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1789 à Evry
1789 A EVRY PAGES D'HISTOIRES
 

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Remerciement à
Jacques Longuet
historien
ancien conseiller municipal d'Evry
auteur de ces pages d'histoires

Décidément l'été est trop chaud à Paris
Sur la route de Paris à Fontainebleau le trajet semble s'éterniser
On a frôlé l'incident à Juvisy, au pont des Belles Fontaines, où le carosse, trop léger, a failli verser

la maîtresse traverse le grand salon où des housses de drap recouvrent la fragilité d'un mobilier délicat



Le greffier presse le pas derrière Jean Popelin qui semble aujourd'hui plus pressé que de coutume

il savait qu'il irait vite en besogne : la vilaine masure des époux Genois se résumait à une grande chambre basse



C'est un printemps bien particulier pour la France et, à sa manière, c'est un printemps bien particulier aussi pour Evry. Ils sont 24, ce dimanche matin

le Roi de France s'est engagé à recevoir toutes les plaintes, doléances et remontrances


Le langage est maladroit, la plume incertaine...

ces 24 hommes de bonne volonté et de bon sens paysan pourront-ils penser qu'ils viennent de contribuer, à leur manière, à rédiger le testament de l'Ancien Régime ?



le jardin du Roi



Louis XVI
son dernier portraît




 
Evry été 1785, le faste-, Evry, août 1788, la misère, -Evry, avril 1789, les cahiers de la Révolution

EVRY, ETE 1785
Décidément, l'été est trop chaud à Paris et les bruits de la ville, rue de Varenne, autour de l'hôtel de Clermont, incommodent au plus haut point Louise Marie-Thérèse Bathilde d'Orléans, duchesse de Bourbon. Heureusement, cette fille du duc de Chartres, soeur de celui qu'on appellera bientôt Philippe-Egalité, épouse du Prince de Condé et mère du jeune duc d'Enghien, possède à Evry, depuis 1781, une "maison des champs". C'est le château dit de "Petit-Bourg", qui fut propriété de la Marquise de Montespan et du duc d'Antin, et dont la présente version est l'oeuvre de l'architecte Jean-Michel Chevolet.

Sur la route de Paris à Fontainebleau, le trajet semble s'éterniser et Bathilde s'impatiente de retrouver des lieux qu'elle n'a pas fréquentés depuis l'automne dernier. On a frôlé l'incident, à Juvisy, au Pont des Belles Fontaines, où le carosse, trop léger, a failli verser...

Bathilde peut enfin contempler sa demeure champêtre : bel avant-corps central de trois travées, dépassant en hauteur le reste de l'édifice, et flanqué de deux pavillons...En toutes hâte, la maîtresse des lieux grimpe les quelques marches qui l'éloignent du perron, traverse en courant le grand salon où des housses de drap jauni recouvrent mystérieusement la fragilité d'un mobilier délicat...le paysage, "son paysage", est bien là ! La vue plongeante sur la vallée de la Seine, depuis Corbeil jusqu'à Juvisy...

Elle s'y arrête volontiers et s'y livre à la médiation que lui inspire une âme tout autant tourmentée qu'exaltée. La nuit ne tardera pas à tomber. "Demain, se promet Bathilde, j'irai à l'hospice rendre visite à mes pauvres". Elle ne peut imaginer plus agréable journée!


EVRY-SUR-SEINE, RUE DU CUL-D'ACIER, LE 27 AOUT 1788
Le greffier presse le pas derrière Jean Popelin qui semble aujourd'hui plus pressé que de coutume. Il a été en effet convenu de commencer la prisée dès huit heures du matin ce 27 août. Pierre Genois attend devant la porte où ont été placés les scellés depuis le décès de sa femme Marie Michelle Michault,en avril dernier...Mais il fallait maintenant, selon la coutume, faire l'inventaire des biens.

Jean Popelin, prévôt d'Evry, savait qu'il irait vite en besogne : la vilaine masure des époux Genois se résumait à une grande chambre basse, pièce unique et sans grand confort...C'est qu'ici la vie est rude pour ces journaliers sans fortune, sans terre et souvent sans gagne-pain. Il faut attendre les périodes fastes des travaux des champs pour que, des labours à la moisson, il soit possible de louer ses bras. Pierre a toujours été courageux, et il fallait parfois courir la campagne ; quand à Evry, l'embauche était terminée, c'est à Lisses ou à Orangis que l'on devait se rendre pour mendier quelques jours de besogne !...
La chaumière est bien dégradée depuis le passage du brutal orage de juillet dernier ; le chaume s'est en partie détaché de la toiture et la cheminée menace ruine. Mais rue du Cul-d'Acier, ici, au coeur du village, qui pourrait prétendre occuper quelque demeure bourgeoise là où ne vivent que brassiers, journaliers et manouvriers ?


EVRY-SUR-SEINE, DIMANCHE 04 AVRIL 1789
C'est un printemps bien particulier pour la France et, à sa manière, c'est un printemps bien particulier aussi pour Evry. Ils sont vingt-quatre, ce dimanche matin, à avoir sorti des bancs de l'église pour s'installer ici, entre presbytère et cimetière, car rien de ce qui concerne le monde des vivants ne doit échapper au lieu de repos des hommes.
A l'ombre de leur clocher, du clocher de cette vieille église St-Pierre et St-Paul dont le son rythme depuis tant d'années les travaux et les jours, ils ont décidé de tenir assemblée.

L'église, c'est un peu leur maison et c'est aussi sans doute la plus vieille bâtisse du village. Ce monde de paysans aime venir s'y agenouiller, là, tout juste devant l'autel dédié à St Vincent : il est vrai que la vigne est loin d'être négligé le long des coteaux qui longent la rivière de Seine et le métier de tonnelier , n'est pas l'un des plus rares du village...Et les voilà maintenant non loin des sépultures de leurs aïeux, pour "satisfaire au règlement du Roi, en date du 24 janvier dernier". Se réunir est pour eux pratique courante...Mais aujourd'hui, il s'agit de tout autre chose : le Roi de France s'est engagé à recevoir toutes les plaintes, doléances et remontrances des habitants de son pays et chacun doit se mettre à la tâche.
A Evry, comme ailleurs, on ne manie guère la plume...La paroisse compte environ quatre-vingt-huit feux, c'est à dire environ six cents habitants. Mais l'abondance des demeures seigneuriales génère ici la présence d'une importante population aux fonctions de domesticité qui ne se sent guère impliquée dans la vie locale...
Le langage est maladroit, la plume incertaine et l'on a, à défaut, recours à quelques formules générales recueillies dans les cahiers de district...

Lorsque la nuit tombera, ce 04 Avril 1789 et que les âtres, en ce printemps frileux, s'allumeront dans le village et dans ses écarts, ces vingt-quatre hommes de bonne volonté et de bon sens paysan pourront-ils penser qu'ils viennent de contribuer, à leur manière, à rédiger le testament de l'Ancien Régime ?




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