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À lire. Robert Vizet ou le portrait enthousiasmant et citoyen d'un communiste de terrain, ancien élu. Une vie tournée vers les autres, pour transformer les choses, quotidiennement.
Une certaine idée de la politique

Robert Vizet, un parcours citoyen, par Olivier Mayer,
Le Temps des cerises, 15 euros.

Les hommes ressemblent souvent à leurs convictions et il suffit, parfois, de les regarder. Il y a ceux qui veulent être et paraître, et qui s'accordent bien des moyens pour y parvenir. Et il y a ceux qui sont, et ne comptent pas leur temps pour le rester. La différence ? L'action. Le sens ? La fidélité. Le but ? Transformer les choses, la vie, le sort des plus démunis, là où c'est possible, quotidiennement. Robert Vizet est de ceux-là.
Pas seulement parce qu'il a connu (presque) toutes les fonctions républicaines, conseiller municipal, conseiller général, maire de Palaiseau, député, sénateur... et même trésorier (précieux) de la Société des amis de l'Humanité ! Non, la force de cet homme-là, connaisseur des drames humains et des tourments de l'existence, tient en une phrase : il ne fut jamais un " professionnel de la politique ", mais bel et bien un " vivant " en politique.

Pourquoi ? Parce que, malgré doutes et révoltes, il est resté communiste au plus profond de l'âme et beaucoup savent ce que cela signifie. " Aujourd'hui, en dépit de ceci ou cela, je suis satisfait de ce que j'ai fait ", confesse-t-il dans le livre qui lui est consacré, un long et beau portrait réalisé par Oliver Mayer, journaliste à l'Humanité. Et il ajoute : " En dépit des ombres, mais à la lumière, j'assume ma participation à toute cette période. "

Né en 1924, la " période " dont parle Robert Vizet a traversé le XXe siècle quasiment de part en part. On connaît l'histoire, jonchée de drames et d'épouvantes, d'espoirs et d'humanité. Celle du com- -munisme notamment, mais aussi de l'Union soviétique, de la Seconde Guerre mondiale, du stalinisme, des errances, des blocs contre blocs et de la guerre froide.
Celle des combats sociaux, aussi. Telle est la vie de Robert Vizet. Qui commence tôt dans l'engagement.
Anecdote. Le 1er mai 1936, il organise avec l'un de ses camarades de classe sa première " grève ". Disons plutôt qu'ils décident l'un et l'autre de " manquer l'école " en solidarité avec les travailleurs en lutte pour l'augmentation de leurs salaires et l'attribution des congés payés. Il a douze ans. Il ne changera plus. Passionné de football, il devient ouvrier typographe, le premier métier de son père. Mais habite dès l'âge de six ans dans le petit café qu'achètent ses parents, à Palaiseau, À l'ami Jean. Soixante-dix ans après, l'ancien maire de la ville habite toujours cette modeste maison familiale...

Or, bien des vents ont claqué les portes, quelquefois pour les ouvrir. Avant-Guerre, Robert Vizet est en " admiration devant le courage " des jeunes brigadistes qui partent pour l'Espagne - il restera marqué à jamais par le visage lumineux et innocent des sacrifiés. En 1940, son père meurt. En 1943, il entre en résistance après avoir refusé l'incorporation au STO.

Des amis communistes lui confient la tâche de créer un groupe de jeunes résistants. Récupération d'armes, cache de soldats soviétiques échappés des camps, ravitaillement : son groupe travaille notamment avec la MOI.
Avec le groupe de Léon Frot, dans le 11e arrondissement de Paris, il organise les premières barricades, boulevard Voltaire, qui tiennent jusqu'à la Libération, où il défile, en bonne place. Et après ? Démobilisé, Robert Vizet se lance dans l'activité politique et publique locale, prend des responsabilités au PCF, et découvre la démocratie municipale. Et puis il rencontre Gisèle, la femme de sa vie. Et Staline s'éteint.

Et survient la Ve République. Et le Parti décline, lentement mais sûrement. Jusque dans ses " bastions ". Même à Palaiseau. Les communistes perdent la ville, la reconquièrent, la reperdent. Député, puis battu. Puis sénateur (1). Robert Vizet n'a pas peur de souffrir. Telle est la politique. Lui seul sait les forces intérieures qui le font agir ainsi et pas autrement, pourquoi le combat social reste son moteur et sa raison d'être. D'ailleurs, il l'assure, et ce n'est pas une conclusion : " La vie continue, la lutte aussi, si l'on ne s'en laisse pas conter. Je ne désespère pas en des jours meilleurs. " Les hommes ressemblent souvent à leurs convictions, on vous dit !

(1) Élu en 1986, il quittera cette fonction en 1994 en recevant l'hommage de tout l'Hémicycle.
Le sénateur RPR Emmanuel Hamel lui dédiera des vers d'Aragon :
" Je vous salue, ma France, où les blés et les seigles mûrissent au soleil de la diversité. "

Jean de Leyzieu (l'Humanité du 18/06/2005



Mesdames, souriez, de Jessica Nelson.
Premier roman.
Au-delà du conflit de générations, une méditation sur deux destins de femme, avec en trame de fond la fameuse canicule de l'été 2003.

