La Chine
REPORTAGES : LOGEMENTS - KATRINA - BOMBES A FRAGMENTATION
ESPIONNAGE A CARREFOUR - LA PROSTITUTION


LA CHINE A NOS PORTES

REPORTAGES
Mode, automobile, industrie, commerce, tourisme, la Chine nous envahit, comment, pourquoi ?
Des clés pour comprendre...


Défilés parisiens : la Chine présente pour la première fois.
Jefen, première marque chinoise à défiler sur les podiums parisiens, a proposé un vestiaire juvénile à l'empreinte chinoise très discrète tandis que Martin Margiela redessinait les silhouettes, avec des épaules élargies et des trompe-l'oeil.
Frankie Xie, créateur de Jefen, habille les femmes de micro-bloomers en satin de soie marine, grise ou beige, de robes baby-doll en broderie anglaise blanche ou en coton blanc plissé, accompagnées de micro-cardigans rayés. Il aime les salopettes courtes et amples qui se portent avec des leggings à fines rayures horizontales, les petites manches ballon.
Pour une allure moins collégienne, il propose des blouses en soie blanche à lavallière, d'autres à noeud papillon, des robes à plastron, des chemisiers à jabots, des robes bustiers, des pantalons ultra-larges.
Seules, des fleurs de pêcher peintes sur quelques pièces rappellent une influence chinoise.

"Je pense qu'il y a beaucoup de choses chinoises dans la collection", a déclaré Frankie Xie à l'issue du défilé. "On utilise beaucoup de technologie chinoise, comme la broderie à la main, les tissus chinois ou la soie chinoise" et "les imprimés sont des dessins chinois".
Sa collection a été applaudie notamment par l'ambassadeur de Chine à Paris Jinjun Zhao.
d'après AFP


Marché français : les constructeurs chinois veulent entrer dans la danse
Au Mondial de l’automobile, Paris a son quartier chinois. Les constructeurs de l’empire du Milieu y présentent des modèles rustiques mais bon marché.
Qu’elle suscite curiosité, crainte, voire dédain, l’offensive chinoise est bel et bien lancée...
Parqués tout au fond du hall 3, les constructeurs chinois font fi du scepticisme qui entoure leur offensive programmée et étalent sur tout un pan de mur leur marque aux consonances anglo-saxonnes. Mais les Landwind et autre Great-Wall ne font pas qu’afficher leurs logos inconnus et dévoiler leurs 4 x 4 rustiques à 15 ou 20 000 euros, ils annoncent la couleur.
Leurs objectifs sont clairs : conquérir les marchés français et européens. Landwind dit vouloir séduire les clients de l’occasion et espère écouler 4 000 véhicules sur le sol français en 2008 ; Great-Wall n’a pas d’objectif précis, mais « prendra le temps ».
Si l’on riait (raillait ?) il y a quelques années, on badine beaucoup moins aujourd’hui. Prenez Landwind, une des premières sociétés chinoises à avoir posé les roues de ses autos sur le Vieux Continent. Le constructeur dévoile au salon parisien la Fashion, un monospace 7 places au prix de 14 900 euros et, à l’instar de la Dacia Logan, étend l’appellation low-cost (bas prix) au monde feutré de l’automobile.
Ce monospace qui, après homologation, devrait être disponible en France d’ici un an, ne paye pas de mine mais il marque un tournant. Jusqu’à présent, les Chinois n’avaient présenté que de gros 4 x 4 baroudeurs, certes toujours bon marché mais pas très grand public.
Great-Wall, l’autre chinois, n’en est pas encore là, Xinkaï, qui tenait un petit stand avec deux gros 4 x 4, prévoit, via un partenaire basé au Liban, l’exportation d’une berline bon marché en 2008.
Pour l’éclaireur Landwind, l’arrivée de moteurs Diesel (réclamés par les clients français) sera le prochain coup de cette stratégie de conquête. Le Chinois avance ses pions et possède déjà des avant-postes en France grâce à un réseau de 140 distributeurs, dont 90 sont issus... du réseau MG-Rover, le constructeur anglais qui a fermé boutique.
Si l’on ajoute le partenariat engagé avec Cetelem (pour proposer des solutions de financement aux clients), on comprend que l’offensive chinoise est bel et bien lancée.
Sauf que, pour l’heure, les voitures made in China sont bien loin des standards européens. La première version du X-Pedition a été sévèrement recalée au crash-test et la Fashion (« la mode » en anglais), aux lignes obsolètes, usurpe son petit nom. Son habitacle rustique, la planche de bord en plastique dur, l’assemblage approximatif fera fuir le client français un tant soit peu exigeant. Les constructeurs français ont-ils du souci à se faire ? Aujourd’hui, la réponse est non. Mais demain ?
La Voix du Nord


La France attire toujours les touristes
Cette année encore, les touristes étrangers ont été nombreux à choisir la France comme destination de vacances.

