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CINQ MANIFESTANTS et huit policiers blessés, six intermittents placés en garde à vue : le mouvement de contestation des professionnels du spectacle a franchi un nouveau cap hier dans la soirée à Cannes. Il est à peine 18 heures. Après la manifestation de l'après-midi - 1 500 personnes soutenues par Michael Moore et José Bové -, seuls une cinquantaine d'intermittents occupent encore le Star, un cinéma d'une rue très commerçante qui accueille les projections du marché du film réservées aux professionnels.

De nombreux coups de matraques
Des policiers en civil, sans brassard ni aucun autre signe distinctif, font alors leur apparition devant l'établissement. Ils tentent de passer en force.
Insultes, coups : les policiers provoquent ouvertement les contestataires, qui ne bronchent pas. Trois d'entre eux pénètrent dans les lieux pour compter les intermittents. Quelques minutes plus tard, un autre policier arrive à son tour, talkie-walkie en main. Il appelle les CRS. Une compagnie d'une trentaine d'hommes casqués s'engouffre dans la rue sous les yeux des passants médusés. Sans aucune sommation, les CRS chargent. Très violemment. A l'intérieur du cinéma, les vitres volent en éclats à leur passage.
Ils sortent les intermittents un à un, assénant de nombreux coups de matraque. Pourtant, aucun d'entre eux ne tente de riposter à l'assaut. Ils lèvent même les bras. L'un d'eux tombe à terre, il est frappé par deux CRS. Une jeune femme a le bras en sang, manifestement coupé par les éclats de verre. Un autre homme est escorté par les pompiers et les CRS, le nez visiblement fracturé. Bilan : cinq blessés (deux selon la police) chez les manifestants, huit parmi les forces de l'ordre et six personnes placées en garde à vue, dont une seule serait un intermittent selon les autorités. « En onze mois de lutte, je n'ai jamais vu cela. S'ils nous avaient demandé de sortir, nous l'aurions fait », s'indigne une manifestante. « Ils voulaient se battre. Ils nous ont provoqués. Il y a dû y avoir des instructions », renchérit à quelques mètres de là Matthieu.

Le sous-préfet de Grasse, Claude Serra, affirme pour sa part que l'évacuation a été décidée après des « heurts » entre les manifestants et des réalisateurs britanniques venus présenter leurs films. Deux heures plus tard, les intermittents décident d'aller manifester aux abords du commissariat pour réclamer la libération de leurs camarades interpellés. Un impressionnant service d'ordre les y attend.

Les CRS chargent à nouveau, mais cette fois ce sont les journalistes qui sont en première ligne. Le cameraman de France 3 est frappé, puis jeté à terre par un policier en civil. Menotté, il est emmené sans ménagement au commissariat. Une journaliste de l'AFP ainsi qu'un reporter norvégien sont brutalement repoussés par les forces de l'ordre. Vers 23 heures, tout le monde a finalement été libéré. Le commissaire s'est même rendu au Théâtre des Mutilés, QG des intermittents, pour une tentative d'explication. « Une enquête la plus transparente possible sera diligentée », a affirmé Claude Serra aux journalistes qui s'inquiétaient du sort de leur confrère. Pendant ce temps, les blessés allaient faire panser leurs plaies...
Valérie Hacot
Le Parisien , dimanche 16 mai 2004

Quelque 500 intermittents, selon la police, "un bon millier", selon les organisateurs, ont manifesté samedi après-midi à Cannes, près du "bunker" où se déroule le festival de cinéma, contre la réforme de leur régime d'indemnisation-chômage. Parmi les participants -CGT, AC!, LCR, CNT-, on notait notamment la présence de José Bové et de Michael Moore. Ce dernier présentera lundi en sélection officielle son film "Farenheit 911", annoncé comme une violente charge contre George W. Bush

En marge du défilé, environ 100 manifestants sont entrés sans violence, vers 16h00, dans les quatre salles du cinéma Star, situé rue d'Antibes, qui accueille une partie des projections du Marché du Film. Ils se sont postés devant les écrans, obligeant les projectionnistes à cesser les diffusions. Ils ont ensuite tenté d'entamer le dialogue avec le public. Quelques personnes sont restées, mais la majorité des spectateurs ont quitté les lieux. Les CRS sont ensuite intervenus violemment pour faire évacuer les lieux.
Le sous-préfet a démenti que l'opération eût été violente, comme l'ont affirmé des journalistes présents. "Il y a eu quelques échauffourées. Mais il n'y a eu que deux ou trois blessés légers", a-t-il souligné.
Selon les intermittents, au moins cinq personnes ont été blessées lors de cette intervention policière, effectuée "sans sommation et extrêmement brutalement". Selon le préfet, cette dernière a été décidée après des "heurts" entre les manifestants et des spectateurs britanniques présents dans le cinéma. Six personnes ont été interpellées, parmi elles ne figuraient "qu'un seul intermittent" a assuré le sous-préfet de Grasse, Claude Serra.

