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Victor HUGO

VICTOR HUGO

Victor Hugo ce célèbre inconnu...
Retrouvez aussi : le site web du bi-centenaire-les misérables-Liberté-Hugo et son époque
Je hais l'oppression d'une haine profonde
2002 : le bicentenaire du plus populaire et du plus complexe
des écrivains français.
Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte,
Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte
...
Cet enfant que la vie effaçait de son livre,
Et qui n'avait pas même un lendemain à vivre
C'est moi-

Hugo, ce célèbre inconnu, présent à l'esprit de chacun, en une familiarité qui a commencé dès l'école primaire. Mais presque toujours ensuite figé, mythifié, réduit à quelques éternelles postures : le jeune chef du romantisme, le personnage officiel de la monarchie de Juillet et de la Iie République, l'exilé de Guernesey, le père des Misérables, l'écrivain national accompagné par la foule vers sa dernière demeure, en 1885. Chacun chez lui en effet s'y retrouve, par-delà les goûts littéraires et les penchants politiques. Autour de lui se manifeste une unanimité qui dépasse de très loin la simple conjonction d'admirations hétéroclites. En ce sens, Hugo appartient à la nation.
Son ouvre en a restitué l'histoire, depuis le Moyen ¶ge jusqu'aux temps modernes. Sa vie en a épousé les convulsions, depuis l'épopée impériale jusqu'à la Commune et la naissance de la IIIe République. Car il y a ensemble chez lui du bonapartiste et du louis-philippard, du monarchiste et du républicain, du conservateur et du révolutionnaire. Mais inextricablement mêlés, même si l'on peut voir s'opérer des évolutions, se dessiner un mouvement général. C'est que le cheminement de l'ouvre à la fois épouse et dépasse de très loin le parcours humain.

Ainsi ses Odes, publiées en 1822 - il a tout juste vingt ans -, l'inscrivent comme un monarchiste déclaré, dans le voisinage de Chateaubriand. Mais dès 1819, Hugo avait écrit un bref récit, qui ne serait publié qu'en 1826, Bug-Jargal. Son sujet ? La révolte des Noirs à Saint-Domingue en 1791. Non pas d'un point de vue sentimental ou humaniste, mais en termes d'opposition de classes.
Entre les deux, l'année précédente, le jeune écrivain avait fait paraître l'Ode des deux îles, la Corse et Sainte-Hélène : le chaînon en quelque sorte fondateur, qui vient donner à sa vision historique d'apparence contradictoire sa véritable profondeur. Autour de la figure de Bonaparte s'organise en effet la double rencontre du pouvoir et du peuple, du peuple et de l'universalité.
La grande question qui traverse l'ouvre hugolienne se trouve d'emblée posée. L'homme pourra certes adopter ensuite différentes postures politiques, sembler voguer au gré des vents successifs, pour en fin de compte donner le sentiment de s'être arraché aux limbes du monarchisme et d'avoir accédé aux lumières révolutionnaires, en une manière de lente élévation, elle-même en opportune conformité avec une conception linéaire et édifiante de l'Histoire, il reste cet acte liminaire, dont la suite de l'ouvre apparaîtra comme un incessant approfondissement.

Avec d'abord Cromwell, en 1827, drame en vers en cinq actes à la composition complexe et proliférante, qui pose entre autres la question du pouvoir et de l'art, de l'argent et de la destinée. Sa résolution, jugée pour l'heure impossible, est présentée comme liée à l'accession du peuple à sa propre souveraineté. La problématique, laissée en suspens par Bonaparte devenu Napoléon, ne cesse de sinuer dans la profondeur du texte et d'en fournir l'éclairage caché.
Dans sa monumentale Préface, une ouvre au bord de l'ouvre, Hugo désigne le drame comme le genre le plus apte à saisir l'Histoire en tant que résultante de contradictions. La légitimité royaliste s'y trouve ainsi mise en question de la même façon que la prétention à l'omnipotence d'une bourgeoisie en train de préparer 1830.
Sa réflexion rejoint alors très exactement celle de Chateaubriand, qui vient elle-même de radicalement s'infléchir. Cette préface pour la première fois théorise, notamment à travers l'analyse du lien qui unit le grotesque et le sublime, la relation de nécessité entre le genre dramatique et l'Histoire.

Après avoir livré dans l'Ode à la colonne, parue la même année, une manière d'autoportrait qui confirme l'avancée de sa réflexion, il rédige, en 1828, le Dernier Jour d'un condamné, autre jalon fondamental de son itinéraire. Il y explore en effet ce qui se situe hors de la norme : la prison, les forçats et leurs rêves, mais aussi, nouveauté considérable dans le roman, l'argot jusqu'alors considéré comme une déviance de la langue. On voit bien ce qui commence ici de s'enclencher pour aboutir, une trentaine d'années plus tard, aux Misérables. C'est précisément de cette époque qu'Hugo date ce qu'il désignera par la suite comme son " socialisme ". La légende hugolienne et sa dimension populaire se sont à ce moment véritablement mises en marche.