Le grand bond en avant des Chinois
700 000 Chinois ont visité l’année dernière « la terre du romantisme » alors qu’ils n’étaient que 400 000 en 2003.
«Ah ! Paris : la tour Eiffel !» La jeune Xuwen, qui a prévu d’arpenter l’Europe pendant dix jours à l’automne avec ses parents, passera trois jours en France. Elle n’en découvrira que sa capitale. « Je veux aller visiter le Musée du Louvre, Notre-Dame et la butte Montmartre. »

LA CHINE
LE PAYS LE PLUS PEUPLE DU MONDE

Recouvrant une partie importante de l'Asie orientale, la Chine partage ses frontières avec 14 pays ; à l'Est le littoral Pacifique s'étend sur des milliers de kilomètres. La Chine est constituée aux deux tiers de régions de haute altitude. Les montagnes du Sud-Ouest encerclent le plateau tibétain ; au nord-ouest, celles de Tien Shan séparent le bassin du Tarim du bassin de Djoungarie.
Les deux tiers de la population se concentrent dans les plaines du Sud-Est. La superficie de la Chine est de 9.596.960 km2

La population totale du pays est de de 1 307 560 000 habitants (fin 2005), ce qui en fait toujours le pays le plus peuplé du monde.
Cependant, la croissance reste stable et à un niveau relativement faible, surtout comparé aux standards asiatiques. L'Inde rattrape à grands pas la Chine, et sera d'ici la moitié du 21è siècle le pays le plus peuplé du monde.

On compte ainsi 674 millions d'hommes (51.5%) contre 634 millions de femmes (48.5%) en Chine, déséquilibre qui se resserre au fil du temps. Mais les traditions sont tenaces, et les parents souhaitent toujours avoir un garçon plutôt qu'une fille (la politique de l'enfant unique reste de mise dans bien des cas), ce qui entraine de graves conséquences à la fois sur le traitement réservé aux petites filles, mais également sur les tous jeunes bébés filles qui risquent tout simplement l'infanticide.
Ce phénomène surtout rural s'atténue, car le nombre de personnes vivant en ville grossit de manière exponentielle : 562 millions d'urbains contre 745 millions de ruraux fin 2005. Le nombre de villes de plus d'1 million d'habitants devient difficilement comptabilisable, les données changeant très vite.

En 2005, la Chine a vu naitre 16 millions de bébés et a enregistré 8.49 millions de décès. Le taux de natalité descend à 12.23‰ et le taux de mortalité descend aussi à 6.49‰.
Enfin, le pays continue à s'enrichir, avec une croissance économique très forte de 9.9% en 2005, ce qui compte tenu de la faible augmentation de population, contribue à l'amélioration grandissante des conditions de vie d'un grand nombre de personnes.


REPORTAGE
Mei et Wanquin, ouvrières : " Un jour de repos par mois, c’est très dur"

Un immeuble-dortoir du quartier Futian, dans la zone économique spéciale (ZES) de Shenzhen, reconnaissable comme tous ses semblables aux rangées innombrables de linge qui sèche sur les balcons. Un aprèsmidi, dans la touffeur irrespirable de l’été, dans un sombre couloir qui dessert plusieurs chambres, nous croisons Mei, aux cheveux mouillés qu’elle vient de laver.
Son amie Wanqin, originaire du même village, se maquille. Quelques instants de détente pour les deux femmes, assises à l’entrée d’une pièce de quelque 20m2 où s’entassent 8 lits superposés, des placards de fortune et des valises. Au fond de la pièce, un évier. Un rideau suspendu devant chaque lit donne à sa locataire un semblant d’intimité. Deux autres compagnes de chambrée plus jeunes sont parties se promener.
Une autre restera à dormir pendant notre visite.

