. Pourquoi personne n'avait rien vu arriver de cette énorme escroquerie ? Les informations étaient vérifiées auprès d'analystes qui étaient liés au groupe et personne ne vérifiait leurs sources. Avec Monsanto et la Fox, c'est la justice qui est défaillante.
C'est un précédent très grave. Si les médias ne sont pas obligés de dire la vérité, les journalistes sont poussés à l'autocensure, c'est très grave pour la démocratie, un cauchemar pour les journalistes... La presse en est vraiment la dernière ligne de défense.
J. C.


Contre la passivité du téléspectateur
Entretien. Pour Marie-José Mondzain (*), les guerres, depuis le 11 septembre 2001, contre l'Afghanistan, contre l'Irak, se font aussi contre notre liberté de jugement.

Vous venez de publier une étude (1) dans laquelle vous réfutez l'idée de guerre des images et démontrez qu'il faudrait plutôt parler de guerre des regards. Comment celle-ci s'est traduite dans le traitement du conflit irakien ?
-Je n'ai pas eu, malgré la profusion d'images de la guerre, l'impression d'une grande nouveauté. Soldats, victimes, ruines : les images se suivent et se ressemblent d'une guerre à l'autre. Il me semble donc que la question est bien celle de l'économie politique des regards, de leur circulation dans la construction des récits à partir des données audiovisuelles.
Pour la première fois les appareils de capture du visible - caméras et appareils photographiques - ont été associés aux armes et aux gestes de la guerre. Ils ont été si mêlés les uns aux autres que l'on pourrait se demander s'ils n'accomplissaient pas à la fois une double tache et un même travail : porter la mort et la faire voir. Les uns envoyant des images vers nos écrans et nos journaux, les autres envoyant des balles et des bombes, sur le terrain des opérations.

Ensuite, ce que nous avons pu voir relevait davantage des techniques du cinématographe que d'une information politique. Depardon dit qu'un film politique, ce que devrait être à son avis un reportage, devrait laisser la caméra enregistrer, comme librement, non pas les chocs et les moments de crise mais les temps faibles, ce temps qui passe et qui laisse sa trace sans sélection, ce temps propre aux caméras de télésurveillance. Les films que nous avons pu voir ont emprunté leur forme au montage des fictions héroïques : des soldats jeunes et beaux, le désert, un ennemi invisible, une population insaisissable, une statue qui tombe, un horizon enflammé ou enfumé...

Est-ce à dire que la construction même des reportages constituait un obstacle à l'analyse de la situation ?
-Les caméras composaient leurs récits, choisissaient leurs cibles pendant que les armes, tirant aveuglément, manquaient leurs cibles et ne choisissaient même plus leurs victimes. Dans le spectacle donné, les caméras nous ont offert les soldats de la coalition en gros plan ou en plan rapproché, alors que les irakiens étaient filmés de loin. Où était l'ennemi ? Qui était-il ? non identifiable, lointain alors que les troupes de la coalition étaient composées de personnes douées de visages et de voix.
Les quelques portraits irakiens ont été comme à l'accoutumée des pietà (mère portant un enfant blessé, agonisant ou déjà mort) et quelques vieillards fourvoyés... Images de la fatalité bien plus que de la guerre. Comment penser un événement qui se résume sous nos yeux à la détermination guerrière de jeunes gens courageux et fragiles face à des mères et à des vieillards victimes du destin ? La pensée se paralyse et, avec elle, la parole. Autre exemple : dans Bagdad envahie et dévastée, voici une rue jonchée de cadavres, de véhicules calcinés, un quatre-quatre lourd de butin croise soudain un cheval qui vient d'entrer dans le champ de la caméra.
Un magnifique pur sang, noir, échappé, nous dit-on, des écuries des fils de Saddam Hussein. Comment se joue ici le rapport entre la fascination poétique et la violence politique ? Dans ce traitement cinématographique de la guerre, la gestion émotionnelle met le téléspectateur dans une impuissance de penser qui peut aller jusqu'au pur plaisir de voir. Rien n'induit la réflexion sur les causes et les conséquences de cette guerre. L'instant présent règne sur une perception hagarde, hors causalité. La réalité est toute autre, nous le savons.

