Je hais l'oppression d'une haine profonde,
Aussi, lorsque j'entends, dans quelque coin du monde,
Sous un ciel inclément, sous un roi meurtrier,
Un peuple qu'on égorge appeler et crier,
Alors, oh ! je maudis, dans la cour, dans leur antre
Ces rois dont les chevaux ont du sang jusqu'au ventre ;
Je sens que le poète est leur juge, je sens
Que la muse indignée, avec ses poings puissants
Peut, comme au pilori, les lier sur leur trône
Et leur faire un carcan de leur lâche couronne,
Et renvoyer ces rois qu'aon aurait pu bénir,
Marqués au front d'un vers que lira l'avenir !
Oh! la Muse se doit aux peuples sans défense.
J'oublie alors l'amour, la famille, l'enfance
Et les molles chansons et les loisirs sereins
Et j'ajoute à ma lyre une corde d'airain.
Feuilles d'automne (1831)
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