Sept femmes vivent dans cette chambre et travaillent pour la même fabrique de vêtements appartenant à un Taïwanais. À trente-quatre ans, Mei a de plus en plus de mal à supporter cette vie. Originaire de Nanchong, dans la province du Sichuan, elle est arrivée à Shenzhen il y a treize ans avec son mari. Elle a travaillé dans plusieurs usines « mais celle où je travaille actuellement est la pire de toutes », confie-t-elle.
Durant toutes ces années, ni elle ni son mari n’ont pu acquérir une qualification et, l’âge venant, le choix des emplois est plus restreint. Mei est une fille de paysans, son niveau scolaire n’a pas dépassé l’école primaire.
Pas d’autre choix que d’aller travailler là où l’on embauche. L’usine emploie 60 salariés, payés à la pièce de vêtement. Le travail débute à 8 heures et s’étire jusqu’à 21 heures avec une heure trente de pause. Samedi et dimanche compris. « Nous n’avons qu’un jour de repos par mois, pour arriver à gagner 1000 yuans (moins de 100 euros) par mois.

C’est dur, très dur, il n’y a pas d’air conditionné et la température dans les ateliers monte à plus de 40 degrés. Aujourd’hui, c’est exceptionnel, il y a des coupures d’électricité et l’usine est fermée. C’est pourquoi nous sommes là mais nous reprenons le travail à 6 heures ce soir, quand le courant sera rétabli, jusqu’à 11 heures. » Mei en a assez de cette vie. Elle s’ennuie de sa fille âgée de onze ans qu’elle n’a pas vue depuis deux ans. Pour économiser, elle et son mari ne sont pas retournés chez eux lors des vacances de printemps qui marquent le début de l’année lunaire. Un moment de migrations dans toute la Chine où les réunions familiales s’imposent pour la plus grande fête annuelle. Son mari vit dans un bâtiment voisin, dans un dortoir réservé aux hommes.

Il travaille dans la même fabrique et coupe des vêtements. Chaque mois, ils envoient chacun 500 à 800 yuans à leur famille qui s’occupe du lopin de terre. Le dortoir est gratuit mais il faut payer l’eau et l’électricité. Quant à l’eau potable bouillie qu’elle nous offre sans thé, s’excuse-t-elle, car trop cher, « il faut aller la payer et la chercher à l’atelier à l’autre bout de la cité. Nous n’avons pas le temps et pas l’argent pour aller en ville. Nous sommes trop fatiguées ». Pense-t-elle pouvoir obtenir de meilleures conditions de travail ?
Avoir recours aux syndicats ? Mei hausse les épaules : « Ce n’est qu’un petit atelier, personne ne peut nous défendre. » L’espoir a déserté sa vie. Elle ne pense plus à un avenir acceptable à Shenzhen et rêve de retourner dans son village. Pour sa fille, elle veut une meilleure éducation, un sésame pour sortir de la pauvreté, mais les études coûtent cher...

L'Humanité

Vincent Defait (L'Humanité du 02/09/2005


Wen Tiejun : « Repenser le développement des campagnes »
Cet économiste et sociologue travaille au Centre de recherches pour l’économie rurale. Il est notamment l’auteur d’une série d’articles résultant d’enquêtes en milieu rural parus dans le courant des années quatre-vingt-dix.

Quelle analyse faites-vous du problème rural de la Chine ?
Wen Tiejun. Le grand problème de la Chine demeure celui de la paysannerie. Il se définit en trois dimensions (ce que les Chinois ont appelé les trois questions agraires : Sannong - NDLR) qui s’interpénètrent avec la population rurale (paysans restés à la terre et migrants, les mingongs), la production agricole et le développement des campagnes. L’ensemble de cette problématique ne se réduit pas uniquement à une pénurie de terres. La Chine nourrit 20 % de la population mondiale avec seulement 7 % de la superficie totale des terres cultivées du monde. Nous ne sommes pas un vaste pays agricole, mais un pays avec une très forte population rurale.

Le déséquilibre entre forte démographie et ressources limitées engendre d’autres déséquilibres et tensions. Le phénomène n’est pas nouveau mais il s’est considérablement aggravé avec le modèle de développement choisi, axé sur l’industrialisation. Modèle imité des pays capitalistes industrialisés et de l’Union soviétique.
Il s’agissait alors d’une vision globale du monde. Les États gagnants étaient industrialisés, les pays agricoles étaient colonisés. Le processus d’accumulation du capital en Chine pour son industrialisation s’est fait sur le dos de la masse paysanne qui n’a rien reçu en retour. Au contraire, la pauvreté rurale n’a pas été résolue.

