cinéma passion, Les Protocoles de la rumeur
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Les Protocoles de la rumeur,
de Marc Levin, États-Unis, 1 h 28.
LE SUJET
Au lendemain du 11 septembre 2001, des voix se sont fait entendre, partout dans le monde, pour accuser les Juifs d'avoir commandité les attentats de New York et Washington...

Une telle mystification n'est pas sans rappeler celle des tristements célèbres Protocoles des Sages de Sion , prêtant aux Juifs depuis plus d'un siècle l'intention de prendre le contrôle de la planète.

Frappé par le regain d'antisémitisme qui sévit dans son pays, Marc Levin part à la rencontre de tous ceux qui persistent à croire que les Juifs ont orchestré le 11 Septembre - et qui contribuent à faire des Protocoles des Sages de Sion un best-seller.

Son périple au cœur de la haine et de l'intolérance commence...



Effrayante plongée dans l'antisémitisme aux États-Unis

Entretien avec Marc Levin, qui signe un documentaire sans concession sur le regain de racisme visant les juifs aujourd'hui dans l'Amérique des communautarismes.


Le 11 septembre a généré des rumeurs démentes. Quand les cendres des tours jumelles fumaient encore, certaines évoquaient l'implication des juifs dans les attentats. Pour les étayer, les Protocoles des sages de Sion, prétendant dévoiler le projet juif pour conquérir le monde, ont refait surface. Marc Levin, cinéaste américain, récompensé par une caméra d'or pour Slam, a enquêté dans les différentes communautés de New York afin de comprendre la raison de ce regain d'antisémitisme.

Qu'est-ce qui vous a poussé à réaliser ce film ?
Marc Levin. À New York, les cafés et les journaux se faisaient l'écho des rumeurs les plus folles : " Dans une synagogue de Brooklyn, un rabbin a dit aux juifs de ne pas aller travailler. Grâce à cela, aucun juif n'est mort le 11 septembre... " Je ne pouvais pas le croire ! Et, comme je l'évoque dans le film, je l'ai entendu reprendre par un jeune chauffeur de taxi égyptien.
Quand je suis monté dans sa voiture, il écoutait les Roots [groupe de hip-hop américain - NDLR] qui ont participé à mon film précédent, Brooklyn Babylon. Dans mon esprit, ce mec ne pouvait être que cool. Et c'est lui qui m'a balancé ça... Je lui ai dit qu'il ne pouvait pas croire à ces conneries, je lui ai montré le New York Times avec les noms des victimes.
Il m'a rétorqué que c'était écrit depuis cent ans dans les Protocoles des sages de Sion ! Après cela, j'ai perdu mon calme. Je lui ai raconté que mon arrière-grand-père était à ce rassemblement, que je connaissais ces Protocoles et qu'il avait intérêt à la fermer et à faire ce que nous voulions ! Il a failli avoir un accident et m'a ordonné de descendre. Il s'est ensuite réfugié dans un café où je l'ai rejoint.

Nous avons recommencé à discuter et il m'a raconté sa vie. Il était originaire d'Alexandrie.
Il adorait le rap. Et lorsqu'il achetait un CD, les fondamentalistes le menaçaient physiquement parce qu'il écoutait du rap ! C'était la même chose avec les DVD de films européens ou américains. Il a quitté son pays pour travailler avec des musiciens noirs. Il voulait avoir une petite amie américaine. C'était fou : vingt minutes plus tôt, il me servait le plus vieux mensonge sur les juifs, et je me rendais compte que lui aussi était une victime des fondamentalistes et du fanatisme. C'était à la fois très dérangeant et passionnant.
J'ai voulu savoir ce qui se cachait derrière les mots. - Ensuite, j'ai appris qu'à dix minutes du quartier de mon enfance, un journal arabo-américain publiait les Protocoles en feuilleton, comme Henry Ford l'avait fait dans les années vingt. Et puis j'ai découvert une série diffusée par la chaîne arabe Al-Mannar reprenant les Protocoles. Si je l'avais vu dans un night-club, j'aurais cru à une parodie dans le genre de la Vie de Brian, des Monty Python. Mais c'était sérieux et des millions de personnes la regardaient.
Je me suis demandé pourquoi refaisait surface ce pamphlet dont on sait qu'il est faux et qui a été jeté dans les poubelles de l'histoire après son utilisation par les nazis.

En France, on parie avec plus ou moins de bonheur sur l'intégration, et nous considérons les États-Unis comme le pays du communautarisme. Ce phénomène joue-t-il un rôle dans l'antisémitisme ?
Marc Levin. L'histoire des Protocoles a probablement été écrite à Paris par un Russe qui vivait ici dans les années 1890. Il s'est inspiré d'un pamphlet politique écrit par Joly, Dialogues en enfer.
D'une manière ou d'une autre, il y a donc des liens. Mais je respecte le fait qu'en France vous cherchez à protéger la laïcité. Hélas ! nous allons dans la direction opposée aux États-Unis, et à l'école nous accordons une place croissante à la religion.
Ça m'effraie, et ce n'est pas de l'antisémitisme... Dans toutes les religions, y compris la religion juive, il y a des fanatiques. Nous l'avons vu avec les zélotes à Gaza. Dans mon pays, les fanatiques chrétiens font exploser les cliniques qui pratiquent l'avortement et ils tentent d'assassiner des médecins. Nous connaissons les fanatiques musulmans ou hindous. La question cruciale est de lutter contre ces fanatiques qui se croient sanctifiés par Dieu et utilisent la violence contre tous ceux ne partageant pas leur foi.
On sait qu'on ne règle pas le problème en envoyant des troupes en Afghanistan ou à Bagdad, mais la question est : comment faire ?
Entretien réalisé par Michaël Melinard




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