matraquage médiatique après le référendum sur l'europe


Henri Maler , Philippe Monti
Publié le vendredi 10 juin 2005
« La langue automatique du journalisme officiel est une langue de bois officielle », disions-nous dans notre « Lexique pour temps de grève et de manifestation », publié en 2003.
La campagne qui a précédé le Référendum sur la ratification du Traité constitutionnel européen et les suites du vote intervenu le 29 mai permettent d’enrichir notre dictionnaire.
Encore ne s’agit-il ici que d’un échantillon provisoire [1] constitué prioritairement à partir de la discrète production de la quasi-totalité des éditorialistes et chroniqueurs.


I. RÉFÉRENDUM
« Oui »/« Non » : Le « Oui » est positif, le « Non » est négatif. Surtout ne pas demander au peuple (voir ce mot) : « Voulez-vous refuser le Traité constitutionnel européen ? ». Il pourrait répondre « oui » et ce serait, la langue étant ce qu’elle est, positif. C’est pourquoi nombre de journalistes de l’élite (voir ce mot) hésitent encore : faut-il changer la langue ou faut-il changer de peuple ?

Europe : Déesse périmée, territoire indéterminé, entité sacrée. Peut être économique, sociale et/ou politique, réelle ou rêvée. On est prié de ne pas préciser. L’Europe est le Beau, le Bien, le Bon.
En deux mots : le Souverain Bien. Le Traité constitutionnel européen en est l’incarnation. La mission des « élites » (voir ce mot) est de préserver ce Souverain Bien contre les basses passions du peuple (nationalisme, xénophobie, égoïsme social, médiocrité intellectuelle, culturelle et morale).

Social : Adjectif chargé d’atténuer, la connotation désagréable de « libéral » quand il est question de l’Europe telle qu’elle est.

Libéral : Adjectif controversé. Trop ouvertement brutal pour quelques uns (voir : « social »), est strictement synonyme de social pour les meilleurs. C’est pourquoi BHL trouve « fétide » la critique de l’ultralibéralisme par le peuple égoïste et envieux.

Economie sociale de marché : Synonyme de Chimère. Très difficile à représenter. Etre reconnaissant au photographe qui a réussi à la saisir sur la pellicule : quand Sarkozy et Hollande se sont dit « oui » sur la couverture de Paris-Match.

Économie : Savoir ésotérique (réservé à l’élite des élites) que des journalistes spécialisés prétendent vulgariser dans des chroniques matinales ou des journaux chics remplis de publicité. Cette Economie-là ayant découvert la loi naturelle de la « concurrence libre et non faussée » entend, à juste titre, soustraire ce savoir absolu au droit de suffrage et démocratiquement retirer les choix économiques du champ électoral.

Public : Adjectif élogieux quand il est associé à la concurrence libre et non faussée. Dans tous les autres cas, qualifie des « Services » coûteux, bureaucratiques, inefficaces et archaïques, une « opinion » versatile et réfractaire à la « pédagogie », un « Argent » mal dépensé puisqu’il est synonyme de gaspillages.

Référendum : Survivance du suffrage universel que les élites envisagent de ranger au musée des horreurs populistes.

Élections : Simulacres de sondages d’intention de vote. Pourraient être avantageusement remplacées par ceux-ci. Mais pas de sondages sans scrutins. Le dilemme semble sans solution.

Syndicat : Se mentionne en deux circonstances opposées. Le sens du mot varie donc en fonction du contexte.
Dans les circonstances médiatiques ordinaires, « syndicat » doit être associé à « corporatisme ». Dans les circonstances médiatiques extraordinaires, « syndicat » est exclusivement associé à l’approbation du Traité constitutionnel européen.

Démocratie : Anciennement, pouvoir du peuple. Aujourd’hui modernisée : pouvoir des élites d’éclairer le peuple pour qu’il laisse librement la Bourse voter chaque jour à la corbeille. Le référendum du 29 mai marque donc une alarmante régression démocratique.

Citoyen : Terme dont l’usage doit être réservé, de préférence, aux rappels à l’ordre des sauvageons qui ravagent les banlieues et les établissements scolaires. Pourrait être avantageusement remplacé par « consommateur », puisque celui-ci vote chaque jour en fonction des achats qu’il effectue (ou non), alors que le citoyen ne se rend paresseusement aux urnes qu’une fois tous les deux ou trois ans.