Pourquoi les premières réformes des années quatre-vingt, bénéfiques pour la paysannerie, se sont-elles retrouvées dans l’impasse ?
Wen Tiejun. Elles devaient accélérer la modernisation des campagnes. Le contrat de travail familial lié à la terre a libéré une masse considérable de main-d’oeuvre compte tenu de la taille des lopins à travailler. Face à l’économie de marché qui se mettait en place, les plus faibles n’ont pas résisté.
Les grands projets économiques et d’infrastructures se sont concentrés sur les régions côtières attirant de plus en plus de jeunes ruraux sans travail. Dès cette époque, les spécialistes affirmaient que sans amélioration substantielle des conditions de vie des 800 millions de ruraux, le développement du pays resterait hypothéqué.
L’accélération de la modernisation basée sur le profit et la concurrence a aggravé les déséquilibres au sein même des campagnes. De nouveaux conflits ont surgi avec la création d’une multitude de zones industrielles sur des terres collectives de villages sur décision des élites locales sans consultation des fermiers.

La Chine était mal préparée pour entrer dans la mondialisation. Avec l’entrée à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la concurrence des produits agricoles étrangers va pousser l’agriculture chinoise à devenir une agriculture de subsistance. Plus de la moitié de population rurale actuelle devra pour vivre abandonner la terre.

Que pensez-vous des nouvelles orientations gouvernementales sur « la reconstruction des campagnes » ?
Wen Tiejun. Elles étaient absolument nécessaires et il faut s’en féliciter. Tout est à faire : investir dans les infrastructures, amener l’eau potable, l’électricité, remettre à niveau les systèmes d’éducation, de santé et d’administration. Les villages doivent cesser d’être marginalisés, ce qui implique une reconstruction des activités rurales avec la participation des paysans.

Vous avancez quelques alternatives.
Wen Tiejun. Les trois éléments qui mettent en échec le programme d’élimination de la pauvreté pèsent sur une donnée commune, celle des paysans pauvres qui ne sont jamais écoutés. Ils ne sont pas des partenaires qui définissent la politique et les choix mais les simples bénéficiaires des décisions des autres.
Une des solutions serait de donner plus de liberté et de moyens aux paysans pour cultiver la terre comme ils le veulent, en leur accordant plus de droits sur ces terres. Jusqu’à présent, en effet, les paysans chinois ne sont que locataires de l’État via le comité local dans l’utilisation du sol. Ce qui implique une redéfinition de la propriété de la terre. Car l’économie collective a parfois donné naissance à de véritables monopoles privés.
Les stratégies alternatives pourraient passer par la promotion d’un développement basé sur l’utilisation d’une main-d’oeuvre importante ou par des transformations institutionnelles au sein des communautés rurales.
Entretien réalisé par D. B.
L'ECONOMIE CHINOISE

Depuis la fondation de la Chine nouvelle en 1949, l’économie chinois s’est développée rapidement. Notamment après la mise en application de la politique de réforme et d’ouverture vers l’extérieur en 1978, l’économie chinoise a maintenu un taux de croissance de 9%.
En 2003, le Produit intérieur brut (PIB) a atteint 1400 milliards de dollars. Le volume global économique s’est classé à la sixième place après les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France. Jusqu’à la fin 2003, le PIB par habitant a dépassé 1000 dollars.
Actuellement, l’investissement et la consommation ont maintenu de bonnes tendances à l’intérieur de la Chine. En 2003, la valeur des investissements dans les immobilisations de toute la société chinoise a dépassé 5500 milliards de yuans. La valeur totale de la vente au détail des marchandises a atteint 4600 milliards de yuans. La valeur du commerce extérieur a atteint 850 milliards de dollars en dépassant la Grande-Bretagne et la France pour occuper la quatrième place du monde après les Etats-Unis, l’Allemagne et la Japon.
Jusqu’à la fin 2003, la valeur de la réserve en devises étrangères a dépassé 400 milliards de dollars en Chine, soit à la deuxième place du monde après le Japon.
Après 20 ans d’édification moderne et de réforme et d’ouverture, la Chine a accompli le transfer de l’économie planifiée à l’économie de marché. Le système de l’économie de marché socialiste a été graduellement établi et perfectionné. Les lois et règlements concernés sont en perfection. Le marché est de plus en plus ouvert. L’environnement d’investissement se perfectionne sans cesse et la réforme du système financier est accéléré. Tout cela constitue des garanties pour le développement continuel de l’économie chinoise.

