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économie de la mode: production, distribution et consommation
L'histoire de la mode
Les corporations
Les premiers statuts des communautés de métiers parisiens, recueillis entre 1261 et 1265, sont consignés dans le livre d’Étienne Boileau, garde de la prévôté de Paris.
Alfred Franklin, dans une étude intitulée Les Corporations ouvrières de Paris du XIIe au XVIIIe siècle. Histoire, statuts, armoiries (Firmin-Didot, Paris, 1884), en retrace l’historique.
Jusqu’à l’abolition de ces corporations pendant la Révolution (1791), le client procède donc à l’achat des matériaux chez le drapier et le mercier avant de les confier au tailleur, dont la corporation ne s’organise qu’assez tardivement, au début du XVe siècle. Les fripiers forment un corps de métier influent, étant au cœur de la consommation vestimentaire. Installés à Paris dans la Halle au vieux linge, dans le quartier du Temple, ils rachètent aux élégants leurs vêtements et reprennent aux tailleurs leurs laissés-pour-compte. Le fripier, qui habille la moitié de la population, revend donc des vêtements usagés.

Ne travaillant que sur commande, les tailleurs détiennent le privilège d’habiller les hommes et les femmes jusqu’en 1675, date à laquelle un édit de Louis XIV accorde aux couturières le droit d’habiller les femmes. Mais la fabrication de la robe ou du vêtement de dessus et du corset reste le monopole du tailleur. À la fin du XVIIIe siècle, mille sept cents couturières sont recensées à Paris; elles ont quatre spécialités: les vêtements de femmes, les vêtements d’enfants, le linge et les garnitures.
Les rapports que ces corporations entretiennent avec la mode influent sur leur existence même ou sur leur développement. Sous Henri IV, Jean Robin, qui est horticulteur, se serait ainsi entendu avec Pierre Vallet, brodeur du roi, pour créer un jardin dans lequel ils assemblaient des plantes rares qui fournissaient aux brodeurs des nuances et des dessins nouveaux.
Toujours au début du XVIIe siècle, la mode des costumes tailladés, crevés et découpés, ornés de rubans gaufrés, aurait entraîné la création d’un nouveau corps de métier, celui des maîtres découpeurs-gaufreurs-égratigneurs.
L’historien de ces corporations, Alfred Franklin, note que l’année 1673, date de la création de la corporation des barbiers-baigneurs-étuvistes-perruquiers, est précisément celle où Louis XIV consent à porter perruque!
Dans l’Encyclopédie (t. X, 1755, réimpr. en fac-similé, éd. Verlag, Stuttgart, 1966), Diderot relève encore l’influence des marchands de mode, issus du corps des merciers, qui «vendent seulement tout ce qui regarde les ajustements et la parure des hommes et des femmes que l’on appelle ornemens et agrémens. Souvent, ce sont eux qui les posent sur les habillemens et qui inventent la façon de les poser. Ils font aussi des coëffures et les montent comme les coëffeurs». En faisant ce commentaire, «le couturier est le maçon du vêtement [...], la marchande de mode en créant est l’architecte et le décorateur par excellence», Sébastien mercier, auteur du monumental Tableau de Paris (1781-1788, rééd. coll. Bouquins, Robert Laffont) incite à rappeler les activités des marchandes de mode, Mme Eloffe et Rose Bertin. L’historien Daniel Roche rappelle que celles-ci possèdent en effet auprès de la reine Marie-Antoinette l’une «le quasi-privilège de la fourniture royale des habits [et] des ornements, [et la seconde] celle des bonnets et de leur décoration compliquée».

La haute couture
En s’installant à Paris, au 7, rue de la Paix, en 1858, le couturier Charles Frédéric Worth (1825-1895) pose les fondements de la structure de la haute couture telle que nous la connaissons aujourd’hui. Proposant à ses clientes des modèles fabriqués sur mesure dans le tissu de son choix, il instaure des méthodes proprement nouvelles. Portant sa marque, les modèles sont présentés sur des mannequins vivants, véritables sosies de la cliente. Au début du XXe siècle, Jeanne Paquin (1869-1936) a l’idée de faire défiler en public ces mannequins.

