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Par Marc Crapez, chercheur en science politique(14/10/2005)

Aujourd'hui 14 octobre, la TNT accueillera i-télé, la chaîne d'informations de Canal+. Du coup, i-télé se défend d'être trop ouvertement de gauche : " C'est l'impression que nous donnons, pourtant nous sommes étroitement surveillés par le CSA, qui nous demande de respecter le pluralisme et les temps de parole, ce que nous faisons ".
Peut-on prendre cet argument pour argent comptant ? Au lendemain du référendum sur la Constitution européenne, un reportage de Metro révélait que " la majorité des trentenaires rencontrés se disent abasourdis par le matraquage médiatique en faveur du oui ".

Ainsi le camp du non s'est senti floué par les moyens de persuasion considérables du oui. A juste titre, dans la mesure où les recommandations du CSA ne sont qu'incitatives, visent à l'équité non à l'égalité, et surtout ne concernent pas le manque de neutralité de certains journalistes ou experts.
Or c'est ce critère qui compte : la manière de présider les débats, de choisir les invités, de formuler les enjeux, de présenter les questions, de sélectionner les réponses. Les médias veulent bien tout critiquer… excepté eux-mêmes quand surgit le problème de leur représentativité.

Concernant ce sujet tabou, des enquêtes démontrent un décalage entre la population et les médias (voir Marianne du 23/04/01). Les journalistes seraient plus à gauche, et de plus d'une gauche particulière : assez proche de la droite sur les questions économiques et plutôt proche de l'extrême-gauche sur le reste (la culture, la religion, les mœurs).
Il n'est donc pas contradictoire qu'une partie de la gauche ressente ce qu'elle appelle un matraquage médiatique de la pensée unique, tandis qu'une partie de la droite parle de terrorisme intellectuel du politiquement correct. Lorsque les journaux déclenchent une campagne d'opinion, notait Tocqueville, " leur influence à la longue devient presque irrésistible, et l'opinion publique, frappée toujours du même côté, finit par céder sous leurs coups ".

A l'heure d'Internet, des forums de discussion ou des courriers de lecteurs pluralistes, il est pourtant possible aux esprits indépendants de dénicher des informations contradictoires.
Donc de douter de l'impartialité des médias qui, de façon univoque voire autoritaire, leur disent ce qu'il faut penser de telle ou telle question controversée.
Les journaux ne seraient pas soupçonnés de fabriquer du conformisme s'ils laissaient les arguments s'échanger plus librement. Ils joueraient le rôle de modernes agora offrant aux citoyens plusieurs sons de cloche et la possibilité de se forger une opinion par eux-mêmes.



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