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YVES SAINT LAURENT

Après une jeunesse passée en Algérie, Yves Saint Laurent vient suivre à Paris des cours de dessins à la Chambre syndicale de la haute couture.
En 1955, Christian Dior le remarque et l'emploie comme assistant modéliste. Il lui succédera deux ans plus tard et connaîtra son premier grand succès avec sa fameuse robe trapèze. Malgré cela, il sera remplacé à la tête de la maison Dior en 1961, ce qui le poussera à fonder sa propre ligne de haute couture. Sa première collection en 1962 est un véritable succès, que ne démentiront pas les décennies suivantes : Yves Saint Laurent lançant la mode du caban, du smoking féminin, des sahariennes.
En 1966, il ouvre son magasin Saint Laurent Rive gauche, spécialisé dans le prêt-à-porter féminin, et trois ans plus tard il s'ouvre aux collections masculines. Yves Saint Laurent réalisera également de nombreux costumes et décors pour le théâtre et le cinéma (' Arabesque', 'Belle de jour').
A partir de 1983, plusieurs musées lui consacreront des rétrospectives. Il est nommé en 2001 commandeur de la Légion d'honneur, et fait ses adieux à la haute couture le 7 janvier 2002. Six ans plus tard, Yves Saint Laurent décède dans son appartement parisien, laissant l'image d'un homme qui, d'après Valérie Hermann (présidente d'Yves Saint Laurent) 'par son génie, a révolutionné les codes de la mode et a su apposer sa signature inimitable'.

D'après le site EVENE


DEFILE YVES SAINT LAURENT A LA FETE DE L'HUMA EN 1988
20 h 45, une chape de glace nous tombe dessus. La pelouse est déserte alors que déjà les invités s’entassent dans le pré carré au pied de la scène.
C’est qu’on est vendredi, les travailleurs ont gagné au dernier moment La Courneuve. Et le miracle a lieu : Francis Crémieux fait les présentations. En un quart d’heure, la pelouse est noire de monde : cinquante mille personnes disent des dépêches. Serait-ce moins, c’est déjà considérable. Mais qu’en diront-ils ?

Nuit noire. Décor noir. Mannequin noir. Tailleur, pantalon noir. Une reine africaine descend l’escalier : c’est parti ! C’est parti pour cinquante minutes d’enchantement mémorable. Dans l’idéale douceur du soir, cent trente-cinq merveilles vont nous époustoufler : alternance des séries noires et des festivals de couleurs ; d’hiver et d’été ; de jour et de soirée ; de motifs cubistes et de fauves. L’ensemble est d’une majesté grandiose, d’une rigueur de mouvement parfaite, d’une grâce saisissante. Une sorte d’apesanteur semble baigner les passages. Une irréelle lenteur. Entre les tableaux, un silence tendu révèle un public suspendu à la prochaine apparition.

Au début, la foule semble frappée de stupeur. Et puis commencent à monter les bravos. "
Extraordinaire, lance Pierre Bergé, ils préfèrent exactement les meilleurs modèles. " L’instinct de l’élégance. " Les mannequins n’ont jamais aussi bien défilé ", constate Christophe Girard. Tendues au départ, elles vont vite comprendre.
Comprendre que ce public, innombrable, a lui aussi compris. Compris que la couture est une peinture et une sculpture ; qu’un mannequin n’est pas une femme objet, mais que son métier est de magnifier sa robe en la faisant bouger sur le corps ; que Saint Laurent est un artiste à part entière et non un marchand de vêtements chers pour femmes riches ; qu’il est venu voir et non acheter. " Ce soir, dit une fille, j’ai l’impression que toute cette beauté est pour nous. " Elle a tout pigé.
Ils ont tous pigé, l’esprit dans lequel l’Huma a conçu cet événement politique d’une certaine façon, finalement. C’est aussi un hommage aux ouvrières de la haute couture avec qui nous avons fait un débat hier sur la Fête (on en reparlera).

On lit sur les visages un ravissement presque incrédule. Des gens pleurent. En coulisses, les salves de vivats sidèrent Frank et Robert, les deux assistants de Saint Laurent qui mettent la dernière touche (le petit rien qui fait tout le chic de la maison) au tableau du maître. Et quand, à la fin, la traditionnelle mariée surgit du néant dans son fourreau blanc empesé de colombes, le parterre se lève pour une ovation triomphale. Les mannequins quittent la scène à regret, bouleversées. Le clan Saint Laurent est aux anges. Des rappels tambourinent.
En vain. C’est déjà fini.
Un rêve est passé vendredi par La Courneuve, il s’y était arrêté. Merci Monsieur Saint Laurent.
Michel Boué












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