" On est toujours le décadent de son grand-père et le classique de son petit-fils ", remarquait Raymond Queneau.
C'est conjugable au féminin ajoute Jessica Nelson, dans son premier roman, Mesdames, souriez, au titre pas si anodin qu'il en a l'air. Car si elle a utilisé, comme trame de fond, la fameuse canicule de l'été 2003, ce n'est pas pour se gausser des " vieux " clamsés, abandonnés de tous, comme le fait trop souvent un " comique " (pas toujours drôle) de Canal Plus (j'ai nommé Stéphane Guyon), sous prétexte d'humour (bête et méchant) à la Charlie Hebdo.
Bien au contraire,la-jeune-blonde-au-visage-d'ange - dont il faut évidemment se méfier doublement - fait preuve d'une lucidité assez rare à cet âge... Que l'on peut dévoiler, puisqu'elle n'a que vingt-cinq ans, et déjà un ton, un style dégraissé, sans fioritures. Peut-être est-ce dû à son sang américain, du côté du père, elle va droit au but : " Des bras squelettiques s'agrippent à un bout d'étoffe et appellent au secours, c'est la suffocation ; des jambes froides en dépit de la chaleur se raidissent, une peau translucide et parcheminée frissonne, mouchetée par l'âge. Je chasse ce tableau de mon esprit, je jure de ne jamais lui ressembler. "

Nous sommes, en effet, au coeur du sujet : Louise-Marie (vingt ans), a peur de vieillir. Tel un Dorian Gray au féminin, elle vendrait son âge au diable pour ne pas finir sa vie comme " la vieille ", avec qui elle est obligée de partager un 80 m2 sur la place des Vosges, tout de même...
Elle qui voulait ressembler à une poupée Barbie, dont les préoccupations tournent autour de la dernière petite robe noire de chez Gucci et la question d'" être ou ne pas être " invitée à la prochaine soirée Gaultier, finira par découvrir, peu à peu, les bons côtés d'une ancienne jeune femme qui combattit le nazisme pendant la Résistance. Elle se laisse même attendrir, lui tend la main, que l'autre finit par refuser.

Car ce serait trop facile. Pas de happy end. Le dialogue de sourd(e) s est trop flagrant. La tyrannie du " jeunisme " va l'emporter. Une " ségrégationniste esthétique " est trop gérontophobe pour apprendre à aimer les " vieux ", comme on dit aimer les chiens... Il en va de sa santé mentale. De son aveuglement.
Ce n'est que lorsque " l'engin le plus déprimant de la création " arrive, le déambulateur, qu'elle réalise que c'est le début de la fin. Un cauchemar s'arrête (la cohabitation) mais un autre commence : son propre vieillissement. Car son tour viendra, c'est inexorable.

Pour une fois, la sempiternelle photo qui agrémente dorénavant la plupart des romans de la rentrée apporte quelque chose au Schmilblick. On y voit l'auteur(e), Jessica Nelson, jeune et belle blonde, bras croisés, le regard d'un sérieux inquiétant. Elle est au second plan, derrière une dame âgée... marquée par les ans, dirons-nous.

Un rictus encore plus sévère lui barre le visage. L'effet est saisissant. On ne sait pas si l'on doit rire ou pleurer. Quoi qu'il en soit, l'affaire est grave. Le combat entre les deux femmes sera terrible. Comme dans un western, il n'en restera qu'une à la fin. Premier galop d'essai réussi. Souriez, Jessica Nelson...

LES EXTRAITS de "Mesdames, souriez"
Midi. On respire mieux qu'hier. Aujourd'hui, l'Autre s'absentera jusqu'au soir pour rendre visite à l'ami Gaston. Moment opportun pour commencer mes révisions d'été dans le calme. J'ai pris la ferme décision de ne plus m'énerver, de l'éviter et de rester concentrée sur mes objectifs. J'ai repris un des livres sur la méditation transcendantale que m'avait offerts Michel pour mes vingt ans ; je l'avais alors feuilleté avec ironie et aussitôt relégué en haut d'une étagère. - Page : 67 - Editeur : Fayard - 2005

Visite de ma cousine Marilyn, à ma grande surprise. Cela faisait un moment que je ne l'avais pas vue au passage de la Mule. Sa voix dans le corridor me fait me terrer dans mon antre. Réfugiée sur le balcon, regardant fixement le pavé sous mes pieds jusqu'au vertige, priant pour qu'elle m'oublie - puis avec autant de ferveur pour qu'elle me déloge de là. Qu'elle m'emmène, quelques heures.
- Page : 127 - Editeur : Fayard - 2005

Guillaume Chérel, l'Humanité du 22/09/2005
Fayard, 206 pages, 16 euros.





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