Holy Lola
HOLY LOLA

de Bernard Tavernier (2004) avec Jacques Gamblin et Isabelle Carré, ...
COMEDIE DERAMATIQUE. - 2004 - 2H08

HOLY LOLA, c'est le récit d'un désir d'enfant qui entraîne un jeune couple, Pierre et Géraldine, au coeur d'un voyage initiatique au bout du monde, dans un pays martyrisé par l'Histoire : le Cambodge.
Pour eux commence une aventure éprouvante et formidable : ronde des orphelinats, confrontation avec les autorités françaises et cambodgiennes, menaces de trafics. Sans oublier la méfiance et la jalousie, mais aussi l'entraide de la petite communauté des adoptants réunie par le hasard.
A travers cette quête, le couple fait face à ses peurs, ses égoïsmes. Il se déchire, se rapproche et en sort à jamais transformé.

Portrait de groupes avec drames
de Bertrand Tavernier. France. 128 minutes.

Cela commence en France, dans le doux vallonnement de paysages ruraux saisis à travers la fenêtre d’un pavillon cossu, envolées paisibles qui fleurent bon une nature riche domestiquée depuis toujours. Dans la pièce, un message sur le répondeur d’un médecin nous annonce qu’il est parti jusqu’à la Noël, pour longtemps donc, car dehors, l’herbe est encore bien verte.
Cela se poursuit par les chamailleries d’un couple empêtré dans ses bagages à la sortie d’un aéroport oriental alors que la mousson s’entête. D’abord, on ne sait pas où nous arrivons ni qui sont cet homme et cette femme, comme si l’auteur voulait nous faire partager plus intimement les tracas de ceux qui s’aventurent visiblement pour la première fois aussi loin, moustiques, décalage horaire, adresse de l’hôtel égarée, taxi qui prend sa marge.

Goût du scénario charpenté et Ancrage dans le réel
Au dîner, tout s’éclaire, alors que le couple partage mets et conversation avec d’autres semblables dans la modeste pension qui les rassemble. Nous sommes à Phnom Penh, et c’est là que, comme les autres, Pierre et Géraldine ont choisi de se poser dans ld’y adopter un enfant. Jacques Gamblin et Isabelle Carré, pas glamour pour un sou, prêtent humblement leurs traits ordinaires à ces gens qui le sont tout autant que leurs prénoms. Un peu godiches, braves comme on dit avec condescendance, ils en sont à se demander l’heure qu’il peut être à Aurillac.
Ainsi débute un film dense, qui prend vite soin de ne laisser aucune marge à l’incertitude, dans un refus de l’ellipse et des zones d’ombre qui va à l’encontre de tout un pan du cinéma moderne. Mais cela, Bertrand Tavernier (lire notre entretien en page 12) n’en a cure, qui appartient au demeurant à cette génération passée au long métrage au milieu des années soixante-dix en retrouvant tout ce que la nouvelle vague avait délaissé, le goût des scénarios charpentés, un fort ancrage dans le réel, la suprématie du sujet sur le mythe ou la référence, le refus du parisianisme comme du nombrilisme. Ce n’est pas pour autant que ces personnages qu’on pourrait facilement prendre pour des ploucs vus du bar du Fouquet’s conduisent à un film de plouc.

Un regard sensible qui polit ses personnages
Nous voici aussitôt immergés dans une réalité qui est désormais la leur et qui va transformer leur déplacement en un voyage initiatique. Un bien grand mot au demeurant car l’initiation ici se résume à la découverte rugueuse d’une matérialité quotidienne bien concrète.
Cela va des petites choses comme l’achat de cigarettes Alain Delon qu’on trouve en effet dans cette partie du monde (« Et vous êtes sûr que c’est du tabac ? »), jusqu’à des réalités plus douloureuses, les enfants confiés à des Américains capables d’aligner des pots-de-vin sans commune mesure avec le budget prévu par nos compères, ou le député servi en premier car il connaît le ministre alors que la France entretient des relations chaleureuses avec le Cambodge. Comme ne tarde pas à le remarquer Pierre : « Il y a ici trois sortes de gens, ceux qui ont des millions de dollars, ceux qui passent avant tout le monde et nous. »

Cinéaste de la famille, Bertrand Tavernier l’a toujours été. Comme John Ford auquel on ne le relie pas autant qu’on le devrait, au moins au niveau thématique, sa vision de la tribu est essentiellement professionnelle : armée (Capitaine Conan), flics (L, 627), instituteurs (Ça commence aujourd’hui), cinéma (Laissez-passer), pour ne piocher que parmi les titres récents. Ici, sa vision de la communauté est triple. C’est d’abord l’approche d’un couple à la recherche d’un enfant en territoire inconnu (osera-t-on une comparaison fordienne avec la Prisonnière du désert ? on en est loin quand même), regard sensible qui polit ses personnages entre espoir et découragement, entre engueulades et réconciliations. C’est ensuite un portrait de groupe, celui de Français partageant habitudes et tuyaux dans la course d’obstacles à laquelle ils sont soumis, constellé de notations touchantes, tel cet homme (Bruno Putzulu) qui va devoir abandonner si la chose ne se fait pas bientôt, car ses vacances s’achèvent et son patron ne l’attendra pas plus longtemps, ou ces couples angoissés à l’idée que le bébé envisagé puisse être porteur du sida ou de tares.