II. DÉBATS ET DÉBATTEURS
Pédagogie : Art d’enseigner aux ignorants non ce qu’ils ne savent pas, mais ce qu’ils doivent savoir : toute la vérité sur les bienfaits du Traité constitutionnel européen.
Sous sa forme la plus parfaite, la pédagogie est l’art d’enseigner aux mécréants ce qu’ils doivent croire : la pédagogie est alors une technique du Salut.
Sous sa forme profane, elle apprend comment atteindre le Paradis par la vertu d’un seul Traité. Ne pas confondre, même s’ils sont identiques, avec la publicité et la propagande.
La première, compagne du commerce libre et non faussé, relève du travail des marchands. La seconde, compagne du pluralisme politique entre partis de gouvernement, relève de leurs chargés de communication.
La pédagogie est l’affaire exclusive du chœur des éditorialistes monocolores et multimédias.
La mise en œuvre convergente et simultanée de la publicité, de la propagande et de la pédagogie est la meilleure garantie du pluralisme.

Démagogie : Vocable réservé aux tentatives de flatter les passions (forcément basses) et les opinions (forcément fausses) désavouées par les « élites » (voir ce mot). Celles-ci ne flattent pas, mais enseignent. Elles ne s’adressent qu’à des passions nobles et ne délivrent que des opinions droites. Alexandre Adler n’est pas un démagogue.

Raison (au singulier) : Voix de l’Europe. Attribut réservé à ceux qui se l’attribuent et prétendent en détenir le monopole. Le peuple n’entend pas la Raison. Mais, avec persévérance, la Raison s’efforce d’éclairer le peuple. A cette fin, la Raison épouse docilement les exigences de la main invisible du marché et soumet les contraintes de la logique à celles de la libre concurrence.

Raisons (au pluriel) : Ressorts des foules. Mobiles inavoués et souvent inavouables de ceux qui prétendent lire et discuter le texte du Traité constitutionnel que la Raison leur commande de ratifier sans barguigner.

Élite : Nom commun réservé à des personnages au-dessus du commun ; quelques journalistes prétendent faire partie de la confrérie.
L’élite, comme il arrive que le fassent les boy-scouts, se rassemble au sein d’un cercle : le cercle de la Raison.
Préférer le terme d’élite à tous ceux qui pourraient suggérer une forme quelconque de domination ou, plus simplement, de privilèges.
L’élite vit en état d’apesanteur sociale ou, ce qui revient au même, en état de grâce permanente.
Excepté lorsque le peuple (voir ce mot) la prend à partie, faute d’avoir compris tous les bienfaits qu’il doit à ceux qui ont en charge de le guider. Dans ces moments douloureux, l’élite ne peut, pour parler d’elle-même, que se désigner par le titre qu’elle s’attribue. Spécialiste du sujet : Jacques Julliard.

Marchés : Entités évaluées en Bourse. Souvent imprévisibles, ils « réagissent », notamment aux sondages et aux scrutins (ainsi qu’à d’autres incidents météorologiques). Il arrive fréquemment qu’ils « pensent ». En tout cas, à peine moins bien que les « élites ».

Peuple : Nom commun qui peut avoir deux usages exclusifs. Le peuple qui s’oppose à l’élite est un vrai peuple mais qui souvent s’égare. Le peuple qui s’oppose aux dominants est un faux peuple. On pourrait alors parler plus justement de « populace », comme il arrive qu’on le fasse, mais ce serait avouer le mépris qu’on lui voue. Le vrai peuple confond ses aspirations et ses intérêts avec ceux de ses guides éclairés (voir : « Elite »).

Ouvriers : Entre deux élections, leur disparition confirme celle de la lutte des classes et la chute du mur de Berlin.
Pendant les campagnes électorales, doivent rendre leurs cerveaux disponibles aux sondeurs d’opinion. Après les scrutins ces mal-votants, réapparaissent fugitivement à l’occasion d’ « enquêtes » et de micro-trottoir de circonstance.
Employés, chômeurs, précaires bénéficient de ces mêmes modalités d’existence à éclipse. Ne jamais dire « prolétariat », sauf pour rire de l’usage de ce vocable obsolète.

