revue de presse : Libération
Ixchel Delaporte, l'Humanité du 17/01/2006


Un discours du président a été tronqué par un journaliste de Libération afin de le présenter comme un antisémite. Accusation démentie par plusieurs associations de juifs.

Le 24 décembre 2005, le président du Venezuela, Hugo Chávez, prononce un discours lors de sa visite dans un noyau de développement endogène, modèle bolivarien d’une économie alternative, dans l’État de Miranda.
Le lundi 9 janvier, le journaliste de Libération Jean-Hébert Armengaud titrait son article « Le credo antisémite de Hugo Chávez », citant quelques passages de son discours : « Hugo Chávez, héros de la gauche radicale latino-américaine a identifié les "maîtres du monde" : "Les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ." Cette "minorité s’est emparée des richesses du monde". »
Pour étayer son propos, il s’appuie également sur le communiqué du centre argentin Simon-Wiesenthal, paru le 4 janvier, qui « condamne les déclarations antisémites de Hugo Chávez et réclame des excuses publiques ».

Il convient, face à une telle accusation, de revenir aux propos incriminés. Car si l’on examine de près les citations, elles ont été reprises hors de leur contexte. Les propos de Hugo Chávez ont été déformés.
Dans sa phrase traduite intégralement, Chávez dit : « Le monde dispose d’assez de richesse pour tous, donc, mais, dans les faits, des minorités, les descendants de ceux qui crucifièrent le Christ, les descendants de ceux qui jetèrent Bolivar hors d’ici et aussi le crucifière à leur manière, à Santa Marta, en Colombie.
Une minorité s’est approprié les richesses du monde, une minorité s’est approprié l’or de la planète, de l’argent des minerais, etc. »

Pour l’ambassadeur de la République bolivarienne du Venezuela, Roy Chaderton-Matos, le quotidien Libération « fait acte de diffamation en présentant comme antisémite un discours » où le président Chávez « évoque la responsabilité dans la mort de Jésus des puissances impériales de ce temps-là, dans une réflexion sur les empires d’aujourd’hui qui tentent de crucifier des processus démocratiques de libération et de justice sociale ».
L’interprétation fallacieuse des propos de Chávez a donc été relayée sans aucune vérification. Hugo Chávez lui-même a levé définitivement toute ambiguïté en déclarant : « Antilibéral, je suis, anti-impérialiste, je suis encore plus, mais antisémite jamais. »

De plus, l’Association des juifs vénézuéliens et le Comité des juifs américains se sont insurgés contre la position adoptée par le centre Simon-Wiesenthal de Caracas, dénonçant cette opération diffamatoire, affirmant que les propos de Chávez « ne s’adressaient pas à la communauté juive », et faisant remarquer que le centre Wiesenthal de Buenos Aires n’en était pas à sa première attaque anticháviste primaire.

Chávez affronte une nouvelle fois une opération diffamatoire. Pour Roy Chaderton-Matos, « les antichávistes vénézuéliens et internationaux ont constitué un curieux et rococo pot-pourri de personnes et d’institutions unies par la volonté de délégitimer la démocratie vénézuélienne (...).
Aujourd’hui, ils tentent infructueusement de se servir du chantage de l’antisémitisme pour éloigner du président Chávez les nombreux juifs progressistes qui soutiennent le processus bolivarien ».


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