A l’arrivée du nouveau sièle, la Chine a formulé une nouvelle idéologie qu’est le développement complet et coordonné entre l’être humain et la nature, l’être humain et la société, la ville et la campagne, la région d’Est et celle d’Ouest ainsi que l’économie et la société. En 2002, le XVIème Congrès du Parti communiste chinois a fixé l’objectif de construire une société de moyenne aisance en 2020.
Sources : Radio Chine Internationale
Economie Chinoise : Le point de vue du prix Nobel nord-américain Joseph E. Stiglitz

Pourquoi écrire un nouveau livre sur le thème de la mondialisation ? Y a-t-il eu des changements depuis votre dernier ouvrage ?
Joseph E. Stiglitz. Beaucoup de choses ont évolué, comme le nouveau rôle de l'Inde et de la Chine. 2,4 milliards d'habitants se sont intégrés à l'économie mondiale. L'impact est énorme. La perception de la mondialisation a aussi changé. Aujourd'hui, même le FMI reconnaît l'instabilité créée par les marchés de capitaux même si sa politique ne change pas. S'ils reconnaissent, depuis les négociations de l'OMC en 2001 à Doha, que les cycles commerciaux précédents ont nui au développement, les cycles suivants ont toutefois été des échecs. Le commerce international doit changer d'orientation car il est injuste et ne fonctionne pas.

Vous parliez également beaucoup des marchés de capitaux...
Joseph E. Stiglitz. En effet, c'est l'autre grand problème. En 1998, la crise financière était mondiale mais tout le monde pensait que le problème venait des PVD, de la faiblesse de leurs institutions financières.
Or nous avons toujours une grande instabilité financière mondiale et le débat porte sur le déséquilibre entre les États-Unis, la Chine et l'Europe.
Ce ne sont pas les PVD qui nuisent à l'économie mondiale. Notre analyse n'est toujours pas la bonne. Nous n'examinons pas les problèmes fondamentaux, mais plutôt les symptômes, comme par exemple le grand déficit commercial des pays riches par rapport aux pays pauvres. Le flux d'argent va des pays pauvres vers les pays riches, donc dans la mauvaise direction. Il est vrai qu'en contrepartie nous annulons des dettes.
Cependant, nous ne cherchons pas réellement à comprendre les raisons pour lesquelles tant de pays sont si endettés qu'ils ne peuvent plus rembourser.

Vous faites souvent référence à l'euphorie des marchés financiers. En 2001, les lois dites de sécurité financière mises en place après l'éclatement de la bulle Internet, comme la loi Sarbanes-Oxley aux États-Unis, n'ont pas changé grand-chose...
Joseph E. Stiglitz. Il faut d'abord une meilleure comptabilité, plus nette, qui permette de détecter le problème de façon plus précise.
Deuxièmement, une taxe plus importante, comme le fait la Chine, sur les gains en capitaux à court terme est une façon de dissuader ces capitaux de migrer rapidement. Il faut aussi utiliser des stimulants économiques privilégiant ce qui est socialement productif, les innovations, les recherches sur les maladies comme la malaria ou le sida plutôt que sur la pousse des cheveux (mais qui rapportent plus !). Le libre marché ne fonctionne pas mais on peut utiliser sa force en le modelant.

Il s'est formé au fil du temps une sorte d'équilibre mondial entre la Chine et les États-Unis. Les Chinois exportent beaucoup de produits industriels aux États-Unis et, avec les dollars qu'ils récupèrent, ils financent le déficit des États-Unis. Cet équilibre peut-il continuer ?
Joseph E. Stiglitz. Non, c'est fort improbable. Le problème n'est pas du côté de la Chine mais du côté des États-Unis, car ces derniers accumulent de plus en plus de dettes.
Il y a un risque de baisse du dollar dès lors que la population s'inquiète.
Chacun peut vouloir retirer son argent. Il est fort probable qu'il y aura un problème d'ici quelques années. Il y a une grande asymétrie qui se creuse. Selon certains, les États-Unis dépendent de la Chine et la Chine dépend des États-Unis. Ce n'est pas vraiment le cas. Il existe une grande différence entre ces deux pays. La Chine pratique ce qu'on appelle le financement pour le vendeur. La Chine avance bien aux États-Unis l'argent qui finance l'achat de ses biens.
Mais la Chine peut aussi financer non seulement les États-Unis mais aussi d'autres pays, en particulier elle-même. La Chine va investir en Chine.
La Chine n'a pas besoin d'expédier des marchandises aux États-Unis. Elle peut se concentrer sur son propre territoire et sur ses pauvres. Pourquoi le pays le plus riche du monde, les États-Unis, pourrait consommer plus que son revenu. D'autres peuples peuvent en faire autant. En fait, la Chine a déjà dit qu'elle allait commencer à le faire. Elle a déjà affirmé dans son onzième plan quinquennal qu'elle allait passer d'une dépendance sur les exportations à une dépendance sur la croissance intérieure. Elle veut réduire son taux d'épargne et augmenter sa consommation.