Ce déplacement des angles de vue traditionnels, il faut un art nouveau, accordé à l'esprit de la démarche. On n'a encore que trop tendance à réduire la fameuse bataille d'" Hernani ", en février 1830, à l'affrontement de deux claques dans un théâtre, la sempiternelle querelle des Anciens et des Modernes. Or non seulement Hugo dans sa pièce revient, par l'intermédiaire de Charlemagne, sur le rêve d'un empire éclairé et pacificateur, prouvant à quel point la figure de Napoléon est chez lui centrale, mais il y revendique une pratique littéraire affranchie des contraintes et des conventions, touchant bien au-delà de l'espace forcément limité de la scène.
Il faut sortir du théâtre, élargir le public à la dimension du peuple. L'art dramatique devient un moment du mouvement d'émancipation.

En même temps que se développe cette vision, Hugo traverse une grave crise personnelle, dont témoigne sa poésie. Les Feuilles d'automne (1831), nourries à l'autobiographie, s'ouvrent sur le vers célèbre " Ce siècle avait deux ans ". En attendant, lâché par sa femme Adèle, qui vient d'accoucher d'un cinquième enfant, et par ses éditeurs, qu'il met en difficulté, en butte aux attaques de droite et de gauche, il doit de toute urgence faire face. Pour cela, il n'a qu'une solution : écrire.
Notre-Dame de Paris paraît quelques mois plus tard. Le roman médiéval à la façon de Walter Scott prévu à l'origine, avant la révolution de 1830 et la crise intime, devient le récit du passage à la Renaissance, le sourd et difforme Quasimodo, qui émeut la belle Esmeralda, figure un peuple encore informe, pour l'heure voué à la cour des Miracles, mais appelé à bientôt se transfigurer. La digression, elle-même liée à la pluralité des histoires dans une plus vaste histoire, s'affiche comme le moteur du texte.

Poésie, théâtre, essai, roman : l'activité d'Hugo se déploie alors sur tous les fronts. En poésie, les Chants du crépuscule (1835), les Rayons et les Ombres (1840). Au théâtre, Lucrèce Borgia (1832), Marie Tudor (1833), Ruy Blas (1838), les Burgraves (1843). Un bilan personnel, Littérature et philosophie mêlées (1834). Un récit de voyage traversé par l'actualité politique, le Rhin (1842). Tandis que se rassemblent les éléments pour un nouveau roman qui devrait s'intituler les Misères. Mais la contradiction est toujours à l'ouvre. Pendant cette époque, Hugo semble redevenir un homme d'ordre. En 1841, il entre à l'Académie française, en 1845 à la Chambre des pairs. Il cesse de publier, mais consigne des " choses vues ".

Député du parti de l'ordre, il s'élève contre son camp et fustige la répression des journées de juin 1848. Après le coup d'Etat du 2 décembre 1851, il s'exile à Bruxelles et rédige son pamphlet Napoléon le Petit, en 1852, suivi des Châtiments, en 1853. Il y dénonce la droite catholique, en appelle au peuple.
Le poète pour lui remplit une fonction de prophète visionnaire, qui englobe le champ politique. Mais, en 1856, les Contemplations, autour de la mort de sa fille Léopoldine, montrent qu'Hugo n'abandonne pas pour autant la sphère de l'intime.
En 1859 commence la Légende des siècles, vaste ensemble refaisant l'histoire de l'humanité. L'année suivante, pour la première fois depuis trente ans, il se remet à un roman. Il s'agira d'une " épopée sociale de la misère ", cette fille du pouvoir bourgeois, lui-même installé sur les ruines de l'empire napoléonien. D'où l'importance, dans ce livre qui s'intitulera finalement les Misérables, du personnage de Thénardier, qui par sa seule présence d'ancien grognard vient donner son sens au parcours humain et social de Jean Valjean.
Le rêve d'émancipation humaine ne peut reprendre et se continuer que contre la bourgeoisie. Le livre suscite immédiatement un écho gigantesque. Il propulse Hugo au rang de " poète des peuples et du progrès ". Pendant la Commune, pour laquelle il marque sa défiance, il se trouve à Bruxelles. Mais il s'offre à recueillir les proscrits. Toujours le signe de la contradiction.

Viendront encore les Travailleurs de la mer (1866), L'Homme qui rit (1869) et Quatre-Vingt-Treize (1874), son dernier roman. En 1878, une congestion cérébrale interrompt le flot. La légende s'est déjà mise en marche, dont témoigneront les grandioses funérailles en 1885. · partir de là, chacun sera tenté de reconnaître son propre Victor Hugo, dans le créateur aux facettes multiples, mais indivisibles.


Jean-Claude Lebrun
L'Humanité


Voir également Biographie de Victor HUGO avec le site web "Je suis mort".




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