mensonge à la UNE - le prix du gaz
DE L'EAU
DANS LE GAZ
Par Daniel Schneidermann
Publié le jeudi 27 décembre 2007

Hausse du gaz: l'art de présenter les choses
Vous êtes peut-être comme moi: vous avez peut-être été cueilli, au réveil, par la désagréable nouvelle de la prochaine hausse du prix du gaz.
Hausse non négligeable: 3,5 %. Ou peut-être bien 4%, ou même 4,2%. On n'a pas parfaitement compris. Mais on ne va pas s'arrêter à ces peccadilles. On le verra bien sur les factures.
Peccadilles, car aussitôt, vous avez été rasseréné par la seconde partie de la phrase, dans la bouche des speakers unanimes du matin: "on est loin de la hausse de 6% qui était demandée par Gaz de France".
Là, votre journée a été sauvée.
Rendez-vous compte: on a échappé à 6% !
Merci le gouvernement, tout de même.

Cette information ainsi construite, c'est ce qu'on appelle: une certaine présentation des choses. Elle n'est pas fausse, notez bien.
Il est sans doute exact que Gaz de France avait réclamé une augmentation de 6% des tarifs.
Et si les speakers unanimes du matin adoptent cette présentation, c'est parce qu'ils y sont incités par les agences de presse qui, dans la nuit, ont livré la même présentation.
Mais "une certaine présentation des choses", ça suppose qu'il pourrait y en avoir une autre, qui serait tout aussi exacte.
Par exemple, les speakers unanimes du matin auraient pu rappeler, en regard de la prochaine augmentation, la hausse des bénéfices de Gaz de France ces dernières années. Ils sont passés de 1,15 milliards d'euros en 2004 à 1,75 milliards en 2005, puis à 2,6 milliards en 2006. Au premier semestre 2007, Gaz de France avait déjà réalisé un bénéfice de 1,51 milliards d'euros (en baisse sur 2006, il est vrai).

Ils auraient aussi pu rappeler que le PDG de Gaz de France, Jean-François Cirelli, a obtenu pour la première fois, en mai dernier, de Thierry Breton, alors ministre des finances, une prime sur résultats, (plafonnée à 40% de son salaire fixe).
Ils auraient encore pu rappeler que la CGT dénonce l'augmentation des tarifs de 33% depuis 2004, alors que dans le même temps les bénéfices de GDF doublaient, et que les dividendes étaient multipliés par 2,5.
Tous ces rappels, on ne peut en prendre connaissance que dans un certain nombre de blogs vigilants, comme le très vigilant Plume de presse.

Mais les vigilants sont rares. Et pas seulement en période de fêtes de fin d'année. Par exemple, une recherche "Cirelli prime" sur Google Actus, ne donne qu'un seul résultat dans les médias traditionnels: le site du mensuel Capital.
Mis à part les lecteurs (certes présumés fort nombreux) du site de Capital, personne ne sait qu'un des éléments qui ont conduit Jean-François Cirelli à demander une hausse de 6% des tarifs du gaz, c'est que sa prime personnelle annuelle en dépend.
La même recherche "Cirelli prime" dans les archives du Monde, par exemple, ne donne aucun résultat.

Je ne dis pas que ces rappels eûssent constitué une présentation plus juste: dire celà serait prendre parti, dans le débat sur l'opportunité de privatiser l'énergie, débat qui dépasse de beaucoup les compétences d'un modeste site consacré aux médias, comme celui-ci.
Je dis simplement que les speakers unanimes du matin, et tous ceux qui vont les suivre dans la journée, sans en avoir l'air, prennent parti, eux aussi.


Le gaz 4 % plus cher au 1er janvier

Énergie . Cette hausse de l’année 2008 augure mal de l’évolution du pouvoir d’achat dans les mois prochains.
L’addition s’annonce salée pour les ménages, même si la hausse des tarifs du gaz, pour 2008, sera moindre que celle demandée par GDF. Hier, le ministère de l’Économie a annoncé une augmentation de 4 % au 1er janvier alors que le gazier réclamait 6,1 %. « En matière de pouvoir d’achat, la politique de Nicolas Sarkozy, c’est : payer plus », a réagi le premier secrétaire du PS, François Hollande. Cette hausse de la facture énergétique, première de l’année 2008, intervient après celle des produits alimentaires de base, les transports (SNCF et RATP), les loyers ou encore les dépenses de santé. Le gouvernement tente donc de temporiser en expliquant qu’il a volontairement « limité » l’augmentation à « l’évolution des coûts d’approvisionnement de Gaz de France au cours des six derniers mois », ont indiqué, dans un communiqué commun, les ministères de l’Économie et de l’Écologie. GDF importe l’essentiel de son gaz. Les prix sont indexés sur ceux des produits pétroliers. Le baril de brut a augmenté tout au long de l’année 2007 et frôle aujourd’hui les 100 dollars le baril.

Chiffre d’affaires en progrès
« Pour un foyer moyen, l’augmentation de la facture de gaz induite ne sera que de l’ordre de 3 euros TTC par mois », minimise les ministres. Depuis quelques jours, Christine Lagarde rodait l’argumentation gouvernementale en expliquant que la dernière augmentation des tarifs régulés (fixés par l’État) remontait à mai 2006.
De son côté, Gaz de France avait chiffré à quelque 950 millions d’euros le manque à gagner dû à ce gel des tarifs. Pourtant, en mars 2007, le groupe annonçait un chiffre d’affaires de 27,6 milliards d’euros, en progression de 21 %, et un résultat net en augmentation de 29 %. L’association Que choisir rappelait, hier matin, qu’entre « novembre 2004 et mai 2006 l’augmentation cumulée des prix du gaz pour les particuliers a atteint 35 % alors que, sur la même période, le chiffre d’affaires du groupe augmentait de près de 58 % et le résultat net de près de 70 % ».

Réduire l’écart avec Suez
Le 18 décembre dernier, GDF a lancé un programme de rachat d’actions d’environ 1 milliard de dollars pour tenter de « réduire l’écart » de valeur boursière avec Suez dans le cadre de la fusion prévue des deux groupes. GDF réclamait une augmentation des tarifs de 6 % aussi (et peut-être surtout) pour tenter de maintenir l’écart entre les titres des deux groupes à moins de 5 euros par action comme ils l’étaient au moment de l’annonce de la fusion, en septembre. Il s’est depuis creusé à près de 7 euros.
Les syndicats de GDF avaient immédiatement mis cette décision en relation avec l’augmentation prévisible des tarifs, parlant de « scandale financier » et expliquant que, si GDF possède 1 milliard d’euros de réserve pour racheter ses actions, il n’a pas besoin de demander une augmentation des tarifs.
Paule Masson





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