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Par Pierre Musso, professeur de sciences de la communication à Rennes-II.


La censure persiste dans les médias sous deux formes. La plus traditionnelle est une censure par la rareté d’informations qui résulte de l’autocensure, de la fabrication de mises en scène télévisuelles standardisées ou de la difficulté d’accès des médias aux lieux de travail. Un deuxième type de censure se développe par l’abondance d’informations.
Trop d’information tue l’information. L’information n’étant pas la connaissance, son inflation aboutit à la privation du sens. Tout se vaut et s’équivaut. Bernard Noël a parlé de " castration mentale " pour définir cette nouvelle forme de la " sensure ". Elle est le mode ordinaire de fonctionnement en boucle des médias, favorisant la dramatisation ou le sensationnel. La surinformation alimente un contrôle continu du social.

S’agissant du pluralisme, de nombreux pays européens, dont la France, ont distingué, après-guerre, deux modes de régulation de leurs médias : d’un côté, la concurrence pour la presse écrite, de l’autre le monopole public pour la radiotélévision. Ces deux systèmes ont éclaté durant les années 1970-1980.
Le nouveau dogme de la régulation en Europe consiste à identifier le pluralisme à la pluralité et à la concurrence des médias. Cela conduit à une régulation par le marché et à la concentration des entreprises. Ainsi, en France, trois groupes dominent les médias : Hachette-Lagardère, la Socpresse et le groupe Bouygues, propriétaire de TF1.

Comme vient de le dénoncer le Parlement européen, le pluralisme se trouve menacé par cette concentration des médias, souvent propriétés de familles en " relation de connivence " avec les pouvoirs politiques. Cela peut aller jusqu’à la confusion entre propriété des médias et exercice du pouvoir politique, comme dans l’Italie de Berlusconi.
La déréglementation favorise même la formation d’un oligopole qui prétend dominer les industries de l’imaginaire et de l’information. Dans l’audiovisuel, 15 groupes représentent déjà 60 % du marché mondial des programmes et, dans la presse et l’édition, trois groupes dominent le marché.

À travers ces concentrations se développent la mercantilisation et la financiarisation des représentations et de l’information. La sphère marchande s’étend aux choses de l’esprit. Par un mouvement de " holisme financier ", l’esprit des affaires prétend s’imposer aux affaires de l’esprit. Or la connaissance et l’information deviennent les moteurs de " l’économie de la connaissance ". Les médias, notamment les télévisions généralistes, tendent à reconfigurer les désirs et les rêves populaires.
À " l’américanisation " des images s’ajoute " l’américanisme " des modes de fabrication de l’imaginaire d’une société. À l’opposé reste à construire un espace public de critique, à commencer par l’éducation populaire aux médias, et à conquérir " un droit de l’homme à la communication ", contre son insensée mercantilisation.


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