PCF/EVRY le journal du cinéma
LE JOURNAL DU CINEMA (2)
 








Le jour d'après




L'auberge espagnole




J'ai épousé un cadavre






 
Cinéma
Adaptation convaincante du best-seller de Le Carré, par le brésilien Fernando Meirelles.
La double constance d'un jardinier anglais
de Fernando Meirelles, États-Unis, Grande-Bretagne, avec Ralph Fiennes, Rachel Weisz, Pete Postlethwaite (2h08).
The Constant gardener

The Constant Gardener s'ouvre sur le plan fixe d'un tarmac d'aérodrome où un couple, filmé en plan rapproché, à contre-jour, s'embrasse et se dit au revoir.
Après un changement presque imperceptible de plan, l'image passe de l'ombre à la lumière, la jeune femme se dirige, radieuse, vers un avion aux côtés de son compagnon de voyage, tandis que l'homme, resté dans l'ombre, de dos, immobile, les mains dans les poches, la regarde s'éloigner et disparaître comme un mirage, surexposée puis absorbée par l'écran devenu blanc comme un linceul. Suit, sans transition, une série de plans courts, fixes et aux cadrages étranges, d'une voiture accidentée sur une piste, au bord d'un lac que survole majestueusement une nuée d'oiseaux de passage... alors qu'une voiture de militaires africains, armés jusqu'aux dents, investit ce lieu de rêve et de mort. Fondu au noir.
En quelques secondes, Fernando Meirelles installe les enjeux de son film : un couple que tout oppose - lui en retrait et immobile, elle lumineuse et engagée ; l'Afrique, continent de contrastes où l'ombre côtoie la lumière, le chaos la splendeur ; et, enfin, la tragédie.

Dans la scène suivante, l'homme, Justin Quayle (magnifiquement interprété par Ralph Fiennes), discret fonctionnaire au haut-commissariat britannique installé à Nairobi, plus enclin à cultiver son jardin qu'à s'intéresser aux malheurs du monde, apprend que sa jeune épouse, Tessa (Rachel Weisz), qu'il a quittée à l'aérodrome, d'où elle partait pour une mission humanitaire dans une région reculée du Kenya, a été violée et assassinée.
Le médecin local, qui accompagnait la jeune femme, a fui et tout porte à croire que les deux collègues avaient une liaison et que le crime était passionnel.
C'est autour de cette mort mystérieuse et de l'enquête cruelle qu'est obligé d'entreprendre " le fidèle jardinier " pour réhabiliter la mémoire de sa femme et poursuivre l'oeuvre qu'elle a laissé inachevée que le film se construit.

Le scénario tisse avec une grande habileté les fils d'une double enquête : celle du thriller politique, qui conduit le héros à découvrir que la disparue avait mis au jour la conspiration meurtrière d'une puissante multinationale pharmaceutique qui utilise les Africains les plus pauvres comme cobayes pour tester des médicaments non encore homologués ; et celle, plus introspective, en flash-back, qui amène un homme à recomposer le puzzle de son histoire d'amour, sur les traces d'une femme qu'il croyait connaître et aimer vivante et dont il va tomber encore plus passionnément amoureux morte.

Au-delà du scénario, si The Constant Gardener est un film réussi, c'est parce Fernando Meirelles a su faire du doute le moteur de son récit et capter par sa mise en scène inquiète et intense à la fois la bouleversante odyssée intérieure de son personnage et la flamboyante vitalité d'une Afrique meurtrie qu'il filme, caméra à l'épaule, avec empathie, mais sans compassion.
José Moure, l'Humanité


POINT DE VUE
Déranger les puissants
Cécile Bizot, étudiante, Paris, jeune correspondante de l'Humanité

The Constant Gardener, un film engagé, dont on parle trop peu et qui est sorti il n'y a pourtant que quelques - semaines.
L'histoire d'une femme qui se bat pour la vérité sur les expérimentations de médicaments sur la population africaine, l'histoire d'une femme tuée parce qu'elle a cherché à dénoncer le nombre de morts, victimes de ces tests, l'histoire de son mari qui a cherché à comprendre et qui s'est finalement engagé dans la même voie qu'elle, même si cela lui a coûté la vie.
Un film qui finit mal, comme pour dire que les puissants ne permettent pas qu'on s'immisce dans leurs affaires. Et pourtant, en sortant de la salle, c'est tout ce qu'on a envie de faire, les déranger dans leur quête immonde de l'argent au prix de milliers de vies.
Il faut voir ce film, il faut que le plus de gens possible le voient, car même s'il n'est pas la vérité, il laisse entendre ce qu'elle peut être, tout simplement inacceptable...



[menu précédent]