La Chine évolue vers une réduction de sa dépendance, pas les États-Unis.

Va-t-il y avoir un partage de l'économie mondiale entre deux empires ou bien la Chine va-t-elle imposer sa monnaie, le yuan ?
Joseph E. Stiglitz. Je pense que la devise chinoise sera plus convertible à l'avenir et qu'elle deviendra une devise que les gens aimeront avoir dans leurs réserves. Ironiquement, cela finira par nuire au dollar.
Ils garderont peut-être la moitié de leur argent en dollars et l'autre moitié en devise chinoise, ce qui va affaiblir le billet vert.
Par leur politique, les États-Unis affaiblissent leur propre monnaie. Pour l'instant, il faut relativiser et ne pas oublier que l'économie chinoise n'équivaut aujourd'hui qu'à environ 15 % de l'économie américaine. En terme de pouvoir d'achat, l'écart est encore très grand.
La technologie américaine est encore très en avance. On exagère donc souvent, même si la croissance annuelle de la Chine est remarquable (9,7 % depuis neuf ans). Plus de gens sont sortis de la pauvreté que jamais auparavant dans l'histoire du monde, ce qui est un succès remarquable mais qu'il ne faut pas surestimer.
La Chine est un géant et aussi un pygmée, car elle commence seulement à se doter de technologies avancées.
Avec son onzième plan quinquennal, elle reconnaît son retard dans le domaine de l'innovation et veut le rattraper pour devenir indépendante.
Pendant ce temps, les États-Unis sous-investissent dans la recherche et dans les universités.
L'administration Bush est hostile à la science. C'est incroyable de voir un président des États-Unis hostile à la science. La Chine est pour la science et cela va faire la diffé
rence. Ils diplôment beaucoup plus d'ingénieurs que les États-Unis, certes peut-être pas de même niveau, mais c'est une grosse erreur de ne voir dans la Chine qu'un réservoir de main-d'oeuvre peu qualifiée. Quand vous visitez leurs usines, vous voyez comme ils combinent habilement la main-d'oeuvre qualifiée à la main-d'oeuvre peu qualifiée. C'est cette combinaison unique qui leur a donné un avantage, et les gens préfèrent acheter en Chine à cause de leurs faibles coûts de production.

Quels seront les problèmes au coeur de la prochaine campagne électorale aux États-Unis ?
Joseph E. Stiglitz. Sans doute l'incompétence de l'administration Bush. Le désastre en Irak et la mauvaise conduite de la guerre.
Bush prétendait conquérir le coeur et la raison des Irakiens, et on a perdu les deux. Ils ont dit que cela coûterait 50 milliards de dollars et cela coûtera beaucoup plus que 1 ou 2 trillions.
Imaginez ce qu'on pourrait faire avec ! Cela donne envie de pleurer. Le cyclone Katrina et la corruption seront aussi au coeur de la campagne électorale. Les États-Uniens s'appauvrissent sans cesse et commencent à perdre leurs illusions. Ils doutent des discours officiels et se rendent compte que leur situation se détériore de jour en jour contrairement à celle des plus riches.
Des questions seront soulevées par rapport à la mondialisation et aux pertes d'emplois liées aux délocalisations entre autres en Chine. Sur CNN, il y a une émission animée par Lou Dobbs qui annonce chaque soir les délocalisations. Malheureusement, il y aura une tendance à blâmer la Chine et à devenir protectionniste.
(1) Joseph E. Stiglitz, Un autre monde. Contre le fanatisme du marché, éd. Fayard, 2006. Entretien réalisé par Jacques Coubard et Sébastien Ganet. Traduction par Hervé Fuyet et Peggy Cantave Fuyet
LA CHINE







LE GROUPE MOSAIQUEMosaïque 91-l'Annuaire du 91PCF-EVRY-l'Annuaire progressisteWeb Essonne










NOMBRE DE VISITEURS ACTUELLEMENT
EN VISITE CE JOUR SUR CE SITE