Logement L'abbé Pierre
" On ne construit pas pour les plus pauvres " État, élus, riverains... Le fondateur d'Emmaüs en appelle à la responsabilité de tous pour assurer ce qu'il considère comme " un devoir de la Nation " : loger les plus démunis.L'auteur du fameux appel de l'hiver 1954, qui exhortait la population et les pouvoirs publics à mettre en pratique la solidarité pour les sans-toit, tire à nouveau la sonnette d'alarme. Entretien exclusif. La crise du mal-logement atteint un seuil plus que critique et prend la forme d'une crise de société. Que vous inspire ce triste état de fait ? Abbé Pierre. Cela m'inspire beaucoup de tristesse, d'inquiétude et de révolte. Malgré ces cinquante années passées à crier, à dénoncer, à défendre les laissés-pour-compte, je suis toujours aussi indigné par tant d'indifférence. Nous laissons encore aujourd'hui sur le bord du chemin des générations de jeunes, de familles, sans projet, sans avenir, sans espoir de vie meilleure. Auparavant, la France manquait de logements parce que ses priorités étaient ailleurs, dans la relance industrielle par exemple. La machine économique devait repartir après l'horreur de la guerre. L'effort sur la construction de logements était chaque année retardé. Aujourd'hui, les difficultés sont autres, mais la crise est réelle. Vous dites " crise de société ", oui, je ne peux qu'être d'accord. La différence, cinquante ans après, c'est qu'elle est devenue une crise du " vivre ensemble ". On construit des logements, on en construit beaucoup, mais insuffisamment comme le disent tous les experts. Et surtout, on ne construit pas pour les plus pauvres. On bâtit pour les gens qui ont des revenus et qui peuvent payer des loyers chers. Le fossé se creuse chaque jour davantage. La Fondation m'a signalé que sur cinq logements construits aujourd'hui, un seul est social ou à vocation sociale. Cette situation est inacceptable. Vous, dont l'appel avait contraint les pouvoirs publics à appliquer la réquisition puis à lancer une politique de construction pour loger les ménages à bas revenus, qu'avez-vous envie de dire à nos dirigeants actuels ? Abbé Pierre. Je leur dirai qu'il est de leurs responsabilités d'accueillir dans nos villes toute la population, quelle que soit la catégorie sociale dont elle relève. C'est un devoir de la nation, c'est un devoir de chacun d'entre nous. Quand on me dit que des maires refusent des logements sociaux sur leur commune, quand on me dit que, chaque année, on renvoie l'argent qui, prévu au budget logement de l'État, n'a pas été dépensé, par manque de projet, ou quand on me dit que des associations de riverains luttent contre l'arrivée au bout de leur rue d'un logement social, je me dis qu'on ne peut pas tolérer cette situation dans un pays comme le nôtre. On ne l'accepterait pas dans un pays du tiers-monde ou en voie de développement. Dans un pays riche comme la France, c'est un devoir et un honneur pour un élu d'avoir à s'occuper de tous, et des plus faibles en particulier. Propos recueillis par C. P. pour l'Humanité du 11/10/2003 |
La construction de logements sociaux en Ile-de-France va chuter en 2005, a indiqué mercredi l'Union sociale de l'habitat Ile-de-France (AORIF) fédérant les organismes HLM, qui l'a qualifiée de "mauvaise année"." Les deux incendies meurtriers qui ont eu lieu dans des immeubles parisiens vétustes ont relancé le débat sur le manque de logements sociaux, en particulier en Ile-de-France, région qui construit peu en général. "La production (construction et acquisitions, ndlr) de 2005 va chuter à 12.000 logements alors que l'objectif pour la première année du plan de cohésion sociale est de 17.000", contre 16.000 logements en 2004 et 12.900 en 2003. La région Ile-de-France construit environ 40.000 logements neufs par an, dont un cinquième de logements sociaux. L'objectif du plan de cohésion sociale, qui prévoit un rythme de construction de 100.000 logements par an au niveau national, est de 20.000 en 2006 pour l'Ile-de-France. Le schéma directeur de l'Ile-de-France préconisait de construire par an 60.000 logements neufs dans cette région pour répondre aux besoins. Si les communes d'Ile-de-France soumises à la loi SRU (Solidarité Renouvellement Urbain) leur imposant de construire 20% de logements sociaux remplissaient leurs obligations, "l'objectif du plan de cohésion sociale serait respecté". De nombreuses villes (comme Neuilly gérée par Sarkozy) refusent d’appliquer cette loi. Il y a 340.000 demandeurs de logements sociaux en Ile-de-France, dont 104.000 à Paris. La région compte 1.153.000 logements sociaux qui logent trois millions de personnes, soit plus d'un quart de la population francilienne, selon l'AORIF. |
Ballainvilliers (2 749) 4,4 % ; Bièvres (4 034) 10,1 % ; Boissy-sous-Saint-Yon (3 566) 3,9 % ; Boussy-Saint-Antoine (6 352) 5,5 % ; Brunoy (23 617) 16,2 % ; Bruyères-le-Châtel (3 013) 3,6 % ; Bures-sur-Yvette (9 679) 14,8 %.