réchauffement climatique
Réchauffement climatique : encore pire que prévu ?

Un rapport publié sous l'égide de l'Union européenne estime que le vieux continent se réchauffera globalement davantage que la moyenne mondiale d'ici 2100, contredisant ainsi les prédictions établies en 2001 par les experts de l'ONU.

Le rapport de l'Agence européenne de l'environnement (AEE-EAA) relève, à l'instar du Groupe d'experts de l'ONU pour le climat (GIEC-IPCC), que la température mondiale grimpera de 1,4 à 5,8 degrés Celsius entre 1990 et 2100, en l'absence de lutte contre l'effet de serre.
Il prévoit une fourchette supérieure pour l'Europe (2-6,3°C) alors que l'IPCC évoquait une montée du thermomètre de "0,1-0,4°C par décennie" pour le vieux continent.
Comme l'IPCC, l'AEE observe que le réchauffement a affecté davantage le continent européen au XXème siècle (+0,95°C) que l'ensemble du monde (+0,7°C).
Tout comme dans les 100 dernières années, le réchauffement sera surtout marqué au XXIème siècle dans le sud (Espagne, Italie, Grèce) et le nord-est de l'Europe.

Il continuera d'être plus intense l'hiver que l'été.
Les précipitations continueront d'augmenter dans les pays du Nord et de baisser dans les pays méridionaux.
Chez ces derniers, la sécheresse sera sévère en été, avec "des conséquences considérables pour l'agriculture et les ressources en eau".

La sécheresse sera entrecoupée d'épisodes de pluie intense et brutale.
Vers 2080, "les hivers froids disparaîtront presque entièrement" et les variations saisonnières auront tendance à s'estomper.
Les canicules type 2003 continueront d'augmenter en "fréquence et intensité", provoquant une surmortalité.
A l'opposé en hiver, les victimes du froid devraient "vraisemblablement" baisser.
Les glaciers alpins, dont la superficie a baissé d'un tiers entre 1850 et 1980, continueront de fondre.
"D'ici 2050, 75% des glaciers des Alpes suisses devraient avoir disparu".

Climat.
Plus chaud, plus souvent, plus longtemps
Ne vous fiez pas à la couleur du ciel ou aux basses températures de votre mois d’août... La canicule de l’été 2003 ne sera pas la dernière. C’est en tout cas le constat dressé par deux rapports publiés récemment. Qui mettent l’accent, pour la première fois, sur la vulnérabilité particulière de l’Europe et de l’Amérique du Nord à ces changements climatiques.

Malgré un été maussade, deux études récentes l’affirment : ça va chauffer !
S’ils n’ont que peu servi cet été, tout du moins pas autant que beaucoup nous le promettaient après la canicule de 2003, les brumisateurs et autres ventilateurs devraient bientôt devenir des produits de grande consommation indispensables aux Français.
En effet, à en croire les chercheurs américains du National Center for Atmospheric Research, Gerald Meehl et Claudia Tebaldi, l’Europe et l’Amérique du Nord devront faire face, dans les cent ans à venir, à des vagues de chaleur plus intenses, plus fréquentes et plus longues.
De sombres prévisions obtenues à partir d’une simulation sur les villes de Chicago et Paris, deux régions qui ont été touchées récemment par d’importantes vagues de chaleur (1995 pour Chicago, 2003 pour Paris). Cette fréquence accrue est sans surprise à mettre à l’actif de l’augmentation des émissions des gaz à effet de serre qui devraient aboutir à une hausse de 31 % du nombre moyen de vagues de chaleur d’ici la fin du siècle à Paris et de 25 % à Chicago.
Aujourd’hui, la durée moyenne des canicules est de 8,33 à 12,69 jours à Paris et de 5,39 à 8,85 jours à Chicago. À l’avenir, les vagues de chaleur pourraient durer plus de deux semaines à Paris (17 jours) et près de dix jours à Chicago (9,24 jours).