C’est enfin la fresque d’un pays en proie à la pauvreté avec tous les risques de concussion qu’elle implique, le moindre n’étant pas le trafic d’enfants volés alors que 80 % d’entre eux ne sont même pas déclarés à l’état civil le formulaire étant payant ; d’un pays aux prises avec une bureaucratie tentaculaire, qui ne connaît jamais assez de tampons sur autant de formulaires, et qui souffre toujours des mines abandonnées par les Khmers rouges dans des champs que l’on cultive quand même car il faut bien se nourrir.

c’est au coeur qu’on s’adresse mais sans chantage
Au passage, le rôle des institutions est également passé au crible, qu’il s’agisse de l’ambassade de France ou de la MAI, la Mission de l’adoption internationale.
Rien n’est ignoré, du sous-emploi des élites, comme ce chauffeur de taxi diplômé de commerce multilingue, à la scolarisation des enfants, voeux pieux quand il faut travailler jour et nuit dès le plus jeune âge pour survivre. À l’arrivée, c’est un véritable guide de l’adoption qui nous a été proposé, serti de questions aussi fortes que de savoir si l’enfant est une marchandise comme les autres et leur adoption un commerce équitable.
Face à une telle volonté d’exhaustivité, les ronchons ne manqueront pas de voir là une introduction à des Dossiers de l’écran davantage qu’une oeuvre de l’esprit : on pourra au moins leur répondre que tout procède ici de la démonstration et jamais du chantage aux sentiments. Pourtant, c’est bien au coeur que s’adresse, comme toujours, Bertrand Tavernier, dans un élan de générosité évident qui vise davantage à comprendre ses semblables qu’à les juger. Par ailleurs, penser qu’il est si simple de relier tant de rôles, de lieux, de faits et d’éléments d’intrigue serait ne rien connaître du cinéma.

Jean Roy (l'Humanité du 24/11/2004).


L’ADOPTION INTERNATIONALE
935 enfants de pays étrangers adoptés en 1980, 2415 en 1992, 3995 en 2003, ces chiffres témoignent d’une progression sensible du succès rencontré par ces demandes.
65,03 % de ces adoptions sont effectués individuellement en 2003, 34,97 % avec le concours d’associations dont les principales sont : Médecins du Monde, Rayon de soleil, de l’enfant étranger, (les) Amis des enfants du monde et (les) Enfants de reine de mésericorde.
En 2003, 31 % des enfants adoptés venaient d’Amérique, 24 % d’Afrique, 23 % d’Europe et 22 % d’Asie.
542 des ces enfants sont originaires d’Haiti, 360 de la Chine, 333 de la Russie, 325 de Madagascar, 276 de Colombie, 247 du Guatemala, 234 du Viet-Nam, 230 de Bulgarie, 217 d’Ethiopie.
Avec 60 adoptions, le Gambodge se situe en 14 ème position. En 2004 les procédures d’adoptions sont gélées dans ce pays en tenant compte de la situation politique de ce pays.
Sources, ministère des affaires értangères

LE GAMBODGE

Après le génocide perpétré par les Khmers rouges dans les années 1970, le Cambodge comporte encore de nombreuses zones d'insécurité, semées de mines antipersonnel. Il retrouve cependant une relative stabilité politique et, grâce à l'aide internationale, une part de sa prospérité passée.
État de l'Asie du Sud-Est , ouvert au sud-ouest sur le golfe de Siam et bordéà l'est et au nord-est par le Viêt Nam , au nord par le Laos et à l'est par la Thaïlande .
Le peuple cambodgien, composé de groupes humains appartenant à la famille ethnolinguistique Môn-Khmer , a conservé les traits fondamentaux de sa civilisation d'origine, enrichie d'apports indiens.
Il est resté très homogène dans sa culture (habillement, habitat, langue, outils et techniques, organisation familiale, religion, etc.), malgré la présence de minorités nationales actives (Khmers des hautes terres et Chams musulmans, mais aussi Laotiens, Vietnamiens et surtout Chinois) et en dépit d'une histoire mouvementée.
Ce peuple essentiellement paysan (74% de la population en 1998), est très attaché aux valeurs de la vie familiale.
Totalement déstructurée par les années de guerre, l'indutrie se tourne vers le marché intérieur (traitement du riz notamment). Le commerce amorce cependant une reprise, à la faveur de l'importation de biens de consommation courante et de produits de contrebande.
Les élections de juillet 1998 obligent le PPC de Hun Sen (41 % des voix, 64 sièges) et le FUNCINPEC de Ranaridah (32 % des voix, 43 sièges) à former une coalition. Tandis que Hun Sen amorce un rapprochement avec la Chine en signant en février 1999 une série d'accords économiques.

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