Good Bye Lenin
GOOD BYE LENIN !
Genre : Comédie dramatique, durée 1h58
Réalisateur : Wolfgang Becker, Interprète : Daniel Brühl

Alex, un jeune Berlinois de l'Est, apprend la chute du mur alors que sa mère est dans le coma à la suite d'un infarctus.
Celle-ci a toujours été quelqu'un d'actif, participant avec enthousiasme à l'animation d'une chorale. Les mois passent et le coma continue. La ville se transforme, les voitures occidentales sillonnent les rues, les publicités envahissent les murs.
Au bout de huit mois, elle ouvre les yeux dans une ville qu'elle ne peut plus reconnaître. Alex veut absolument lui éviter un choc brutal que son coeur affaibli ne pourrait supporter.Profitant de son alitement, avec l'aide de sa famille et de ses amis, il reconstruit autour d'elle son univers familier, convoque les jeunes chanteurs de la chorale, sollicite l'aide d'un ancien cosmonaute, reconverti en chauffeur de taxi, et s'efforce de faire revivre la RDA dans les 79 m² de l'appartement, remis aux normes


Good Bye Lenin !
de Wolfgang Becker. Allemagne. 121 minutes.
Le mur murant Berlin rend Berlin murmurant Avec une tonicité rare et un sens souverain de la tragi-comédie, Wolfgang Becker manie la nostalgie critique pour faire revivre la capitale de la RDA alors que le mur tombe.

Le 26 août 1978, Sigmund Jahn, le premier cosmonaute est-allemand, s'envolait avec des confrères soviétiques à bord d'un vaisseau Soyouz. Le même jour, le mari de Christiane Kerner (Katrin Sass) jouait aussi la fille de l'air, mais plus modestement en direction de Berlin-Ouest.
Huit semaines d'hospitalisation pour dépression seront nécessaires pour que cette citoyenne pur jus de la République démocratique allemande se remette de la stupéfiante nouvelle. Ce qu'elle fera avec une conviction décuplée, élevant ses enfants Alex (Daniel Bruehl) et Ariane (Maria Simon) dans la foi la plus totale en les vertus paradisiaques de l'État socialiste. Fin du prologue.

Le 7 octobre 1989, jour de la commémoration du quarantième anniversaire de la fondation de la RDA, alors que les manifestations s'amplifient pour " le droit de se promener sans rencontrer un mur ", Christiane, malmenée lors d'un affrontement, est victime d'une crise cardiaque et sombre dans un coma profond.
Au cours des mois qui suivent, l'histoire fait son chemin et les enfants de Christiane aussi. Ariane trouve du travail dans un de ces fast-foods rutilants que les Américains vénèrent tandis qu'Alex quitte son emploi de réparateur de télévisions pour celui d'installateur d'antennes satellites, aidé par son copain Denis (Florian Lukas) qui rêve de devenir réalisateur de films. Mais, alors que tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes capitalistes, ne voila-t-il pas que la maman se réveille.
Huit mois se sont écoulés dont Christiane ne sait rien, le moindre choc émotionnel pourrait provoquer son trépas et son fils est à son chevet. Que faire ?, comme dirait l'autre. La décision est prise de ne rien dévoiler de ce qu'il est advenu de cet État auquel cette militante modèle avait offert toute sa force de travail, chose plus facile à décréter qu'à mettre en application.
Il va falloir retrouver la monnaie et les biens de consommation, éviter le spectacle de la fenêtre, replanter le décor. Alex et Denis iront jusqu'à remonter les anciennes bandes des actualités télévisées pour les lui projeter dans sa chambre d'hôpital, afin qu'elle puisse contempler de son lit le triomphe du socialisme.

On le voit, ce film digne d'admiration est riche de sens multiples. Nous sommes là dans le cadre des ouvres majeures qui embrassent la vie dans toutes ses dimensions. C'est d'abord un magnifique drame humain qui voit deux générations s'opposer avant que ne survienne la réconciliation dans l'épreuve, surmontée par la piété filiale.
C'est ensuite un authentique film politique aux vertus documentaires évidentes qui apprendra aux plus jeunes le détail de ce que furent ces journées qui ont maintenant treize ans, ce dans un sens constant de l'équilibre. On trouve là une touchante nostalgie de la douceur de vivre dans une société où celui qui ne la remettait pas en cause pouvait compter sur l'attention bienveillante d'un système qui croyait sincèrement ouvrer pour l'avènement d'un monde plus juste et fraternel et, dans le même temps, rien n'est dissimulé de la rigidité idéologique comme des multiples autres causes qui firent que la RDA alla à sa perte.
C'est enfin un incroyable film d'un auteur qui ne cesse de se demander ce qu'est le cinéma et qui répond, à la suite d'Alex recréant ses actualités télévisées, que faire du cinéma, c'est mettre en scène, inventer, raconter des histoires, manipuler, mentir, produire du sens. Comme face aux plus grands films de Fritz Lang, le spectateur peut se laisser aller au spectacle de la manipulation et de la gamme des émotions qu'elle suscite (on rit et on pleure à la fois), tout en étant simultanément rappelé à l'ordre sur la nature intrinsèque de cette manipulation.

Pour parvenir à ses fins, Wolfgang Becker, né à l'Ouest en 1954 et qui signe là son troisième long métrage, s'est livré à un travail de reconstitution maniaque où pas un détail ne fait tache, des âcres cigarettes Kabinet aux pots de cornichons géants.
Si la plupart de ses collaborateurs sont aussi de l'Ouest, on n'oubliera pas pour autant que Katrin Sass fut une grande comédienne est-allemande chez Roland Gräf ou Siegfried Kühn. Tout, de la photo (Martin Kukula) à la musique (Yann Tiersen), est inspiré, la société de production du film (X Filme) étant par ailleurs à l'origine de Cours, Lola, cours et de ce que le nouveau cinéma allemand a donné de plus dynamique ces dernières années. Oui, on adore Good Bye Lenin !.


Jean Roy (l'Humanité du 10/09/2003).


Retour vers le haut

Cinéma-Accueil-Culture







NOMBRE DE VISITEURS ACTUELLEMENT
EN VISITE CE JOUR SUR CE SITE


Ajouter cette radio à votre blog