Des journalistes molestés
Un rassemblement de quelques dizaines de personnes, debout ou assises, s'est immédiatement formé devant le commissariat de Cannes. Tous scandaient "libérez nos camarades". Des journalistes, qui couvraient cet événément, ont été molestés par des CRS.
Un cameraman de France 3, Gwenaël Rihet, qui portait sa caméra à l'épaule, a été jeté à terre et menotté par des policiers en civil avant d'être conduit au commissariat tandis que sa caméra était jetée à terre. Il a été libéré plus tard dans la soirée. Son équipière a fait savoir dimanche, qu'il a eu "six points de suture pour des blessures à la tête et quatre jours d'interruption temporaire de travail".

Une journaliste de l'AFP a été brutalement repoussée par des CRS alors qu'elle tentait d'intervenir, selon son témoignage. Un journaliste norvégien a rapporté avoir également été brutalisé.

Revendications
Le Comité de suivi de l'intermittence, la CGT spectacle et la Société des réalisateurs de films (SRF) réclament "un calendrier clair" au gouvernement, menant à nouvelle négociation sur l'assurance-chômage des intermittents.
Les intermittents demandent que le nombre d'heures travaillées ouvrant leurs droits à l'indemnisation du chômage soit de 507 heures en 12 mois, que les congés maternité, maladie, accidents de travail, que les formations soient pris en compte et enfin qu'une expertise indépendante de l'Unedic soit menée. Le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres a annoncé vendredi que les intermittentes enceintes seraient réintégrées dès lundi dans le système d'indemnisation des Assedic.

Les intermittents demandent aussi "l'ouverture de véritables négociations pour une refonte du régime d'assurance chômage et une véritable politique pour l'emploi dans la création artistique, vivante et enregistrée, sa production et sa diffusion".
TF1 du 16/05/2004

Un cameraman de France 3, Gwenaël Rihet, qui portait sa caméra à l'épaule, a été jeté à terre et menotté par des policiers en civil avant d'être conduit au commissariat tandis que sa caméra était jetée à terre. Il a été libéré plus tard dans la soirée.
La journaliste de l'AFP a été brutalement repoussée par des CRS alors qu'elle tentait d'intervenir, selon son témoignage. Un journaliste norvégien a rapporté avoir également été brutalisé. Ces journalistes «couvraient» un rassemblement de quelques dizaines de personnes, debout ou assises, devant le commissariat et qui scandaient «libérez nos camarades».
Six personnes ont été interpellées en fin d'après-midi lors de l'intervention des forces de l'ordre dans un cinéma du centre de Cannes occupé par des intermittents et des sympathisants, qui a fait deux blessés chez les intermittents (cinq, selon ces derniers), huit chez les forces de l'ordre, selon le sous-préfet de Grasse, Claude Serra.
«Un seul des interpellés est un intermittent», a assuré M. Serra.

Un des intermittents blessés «a eu le nez cassé, vraisemblablement en glissant», l'autre n'a été que «légèrement» atteint. Il n'y «pas d'interruption temporaire de travail», a indiqué le sous-préfet de Grasse.


Aux journalistes qui s'étaient rendus au commissariat pour s'inquiéter du sort de leur confrère de France 3, M. Serra a affirmé qu'«une enquête la plus transparente possible serait diligentée» sur les événements.

«Cela fera l'objet d'une étude du parquet et de l'IGS», l'inspection générale des services, a-t-il dit.
Gwenaël Rihet a été relâché dans la soirée, les intermittents interpellés également, selon le témoignage de plusieurs d'entre eux encore devant le commissariat à la sortie des journalistes. «On pourrait être poursuivis pour outrage, rébellion et dégradation volontaire», a indiqué Daniel Nadal, «pas intermittent mais précaire».
Le sous-préfet a indiqué que les forces de l'ordre étaient intervenues devant le commissariat pour débloquer «un carrefour vital de circulation à une heure déterminante». Selon lui le rassemblement a notamment provoqué le blocage d'automobilistes dans un tunnel proche.