La Chambre syndicale de la couture parisienne a été créée le 14 décembre 1910. L’ancienne Chambre, fondée en 1868 et dénommée Chambre syndicale de la couture, des confectionneurs et des tailleurs pour dame, regroupait donc la couture et la confection. L’usage du mot «couturier» s’était répandu depuis 1870.
Quand, en 1910, la couture se constitue en profession autonome, son statut est ainsi défini par arrêté ministériel: les maisons font de la couture sur mesure, elles emploient au moins vingt salariés dans les ateliers, elles présentent deux fois par an (collections de printemps-été et d’automne-hiver) au moins soixante-quinze modèles sur des mannequins vivants et proposent ces mêmes collections au moins quarante-cinq fois par an à la clientèle particulière.
Le nombre des maisons de couture a considérablement varié depuis 1910.
On en dénombre vingt en 1900 (Exposition universelle), soixante-quinze en 1925 (Exposition des arts décoratifs) et vingt-neuf seulement en 1937 (Exposition des arts et techniques). De 1946 à 1967, le nombre des maisons de couture a chuté de cent six à dix-neuf. La Chambre syndicale en compte aujourd’hui vingt (Pierre Balmain, Pierre Cardin, Carven, Chanel , Christian Dior, Emanuel Ungaro, Hubert de Givenchy, Christian Lacroix , Guy Laroche, Hanae Mori, Jean-Louis Scherrer, Lecoanet-Hémant, Louis Féraud, Nina Ricci, Paco Rabanne, Per Spook, Philippe Venet, Ted Lapidus, Torrente et Yves Saint Laurent).

En 1993, une réforme des statuts de la haute couture, menée à l’instigation du ministère de l’Industrie, a levé l’obligation d’employer au moins vingt ouvrières et de présenter à la clientèle les modèles sur des mannequins vivants. Le nombre des passages d’une collection est ramené à cinquante.
La maison de couture est toutefois contrainte d’installer à Paris ses ateliers de création et de fabrication. Bien que génératrice d’excédents dans la balance économique de la France, la haute couture connaît, à intervalles réguliers depuis les années 1930, des périodes de crise qui remettent toujours en question son rôle de laboratoire d’idées. De son existence dépend aussi le savoir-faire artisanal de grande qualité de brodeurs, plumassiers, paruriers, modistes, fabricants de tissu, teinturiers, plisseurs, fabricants de boutons, de fleurs...

Depuis le début du XXe siècle, la haute couture a diversifié ses activités, baptisant de sa griffe des parfums et des cosmétiques - c’est Paul Poiret qui le premier lança dès 1911 un parfum de haute couture - ou des fabrications semi-industrielles ou industrielles de vêtements - avant guerre, les robes (Lucien) Lelong édition, ou le prêt-à-porter des couturiers à partir des années 1960, avec l’exemple de Pierre Cardin qui, en pionnier, présente une collection en 1959, au magasin du Printemps.
À cet égard, le développement des licences, important depuis les années 1970, permet une exploitation de la griffe dans des domaines variés: les collants, la lingerie, les maillots de bain, les lunettes, les montres, la joaillerie, le linge de maison, la porcelaine, les cristaux, l’argenterie, voire le mobilier, les motos, les voitures, les avions, sans oublier les parfums et les cosmétiques.

Au début des années 1960 se développent parallèlement le prêt-à-porter des couturiers et celui des stylistes. Contesté, le mot «styliste» est rapidement remplacé par l’expression «créateur de mode». Et c’est en 1973 qu’une Chambre syndicale du prêt-à-porter des couturiers et créateurs de mode est créée, présidée par Pierre Bergé.
Elle fédère une cinquantaine de griffes, parmi lesquelles figurent entre autres Angelo Tarlazzi, Anne-Marie Béretta, Azzedine Alaïa, Cerrutti, Chantal Thomass, Chloé, Claude Montana, Courrèges, Dorothée Bis, Emmanuelle Kahnh, Francesco Smalto, Hermès, Jean-Charles de Castelbajac, Jean-Paul Gaultier, Karl Lagerfeld, Kenzo, Popy Moréni, Thierry Mugler.
La haute couture reste à l’origine de transformations notables des structures des vêtements comme des modes.
On retiendra les audaces de Chanel qui «lance le genre pauvre, introduisant au Ritz le tricot de l’apache, rend élégant le col et les manchettes de la femme de chambre, utilise le foulard du terrassier et habille les reines en combinaison de mécano» (propos de Janet Flaner, chroniqueur de mode, cités par Gilles Lipovetsky) ou bien encore les innovations techniques de Madeleine Vionnet, utilisant le tissu dans le sens du biais, dans les années 1930.

Si Christian Dior , à partir de février 1947, exprime sa nostalgie de la Belle Époque par le «new look» , Pierre Cardin, André Courrèges et Paco Rabanne , dans les années 1960-1970, proclament la jeunesse et le caractère prospectif de leurs modèles.
Enfin, parce que «son discours évoqu[e] la nécessité de l’inspiration, le grand couturier [comme le créateur de mode depuis les années 1970] s’impose comme un artiste du luxe qui collectionne les œuvres d’art, qui vit dans le décor fastueux et raffiné, qui s’entoure de poètes et de peintres, qui crée lui-même des costumes de théâtre, de ballet, de film, qui subventionne la création artistique».

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