Intellectuel : Nom commun réservé, dans les médias dominants, à des personnages hors du commun qui ont en commun de penser dans le même sens : celui des médias dominants.
L’intellectuel pense dans les médias et pour les médias. Sinon, il se tait : parler alors du « silence des intellectuels ». Ou il est réduit au silence : dans ce cas, ce n’est pas un intellectuel.
Les non-intellectuels s’expriment dans les meetings. L’intellectuel est pédagogue, le non-intellectuel est démagogue.

Expert : Titre attribué aux intellectuels pour médias que les médias interrogent pour qu’ils accréditent ce que pensent les médias.
L’expert ne se reconnaît pas à la qualité de ses recherches ou de ses travaux, mais à sa fréquentation assidue des plateaux et des studios.
Une fréquentation qui lui vaut d’être interrogé dans la presse écrite ou de la pourvoir en tribunes libres.
Le véritable expert complexe est un aboutissement de l’intellectuel simple dont la présence dans les médias est parfois plus fugace. Exemple : Dominique Reynié est un expert complexe.

Éditorialiste : Journaliste en charge des éditoriaux. Pour ne pas se laisser enfermer dans cette lapalissade sortie du dictionnaire, l’éditorialiste est condamné à changer de titre pour se répandre simultanément dans plusieurs médias.
Dans certains d’entre eux, il devient « chroniqueur ». Dans d’autres, il est « interviewer ». Dans tous, il est « invité ». Exemple : Alain Duhamel.

Interviewer : Journaliste en charge des entretiens. Les meilleurs d’entre eux sont des éditorialistes modestes puisqu’ils ne livrent leurs précieuses opinions que dans la formulation des questions qu’ils posent. L’interviewer est un éditorialiste condamné aux points d’interrogation. Ou presque : Christine Ockrent est une intervieweuse, Jean-Pierre Elkabbach aussi.

Médiateur : Journaliste chargé d’expliquer pourquoi le média dont il est l’employé ne saurait faillir.

Pluralisme : Se dit désormais presque exclusivement de la pluralité des egos qui s’affrontent au sein du microcosme médiatique.
Pour ne pas fausser la concurrence qui, au sein du journalisme de marché, est forcément libre, il a semblé démocratique de rétablir un quasi-monopole du commentaire autorisé, excluant la concurrence, forcément sauvage, des exclus du microcosme.

Liberté d’expression : Vocable réservé, dans les médias, au chœur des éditorialistes et chroniqueurs qui chantent, à plusieurs voix, l’Hymne à la joie européenne, mais dans la version titrée : « Traité constitutionnel européen ». Pour les autres, voir « Tribune libre » et « micro-trottoir ».

Tribunes libres : Souvent invoquées pour répondre à ceux qui s’inquiètent de l’état du pluralisme dans les médias.
Ces espaces réservés à l’expression des « experts » dominants, peuvent être occasionnellement décorés par la présence de contestataires, pour peu qu’ils se rendent respectables en s’abstenant de toute critique des médias.

Courrier des lecteurs : Dans la presse écrite, se dit de la sous-rubrique où sont relégués les propos, soigneusement triés, des non-experts. Micro-trottoir : Equivalent audiovisuel du courrier des lecteurs, cette forme avancée de la démocratie directe, concurrencée par les SMS, permet de connaître et de faire connaître l’opinion des « gens ». Technique recommandée pour faire dire en quinze seconde à chaque exemplaire d’un échantillon soigneusement sélectionné ce que l’on attend qu’il dise. Ne pas confondre avec « entretien » : trop long.

Complexe : adjectif à utiliser systématiquement pour perturber le lecteur, l’auditeur ou le téléspectateur qui commence à percevoir la vacuité intellectuelle sous la rhétorique boursouflée des différentes variétés de célébration de la mondialisation libérale. Les élites sont « complexes » ; le peuple est primaire, xénophobe et crispé.