Des alertes régulières
Plus largement, la simulation indique que les zones déjà exposées, comme le sud et le centre des États-Unis ou la région méditerranéenne, subiront des canicules plus sévères encore, tandis que des zones jusqu’ici relativement épargnées, comme le nord-ouest des États-Unis ou l’Allemagne et les Balkans, y seront davantage confrontées. Les deux chercheurs s’inquiètent des " effets sérieux " que ces vagues de chaleur occasionneraient dans " ces régions qui ne sont pas actuellement bien adaptées pour [les] affronter ".
Cette simulation repose sur le scénario d’une situation demeurée inchangée, sans aucune intervention politique au XXIe siècle pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

Depuis la création du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en 1988, les gouvernements ont régulièrement été alertés. Les rapports se suivent et se ressemblent : tous confirment la thèse du réchauffement climatique. En juillet 2001, une équipe de chercheurs américains publie, déjà dans le magazine Science, les résultats de leur étude : la probabilité du réchauffement climatique est de 90 %. Plus les recherches avancent, plus elles se précisent et plus les résultats inquiètent.
En 1995, le second rapport du GIEC prévoyait une augmentation du réchauffement moyen de 1 à 3,5 degrés à l’horizon 2100. Six ans plus tard, l’augmentation probable est estimée entre 1,4 et 5,8 degrés. Pire, en moins d’une décennie, trois années ont successivement été déclarées comme les plus chaudes jamais enregistrées (1998, 2002, 2003). Le rapport de l’Agence européenne de l’environnement paru il y a tout juste une semaine s’inscrit dans la même lignée.
À ceci près qu’il affirme qu’en l’absence de lutte contre l’effet de serre, l’augmentation de la température en Europe sera plus importante que dans le reste du monde avec une fourchette comprise entre 2 et 6,3 degrés. Le bouleversement est mois anodin qu’il n’y paraît : une variation de seulement 5 degrés a suffi, au cours de la période glaciaire, pour que l’Europe du Nord soit recouverte de glaciers de plusieurs kilomètres d’épaisseur...

États-Unis et Russie traînent les pieds
Pourtant, le protocole de Kyoto, qui prévoyait une réduction de 5,2 % des émissions en 2008-2012 par rapport au niveau de 1990, avant de se limiter, à partir de 2001, à une stabilisation des émissions au niveau de 1990, n’est toujours pas entré en vigueur.

La faute aux États-Unis et à la Russie qui n’ont pas encore signé ni ratifié le protocole. Ce dernier pourrait pourtant, selon Philippe Quirion, président du Réseau action climat (RAC), " permettre une réelle baisse des émissions de gaz à effet de serre ". Les États-Unis (4 % de la population pour environ 25 % des émissions) ne semblent toujours pas disposés à réduire leur " train de vie " énergétique, et l’on sait combien le gouvernement Bush est lié au lobby pétrolier. Ainsi le groupe Esso, première compagnie pétrolière au monde, fut l’un des principaux donateurs (1,3 million de dollars, selon Greenpeace) de la campagne présidentielle de George W. Bush, en 2000.
Tout juste élu, celui-ci annonça d’ailleurs son intention de désengager son pays du protocole de Kyoto... Pour l’année 2001, les États-Unis ont affiché une hausse de 3,1 % de leurs émissions de gaz à effet de serre, soit la plus forte progression annuelle depuis 1990.
En Europe, les plans Climat sont dans l’ensemble décevant alors que contrairement à une idée répandue, le réchauffement climatique ne concernera pas uniquement les pays du Sud.
À preuve, une étude britannico-norvégienne a démontré que le débit du Gulf Stream, responsable du climat tempéré dont jouit l’Europe, a diminué d’au moins 20 % depuis 1950. Paradoxalement, il ne s’agit peut-être pas d’une si mauvaise nouvelle : les pays du Nord pourraient accroître leurs efforts s’il est établi qu’ils pâtiront également du réchauffement climatique.

Quand la communauté scientifique s’était alarmée de l’appauvrissement de la couche d’ozone, une réaction rapide avait été prise, avec la signature, en 1987, du protocole de Montréal, amendé à de multiples reprises depuis. Il est vrai que si l’on excepte la menace pesant sur l’Antarctique, les pays de l’hémisphère Nord étaient les principaux concernés par ce problème...
Julien Haution

" 25 % à 30 % des espèces animales et végétales menacées d’ici 2050 "

Le climatologue Jean Jouzel décrypte les enjeux du réchauffement.
Jean Jouzel dirige l’Institut Pierre-Simon-Laplace des sciences de l’environnement global. Depuis une dizaine d’années, il participe aux travaux du groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat.

