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Par Ixchel Delaporte.
Festival : les dessinateurs de presse américains font le point sur leur liberté d'expression.
" Je voudrais clarifier quelque chose, Bush est un con. " Les dessins de caricaturistes français défilent pendant que le débat s'engage. " USA : des crayons contre des canons ", c'est le thème de la rencontre phare du 5e Festival du dessin de presse de Carquefou. Quatre dessinateurs d'outre-Atlantique ont fait le déplacement : Ted Rall, Kal, Steve Benson et David Horsey.
Sous un chapiteau comble, les dessinateurs expliquent leurs conditions de travail au public français.
Ils expliquent aussi comment, après les attentats du 11 septembre 2001, leur liberté d'expression s'est nettement amoindrie. " L'humour est une arme très puissante. Dès que les sujets de la critique sont les hommes politiques et en particulier ceux du gouvernement, ils essaient de l'empêcher. Le dessin est un langage universel, il a d'autant plus de portée ", explique Steve Benson, caricaturiste pour The Arizona Republic.

Pendant la guerre contre l'Irak, il a reçu des menaces de mort pour cause de " dessins antipatriotiques ". Et Ted Rall, dessinateur, éditorialiste à Village Voice et journaliste radio, d'ajouter avec humour : " Je vis à New York et j'ai été menacé aussi à cause de mon engagement contre la politique de Bush.
Le plus drôle est que le numéro du commissariat de police qui laissait des messages intimidants s'affichait chaque fois. Je ne sais pas si vous avez ça en France ? ". Explosion de rire dans la salle. Au même moment s'affiche sur l'écran, un dessin : " Les dessinateurs français ont aussi été menacés par la canicule. " La censure la plus forte reste néanmoins la censure économique.

Il existe aux États-Unis une centaine de dessinateurs de presse. Ceux qui sont indépendants sont les plus précaires. Ils font partie du syndicat de presse Universal Press Syndicat. Il est chargé de proposer aux journaux américains les dessins. Les journaux choisissent, achètent et publient ou pas. " Les journaux peuvent acheter des dessins et ne jamais les publier. C'est là où la censure s'opère.
Ils ont peur de critiquer Bush, ils ont peur de ne plus être invités aux conférences de presse de la Maison-Blanche. Alors que s'il y existe bien un lieu où il n'y a pas d'information, c'est bien dans les conférences de presse ! ", s'exclame Ted Rall, à peine ironique.

Kal, dessinateur dans The Economist of London et au Baltimore Sun raconte, avec une anecdote de jeunesse, la portée du dessin de presse : " La première fois que j'ai dessiné, c'était en classe de musique. Une religieuse faisait le cours. J'ai commencé à la dessiner. Elle chantait. Elle avait la bouche grande ouverte. Le dessin a commencé à circuler et toute la classe s'est mise à rire.
La maîtresse m'a emmené aux toilettes et m'a mis le savon dans la bouche pour me punir. " Conclusion : " Le dessin provoque une réaction instinctive, en général positive mais le pouvoir et l'institution réagissent négativement. " Parfois sceptiques quant aux possibilités de changement politique dans leur pays, les caricaturistes américains ne semblent pas moins découragés pour continuer à dessiner pour résister.
Leur but est de persister à donner un autre point de vue sur leur propre pays, plus critique que celui que le gouvernement Bush veut imposer au monde. À travers ces dessinateurs, c'est la face cachée de l'Amérique qui a pu s'exprimer.


L'Huma du 23 janvier 2004


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