PCF/EVRY le journal du cinéma
LE JOURNAL DU CINEMA (2)
 









Le jour d'après




L'auberge espagnole




J'ai épousé un cadavre






 
Sortie cinéma
Le premier long métrage de Fabienne Godet s'attaque de front, par le biais de la fiction, aux violences subies dans l'entreprise. Rencontre avec une cinéaste qui sait de quoi elle parle.
Sauf le respect que je vous dois, de Fabienne Godet, avec Olivier Gourmet, Dominique Blanc, Marion Cotillard, Julie Depardieu, France. 1 h 30.
Sauf le respect que je vous dois

A 40 ans, François a tout pour être heureux, une famille, un travail confortable, des amis, une femme (Dominique Blanc) et un fils charmants,...
Mais un tragique évènement au sein de son entreprise va remettre en question les principes qui régissaient sa vie. François saura-t-il se réveiller et refuser ce qu'il juge maintenant intolérable ?


" Sauf le respect que je vous dois " est l'une de ces expressions qui augurent mal de la proposition suivante.
On peut s'attendre au pire et, dans le film de Fabienne Godet qui porte ce titre, il advient. François (Olivier Gourmet, en grande forme) exerce ses fonctions de cadre dans une entreprise d'imprimerie qui lui bouffe l'existence.
Passif et taiseux, il a depuis longtemps sans doute effacé les frontières qui délimitent le temps de travail et le reste du temps. À en oublier ses propres contours.

Le bon sens auquel sa femme, la clémente Clémence (Dominique Blanc), ne manque pas de le rappeler pèse peu sous les pressions que François encaisse.
Il faudra que son collègue et ami Simon, licencié pour cause de grande gueule par le biais d'une manipulation bas de gamme, se donne la mort derrière la vitre d'un bureau pour que François déraille de la voie qu'il suivait en souffrant à bas bruit.

Le silence qui, dans l'entreprise, va gommer le geste tragique de Simon la grande gueule transperce François. Son réveil est brutal. François n'a plus de repères. La violence de sa réaction sera à la mesure des pertes.
Il va accidentellement tuer son patron (Jean-Marie Winling, odieux au millimètre près), dont il avait pris la voiture en chasse. Victime collatérale, le chauffeur périra aussi. Le film commence par les quelques instants de cette confusion furieuse.
François se met alors en cavale de tout ce qui faisait sa vie. À ce tournant, il rencontre Lisa (Marion Cotillard), une jeune auto-stoppeuse qui, entre condamnations policières et morales, s'obstine à exister dans la marge. François, sorti de sa surdité à ce qui l'agite, peut enfin entendre une voix libre s'élever.

Lisa la voleuse l'aidera sans marchandages, vieille habitante des terres d'abandon social où François se trouve précipité. La traque policière est l'une des pistes que le film va poursuivre, tramée des temps significatifs de la vie professionnelle et privée de François.

La prévisible punition que ses actes appellent lui apparaîtra plus acceptables que ses maux passés.
C'est au silence mortifère qu'il s'acharnera à échapper en confiant tous les éléments du drame à Flora (Julie Depardieu), journaliste, qui les fera sortir de l'ombre. Fabienne Godet à la sensibilité particulière sait détourner son objectif d'un visage en pleurs vers la pudeur d'un dos, ravivant ainsi l'émotion.
D. W. L'Humanité




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