III. DIAGNOSTICS
Protestataire : Se dit indifféremment des mouvements sociaux et des votes politiques contre lesquels protestent des esprits éclairés qui ne sont pas protestataires mais lucides. Pourtant, Robert Solé, du Monde, n’a pas « protesté » contre « l’abondant courrier des lecteurs protestataires » : il leur a répondu.

Crispation : Un mot parmi d’autres mots pour désigner l’attitude des salariés qui se battent contre les délocalisations, le chômage, le dumping social, la destruction du droit de travail, du système de santé et des retraites par répartition.
La France « crispée » est rigide et s’oppose à la France moderne et flexible.
Ne plus dire : « Les travailleurs combattent les politiques libérales qui favorisent chaque jour davantage les revenus du capital et dissolvent l’Etat social ». Ecrire : « Une autre chose dont on peut être sûr - et qui nourrit l’antienne d’un pays impossible à réformer -, c’est la nature difficile des rapports sociaux en France.
La conflictualité l’emporte sur le consensus. Vieil héritage de la culture ouvrière revendicative du XIXe siècle du côté des organisations syndicales, crispées sur la défense des droits acquis [...]. » (Le Monde Economie, mardi 7 juin 2005, page I).

Repli : Penchant naturel du peuple. Notion technique d’une rigoureuse précision destinée à diagnostiquer le sens des votes hostiles au Traité constitutionnel européen.

Égoïsme : Frappe les chômeurs, les travailleurs précaires, les classes populaires en général. Exemple : le refus du dumping social est un symptôme évident d’égoïsme (voir « Bolkestein »). Vice dont sont dépourvus les bénéficiaires de stock-options.

Individualisme : Peut être vice ou vertu. Vice quand il entame la solidarité des dominés avec les dominants, vertu quand il détruit les défenses immunitaires des mouvements sociaux. En parler beaucoup, pour ne rien dire des conditions collectives de l’émancipation des individus.

Bolkestein : Gentil européen qui fut l’auteur d’un projet de directive qui ne présentait aucun risque, mais a rempli opportunément la fonction bénéfique de révélateur de la xénophobie de la populace. Rien d’autre.

Populisme : Ne désigne plus seulement les tentatives de flatter les passions du peuple, mais toute tentative de reconnaître la dignité des peuples, de faire droit à leurs légitimes résistances et de défendre, avec eux, leurs intérêts.
L’élite ne flatte qu’elle-même et défend le peuple contre lui-même : l’élite, par conséquent, n’est jamais élitiste.

Socialiste : Qualificatif désuet qui ne désigne plus, du moins en langue médiatique, qu’un immeuble situé rue de Solférino et le Parti dont il est le siège.

Nationalisme : Se dit indistinctement de tout ce qui conteste le règne du marché.
Les élites savent que la concurrence libre et non faussée fait automatiquement tomber les frontières.
Toute volonté de réguler la libre circulation des capitaux, des marchandises et des services est donc la forme contemporaine dissimulée du nationalisme.
A noter : cette volonté s’appelait antérieurement « socialisme » (voir ce mot) et pouvait être réformiste ou révolutionnaire.

Xénophobie : Ce terme hier réservé au refus ou à la haine de l’étranger doit être étendu désormais à tout refus de la concurrence libre et non faussée entre les salariés des pays européens.

Racisme : se dit ou se suggère pour tenter de disqualifier les partisans du Non de gauche. L’affirmation ou l’insinuation n’a besoin d’aucun fondement objectif : tout bon éditorialiste a le devoir d’y recourir.

Antisémitisme : variété extrême du « racisme » (voir ce mot). L’usage de ce terme contre les partisans du « non » est réservé aux formes raffinées de l’expertise.

Internationalisme : Se dit désormais de l’alliance entre des peuples obéissant à l’autorité de « leurs » gouvernements, de « leurs » partis et de « leurs » médias.
Les « sommets européens » et les journalistes accrédités à Bruxelles sont, par essence, internationalistes.
Les forums sociaux européens sont, sans doute, nationalistes, voire xénophobes. Mais il faudra encore attendre un peu pour qu’un éditorialiste affirme que l’internationalisme atteint sa perfection avec le CAC 40.