Pouvions-nous repérer, dans le flot des images dites d'information, des indices suggérant que les États-Unis se préparaient à envahir l'Irak ?
- Il n'y a pas eu que des images. Il y a eu, aussi, les discours qui les ont accompagné, qui les accompagnent toujours. Cette guerre se préparait depuis plus d'un an. Elle a été, d'un bout à l'autre de son déroulement et dans son traitement médiatique, une stratégie construite, celle d'un réaménagement radical des pouvoirs et de l'exploitation des richesses au Moyen Orient par le gouvernement actuel des États Unis.
Pensez à la multiplication des reportages sur le Moyen-Orient depuis les attentats terroristes de 2001, au retour de Saddam Hussein dans le champ des caméras, aux images braquées sur les effets de sa dictature dès la fin de la guerre en Afghanistan. À ce propos, souvenez-vous qu'il s'agissait là aussi de " libérer un peuple de la tyrannie " et comparez à ce qui se passe en Afghanistan aujourd'hui. Qui se soucie des femmes afghanes ? Qui se soucie de la replantation de l'opium ? La préparation du téléspectateur mondial a commencé en septembre 2001. Son mot d'ordre : nous devons accepter comme une fatalité un état de guerre généralisé.
Cette " guerre civile planétaire " s'accompagne d'une rhétorique de la liberté, d'éloquence religieuse, tandis qu'est repérable, partout dans les images, l'empire tacite de la terreur installée. Repérez ainsi que les ennemis déclarés avant les conflits (Ben Laden, Saddam Hussein, l'armée irakienne), disparaissent des écrans aussitôt que les guerres commencent. Qu'alors il n'y a plus d'ennemis, seules apparaissent des victimes... mais victimes de qui ?

La réalité des guerres ne nous est-elle jamais montrée ?
-Même si on ne nous montre pas tout, savons-nous voir ce qu'on nous montre afin de comprendre et penser ce que l'on ne nous montre pas ? Kant pensait que le spectateur de l'histoire la comprenait mieux que l'acteur parce qu'il jouissait du temps de la pensée et de la distance critique. Or, contrairement à ses prétentions, la télévision ne fait pas de nous des spectateurs de l'histoire disposés à la penser mais des acteurs impuissants.
La télé-vision (étymologiquement : la vision à distance) nous assigne à demeure dans des identifications passives. Notre liberté réside dans un réglage critique et toujours mobile de notre distance et de notre proximité avec les événements certes, mais aussi avec ce que l'on nous en montre. Le hors-champ de la guerre, c'est-à-dire ce qui n'est ni dans le champ des armes ni dans celui de la caméra, peut seul permettre de construire du sens, un récit signifiant.

Propos recueillis par Jérôme-Alexandre Nielsberg
(*) Philosophe et directrice de recherche au CNRS.
(1) Le Commerce des regards. Éditions du Seuil, 2003. 268 pages, 23 euros.
Article paru dans l'Humanité du 18 avril 2003.

LA GUERRE DE BUSH
La guerre des images-Conditionnel
Petit train-train du 20 Heures de France 2, mardi soir. Le logo " Guerre en Irak " est bien calé dans un coin de l'écran et David Pujadas aux commandes : en avant pour les résultats de cette " sixième journée " de compétition guerrière ! Rien ne manque. Les bombardements du jour, les rumeurs de soulèvement populaire à Bassora, la tempête de sable, les GI qui roupillent à l'abri des chars d'assaut, George Bush qui parle de " semaines ", de " mois ", bref, qui ne sait pas combien de temps va durer " cette guerre "... Tout s'enchaîne sans anicroche. Et chacun fait preuve d'une prudence de Sioux. De toute manière, ils n'ont pas grand-chose à montrer.

Et puis, à mi-journal, après avoir réglé en deux minutes le sort des " manifs antiguerre " (résumées aux débordements de fin de cortège), la circonspection affichée retombe comme un soufflet. Pujadas annonce un reportage dans une " cité " de la banlieue parisienne. Quincy-sous-Sénart, petite ville de l'Essonne avec ses barres HLM et sa jeunesse d'origine maghrébine. Voix grave du commentaire : " Ici, tout le monde s'entend pour rejeter les Etats-Unis. " On sent le journaliste en terrain hostile et son angle prédéfini. Tout ce qu'il peut glaner à charge de ces jeunes défile sur notre écran. Disparu le joli recul de l'info et les précautions. On zoome en gros plan sur quelques tags " Saddam ", " Vive Ben Laden ". Au pied d'un immeuble, le micro s'attarde au milieu d'un groupe. " Franchement, qu'est-ce que j'ai de commun avec les Américains ? ", interroge un des jeunes. Le journaliste : " Et qu'est-ce que tu as de commun avec les Irakiens ? " Le jeune hésite et répète : " Mais qu'est-ce que j'ai de commun avec les Américains ? " Une réponse fuse à droite : " Comme les Irakiens, on est des musulmans. " Fin de séquence. Le journaliste a entendu ce qu'il était venu chercher.

Plus loin, un autre jeune s'explique : " C'était pas la peine de bombarder le peuple irakien. Ça, ça va chauffer les esprits de tous les extrémistes. C'est le départ de tous les problèmes. " Propos de bon sens. Tués immédiatement par un commentaire final du journaliste. " Ici, les chaînes arabes sont les seules sources d'information. Au jour le jour, elles vont forger leurs esprits... " Dans le train-train du JT, les " cités " n'ont jamais eu droit au conditionnel.

Laurent Mouloud (l'Humanité du 27 Mars 2003)



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