De nombreuses études, dont les vôtres, concluent à un réchauffement climatique. À quoi celui-ci est-il dû ?
Jean Jouzel. À l’augmentation de l’effet de serre, elle-même liée à l’action de l’homme. Depuis 200 ans, le gaz carbonique a augmenté de 30 %, le méthane a plus que doublé, l’oxyde d’azote a également augmenté, tout comme l’ozone. Tous ces gaz sont des gaz à effet de serre.
Le problème du XXIe siècle, c’est qu’ils vont continuer à augmenter. Quelle que soit la façon dont on se comporte, cette augmentation est irrémédiable, tout simplement parce que le gaz carbonique, qui résulte de notre utilisation du pétrole, du gaz naturel, du charbon et qui correspond à 60 % de l’augmentation de l’effet de serre, reste très longtemps dans l’atmosphère... Notre action ne pourra donc pas stopper le réchauffement climatique, mais seulement le modérer.
La fourchette prévue est comprise entre 1,4 et 5,8 degrés. Dans cette fourchette, la moitié est liée à notre comportement et l’autre moitié vient de l’incertitude de nos modèles. Mais, même si on prend un réchauffement de trois degrés en moyenne, il ne faut pas oublier que le réchauffement est plus important sur le continent qu’au-dessus des océans. Donc, il faut plutôt tabler sur une augmentation de 4 à 5 degrés sur l’Europe de l’ouest par exemple. Cette caractéristique régionale est importante : le réchauffement ne sera pas réparti de façon équitable.

Quels sont les secteurs d’activités qui participent le plus à l’augmentation de l’effet de serre ?
Jean Jouzel. En France, pour le gaz carbonique, un tiers des émissions est dû à la sphère domestique, un autre émane du transport et un dernier de l’industrie. L’agriculture n’est responsable que d’une faible proportion.
Pour l’ensemble des gaz à effet de serre en revanche, l’agriculture devient un secteur important car le méthane et l’oxyde d’azote peuvent se retrouver dans des engrais. Finalement, on se rend compte qu’à peu près 60 % des émissions sont liés à notre comportement individuel, la façon dont on vit, dont on se déplace...

Le réchauffement climatique a-t-il aussi des conséquences positives ?
Jean Jouzel. Le président russe, Vladimir Poutine, n’a pas encore signé le protocole de Kyoto parce qu’il pense, à raison, qu’une partie de la Sibérie pourrait, grâce à ce réchauffement, être plus vivable. C’est un peu égoïste...
Sur l’agriculture, si la température augmente peu (moins de deux degrés), cela n’aura pas d’effet négatif. Mais il n’y a quand même pas beaucoup d’effets positifs. En tout cas, face aux effets négatifs, ils ne font assurément pas le poids. Personnellement, une des choses qui m’a beaucoup marqué, c’est qu’en 2050, il y aura 25 ou 30 % des espèces animales et végétales qui pourraient avoir disparu à cause du réchauffement climatique.

Les pouvoirs politiques luttent-ils efficacement contre l’augmentation de l’effet de serre ?
Jean Jouzel. Il y a une vraie prise de conscience au niveau des politiques. Ils ont, par exemple, ratifié la convention " climat ", qui stipule de façon très claire que tout doit être fait pour arrêter l’effet de serre. Reste que le protocole de Kyoto, lui, n’est pas encore ratifié parce que les mesures à prendre constituent un changement de société radical.
Il faut désormais que notre développement tienne compte de ces données écologiques et non plus seulement de l’aspect économique. Le protocole de Kyoto n’est qu’une étape qui ne concerne que les pays développés (PD). Il faut prendre des mesures qui prennent en compte les pays en développement (PED).

Bien sûr, si l’on regarde ces deux cents dernières années, ce sont bien les pays occidentaux qui sont responsables de l’effet de serre. Il était donc logique qu’ils fassent le premier pas. La seule façon d’entraîner les PED dans un cercle vertueux, c’est que les PD montrent la voie. C’etait un peu le message du protocole de Kyoto.
La solution pour les PED, c’est de sauter les étapes, en particulier celles qui sont très consommatrice d’énergie. Mais pour cela, il faut des mécanismes d’aides au PED pour leur amener rapidement des technologies. Et dans un monde idéal, ce sont les PD qui devraient les leur apporter.
Entretien réalisé par J. H.


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