Henri Maler et Philippe Monti

Les raisons d’un matraquage médiatique

Le Café des Amis de l’Humanité proposait, un retour sur le fonctionnement d’une sphère médiatique quasi unanimement acquise au « oui ».
Dans un Café du Croissant bondé s’est tenu mercredi, à l’initiative des Amis de l’Humanité, un débat consacré au traitement médiatique du référendum. « Pourquoi un tel matraquage médiatique ? »
C’est à partir de cette question qu’Éric Zemmour, grand reporter au Figaro, et Pierre Laurent, directeur de la rédaction de l’Humanité, interrogés par Stéphane Sahuc, journaliste à l’Humanité, ont développé leurs analyses d’un système médiatique outrageusement engagé en faveur du « oui ». « Nous avons assisté à un déferlement médiatique qui confine au totalitarisme », devait avancer d’emblée Éric Zemmour.
« Ce fonctionnement de la sphère médiatique, s’il est apparu clairement pendant la campagne référendaire, est en fait à l’oeuvre depuis une quinzaine d’années. » Pour Pierre Laurent, « cette campagne a révélé un divorce profond et préoccupant entre les citoyens et le paysage médiatique ».

Les raisons de cette uniformisation ? « Les journaux ont progressivement renoncé, depuis les années soixante-dix, à incarner et prolonger des traditions politiques », analyse Éric Zemmour. « Ils ont abandonné la formation des journalistes à des écoles avant tout soucieuses de former des « techniciens », des clones rompus au politiquement correct et incarnant à merveille la gauche bien pensante bo-bo. Résultat : formatés idéologiquement, les journalistes pensent tous la même chose, donc écrivent tous la même chose. »
Un élément nouveau, cependant, vient perturber cette homogénéité à la fois idéologique et sociologique de la profession : la précarisation.

« Il faut distinguer, suggère Éric Zemmour, les éditorialistes et les présentateurs vedettes, qui ont l’argent et le pouvoir, du prolétariat du journalisme, plutôt favorable au « non » mais qui n’a pas eu la possibilité de l’exprimer. » Jean-François Téaldi, grand reporter à France 3, l’un des initiateurs de l’appel contre la censure du « non » dans l’audiovisuel public, dresse le même constat, redoutant que le discrédit ne frappe tous les journalistes indistinctement. « Nous devons nous réapproprier nos médias, réinvestir les conférences de rédactions », lance-t-il, appelant également à la constitution de « comités pour la défense du pluralisme ».

Autre élément d’explication de ce processus d’uniformisation, avancé par Pierre Laurent : « La prise de pouvoir des puissances financières dans les médias. »
Un point contesté par Éric Zemmour, qui considère que « cette prise de pouvoir est une conséquence, et non une cause ». « La mise au pas idéologique avait déjà eu lieu », juge le journaliste du Figaro. Pour le directeur de la rédaction de l’Humanité, cependant, « le pouvoir de l’argent n’est pas qu’une conséquence, mais un verrou à faire sauter. » « Lorsqu’une majorité de journalistes de Libération votent l’entrée de Rotschild dans le capital, ils le font car ils subissent un chantage de même type que les salariés auxquels on demande de renoncer aux 35 heures sous peine de délocalisation. »

Dernier point de désaccord entre les deux débatteurs : l’analyse d’un autre grand moment d’unanimisme médiatique, l’entre-deux tours de l’élection présidentielle de 2002. « Le déferlement médiatique, en 2002 comme en 2005, a usé des mêmes ressorts et pose les mêmes problèmes déontologiques, observe Éric Zemmour.
Seule différence : cette fois-ci, les médias sont battus. » Pour Pierre Laurent, au contraire, les deux situations sont incomparables : « le mouvement citoyen spontané qui s’est élevé, dès le dimanche soir, contre la présence de Le Pen au second tour n’était pas orchestré par les médias, qui n’ont fait que suivre. ». Reste une différence fondamentale entre ces deux moments de crise politique, relevée par Charles Silvestre, de l’Humanité : « le retour, sur le devant de la scène, de la question sociale. » Une question sociale troquée en 2002 contre les mises en scène sécuritaires pendant la campagne, et contre des postures morales après le premier tour...


Rosa Moussaoui


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