Le Figaro du 16/05/2004

Intermittents
Violences policières en marge de la manifestation cannoise
Samedi, plusieurs manifestants ont été blessés,
d’autres interpellés, des journalistes ont été molestés, et des passants terrifiés.


Envoyée spéciale
En marge de la Croisette où défilait un cortège qui ne rythmait ses revendications que de coups de tambour, les forces de police se sont livrées à des éclats de violence qui laissent du monde sur le carreau. À commencer par les victimes à qui le directeur du festival, Gilles Jacob, faisant part de son émotion, adressait dimanche ses voeux de prompt rétablissement.
À leur nombre, le journaliste reporter d’images de France 3, Gwenael Rihet, blessé à la tête. Outre l’indignation de la chaîne télévisée qui porte plainte dès aujourd’hui, l’émoi est largement partagé. Les interrogations aussi.

Lorsqu’une petite trentaine de manifestants quitte d’un seul mouvement le cortège et emprunte en courant une rue transversale, il semble que les réactions d’étonnement de tous ceux qui assistent à cette échappée soient plus vives que celles de la police, pourtant disposée en lignes infranchissables et quasi continues de CRS.
Le commandement, pléthorique et gradé, échange consignes et informations à chaque minute, toujours à moins de vingt pas de la manifestation. La petite troupe parvient pourtant au Star Cinéma utilisé par le Marché du film. D’après une journaliste présente dans la salle, c’est là que s’amorce une échauffourée, à l’instigation de policiers en civil qui lâchent leurs pancartes " d’intermittents " pour faire le coup de poing. Des scènes semblables se poursuivent dans la rue d’Antibes en même temps qu’une charge de CRS d’une grande brutalité, au milieu des badauds, vide la salle.
Les interpellations se font dans un chaos qui mêle levées de matraques et de cartes de police brandies au dernier moment pour éviter de se faire cogner par un collègue qui n’a pas le temps de faire le tri.
À peine deux heures plus tard, une cinquantaine d’intermittents se rassemblent devant le commissariat de Cannes pour exiger la libération de leurs camarades. La police ne bouge qu’après un long délai sans affrontements. Mais soudain, c’est à nouveau la charge. Les journalistes présents y passent aussi avec un " aveuglement " de circonstance qui obligeait hier le préfet des Alpes-Maritimes à annoncer que deux policiers subiraient pour cela des mesures disciplinaires. Le préfet ajoutait : " Hier nous avons perdu des points. Il me semble que l’on était en train de gagner un challenge extraordinaire (.). Permettre une grande manifestation internationale de se tenir et à un mouvement national de s’exprimer. " Il présente ses excuses aux spectateurs du Star dont la séance a été perturbée. Une enquête administrative est en cours qui devrait selon lui " faire toute la lumière ".

Extraordinaire aussi, de notre point de vue, que la présence policière qui donne parfois le sentiment d’une ville en état de siège avec ses tireurs d’élite sur les toits, n’ait pu répondre à un simple incident. " Incident ", c’est le terme qu’a choisi le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabre, pour qualifier les événements.
Il les qualifie de " regrettables et choquants " tout en précisant que " les salles de cinéma doivent rester des lieux protégés " et qu’il regrette " l’irruption des intermittents ". Pas un mot, à l’instant où nous sommes, face à l’urgence des revendications qu’expriment depuis onze longs mois les salariés intermittents du spectacle. Marie-George Buffet, secrétaire nationale du Parti communiste, condamnant les violences policières, a fait part de sa solidarité aux intermittents blessés et aux journalistes molestés.
Elle déclarait hier : " Le gouvernement doit cesser de tergiverser et de jouer la montre. " Il faut, précise la responsable politique, " rétablir dans leurs droits tous les intermittents et négocier un nouvel accord pour l’avenir. " Quoi qu’il advienne dans les prochaines heures et les prochains jours, Cannes restera tachée des premiers blessés d’un conflit dont les acteurs ont, sans concessions, préservé la dignité.

Dominique Widemann
L’Humanité du 17/05/2004


(photo d'ouverture: le cameraman de France 3 plaqué au sol)



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