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Un point de vue de Patrick Théret, administrateur de France 2, représentant le personnel.

Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Un temps où l'on ne mettait pas les syndicalistes en prison, où les routiers en colère ne se retrouvaient pas en garde à vue. Je vous parle d'un temps où l'on trouvait normal qu'il n'y ait pas de programme les jours de grève à la télé. D'un temps où l'on était fier du service public.

Mais les moins de vingt ans savent-ils ce qu'était alors un service public ? Prenons, pour les jeunes, un exemple simple : à financement privé, entreprises privées ; à financement public, entreprises publiques... Limpide équation, non ? Un contre-exemple ? La télévision publique aujourd'hui : à financement public, enrichissement privé... Dites cela à votre prof d'économie, c'est le zéro assuré. Mais, Ardisson, Dechavanne, Arthur, Fogiel, Delarue et compagnie ont toujours été des cancres, comme ils s'en vantent eux-mêmes. Ce n'est pourtant pas le cas de nos dirigeants qui confient à des bateleurs quasi incultes des programmes qui se voudraient culturels.

Et France Télévisions de se mettre en grève, tout simplement parce que quelques naïfs pensent qu'il est encore possible d'assurer une mission de service public et de fabriquer en interne des émissions de qualité. Les soutiers de la télé sont en rogne parce qu'ils voient leur patrimoine professionnel pillé par quelques animateurs producteurs, ces nouvelles starlettes du petit écran qui n'ont rien inventé, mais qui recyclent ! Réunir quelques personnes sur un plateau pour parler du divorce, des enfants malades, des célibataires malheureux, faire fonctionner à l'applaudimètre une assistance droguée aux paillettes, faire pleurer dans les chaumières entre deux chansonnettes, cela n'a rien de nouveau.

Ces producteurs indépendants, comme on les appelle (indépendants de qui, de quoi ?), n'étant qu'une poignée à se partager le gâteau de l'audiovisuel français, on voit mal comment le service public pourrait se démarquer de ses concurrents. Quelle différence entre une émission produite par un " indépendant " sur TF1 d'une émission du même tonneau produite par le même " indépendant " sur France 2 ? Où est la spécificité du service public quand on ressert le même plat sur toutes les chaînes ? Et tout cela, avec l'argent de la redevance, entre autres.

Car c'est aussi du côté du financement de France Télévisions que l'on peut chercher les raisons de la colère. Un peu d'arithmétique : financée à X % par la redevance, à X % par la publicité, comment la télévision publique pourrait s'affranchir de l'audimat, seule condition pour qu'elle reste forte ?
Dix jours d'arrêt de travail pour France 2, encore plus pour France 3. Les motifs sont, on le voit, autrement plus profonds que la revendication de quelques euros sur une fiche de paie.

Mais pourquoi une grève sur France 2 ne se voit-elle pas ? Parce que la chaîne ne produit pratiquement plus rien elle-même, hormis les journaux et quelques émissions. On peut donc comprendre que les grévistes aient voulu faire connaître leur mouvement en bloquant les JT de 13 heures et de 20 heures Quel moyen leur restait-il pour alerter les téléspectateurs du sort fait à la télévision qu'ils financent ?

Cela a dû beaucoup chagriner Daniel Schneiderman qui, ce dimanche 24 novembre, invitait David Pujadas à son émission Arrêt sur images sur France 5, le laissant sans contradicteur, défendre " le droit au travail ", cette tarte à la crème des " acharnés du boulot les jours de grève ". On a connu Schneiderman plus audacieux. Peut-être avant qu'il ne se brûle les ailes au contact des projecteurs. Icare s'est cassé la figure ainsi mais lui, en s'approchant du soleil, c'est la vérité qu'il risquait d'atteindre.

C'est surprenant comme certains sont attachés au droit au travail lors de mouvements sociaux mais jamais le reste du temps. Avoir recours à des pigistes pendant des années pour des émissions permanentes est une atteinte au droit du travail. Atteinte au droit du travail encore, quand on met au placard des gens qui ont le malheur de ne pas plaire en haut lieu. Atteinte au droit du travail quand on brime des salariés jugés pas assez dociles... et j'en passe. En faisant le compte, de quel côté selon vous, se trouvent les plus grands fautifs ? Chers camarades patrons, chers camarades ministres de tutelle, cessez de brandir hypocritement sous le nez des grévistes l'étendard de ce droit au travail dont vous vous fichez comme de l'an quarante et que vous bafouez cent fois par jour !

Et ces non-grévistes outrés, tout autant victimes des injustices salariales, ces militants du sacro-saint " téléspectateur avant tout ", réalisent-ils un seul instant que c'est aussi pour eux que d'autres se mettent en marche, pour qu'ils aient demain du travail ? D'ailleurs, a-t-on vu une seule fois ces fervents travailleurs refuser les avantages obtenus lors des mouvements qu'ils fustigent ?

Alors, cette agitation à France Télévisions, juste une revendication salariale, ou l'expression d'un malaise plus profond ? Je laisse juge le lecteur mais surtout le téléspectateur, ce méprisé du PAF, ce " cochon de payant " qui n'en peut plus de dire : " Ce soir, y a rien à la télé ! ". Parce que, effectivement, encore un effort de ce gouvernement, marchant dans les pas du précédent pour marginaliser un peu plus le service public et bientôt, c'est sûr, y aura plus rien à la télé... publique.


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