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Libre expression Georges SEGUY -Jean Claude GAYSSOT-Le FN et l'économie

Le 21 Avril 2002, jour du 1er tour des Présidentielles, restera une date "noire" de la vie politique en France. Le Front National devient le 2 ème Parti et son candidat restera présent au 2 ème tour. Le PCF s'écroule. Pourquoi ?
Dans l'Humanité du 22 au 28 Avril, une série d'articles et de témoignages tentent d'éclairer ces événements. Ils sont d'une qualité remarquable. Extraits...

PLUS JAMAIS ÇA !
Georges Séguy nous a par ailleurs transmis ce texte adressé à la presse régionale à l'occasion de la commémoration de la journée de la Déportation et signé comme déporté, résistant et officier de la Légion d'honneur.

En 1933, un tiers du peuple allemand vota pour un homme qui vilipendait les partis politiques, clamait " l'Allemagne aux Allemands ", désignait non pas les Arabes mais les Juifs comme responsables de tous les maux dont souffrait le Reich, promettait d'éradiquer le chômage, de favoriser le travail, la famille, la patrie et de rétablir l'ordre. Cet homme s'appelait Hitler. Dix ans plus tard, l'Europe était écrasée sous la barbarie nazie. Par centaines de milliers, des patriotes résistants, des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards, juifs, étaient exterminés dans les chambres à gaz des camps de la mort.

Ce qui s'est passé en France le 21 avril montre à quel point la fameuse mise en garde de Bertolt Brecht : " Le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde ", reste d'actualité. Si, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, les Allemands qui votèrent pour Hitler ne pouvaient imaginer l'horreur qui allait suivre et combien ils allaient en souffrir, aujourd'hui cette terrible leçon de l'histoire est là pour nous permettre de savoir comment ça commence et comment ça finit. Voilà pourquoi un vote pour l'homme qui s'identifie à la monstrueuse idéologie nazie est inexcusable. En tant que rescapé de l'enfer du camp de Matthausen, j'ai prête le serment de consacrer ma vie à la lutte pour que plus jamais l'humanité n'ait à souffrir de cette barbarie. S'il est une circonstance où la fidélité à ce serment s'impose, c'est bien le cas aujourd'hui, en cette veille de journée du souvenir de la Déportation. C'est pourquoi en tant que membre de la présidence d'honneur de la Fédération des déportés (FNDIRP), je me félicite du fait que la jeunesse de mon pays s'engage résolument dans la Résistance au racisme, à la xénophobie, à l'intolérance, au fascisme, comme nous le fîmes au même âge, il y a plus d'un demi-siècle.






" National-liberal "...
Par Jean-Claude Gayssot (*)
J'ai vécu mercredi matin mon dernier Conseil des ministres. C'était le 238e, je crois, auquel je participais. L'ambiance était curieuse. Bien sûr, nous faisions notre métier de ministre : projets de loi, de décret et de nominations. Avec Jacques Brunhes, pour le tourisme social, nous y avons pris notre part. Mais le cour n'y était pas, n'y était plus. Ce qui s'est passé dimanche était dans nos têtes : mon parti terriblement affaibli, Le Pen grand triomphateur, la gauche humiliée. Et le candidat président qui va repasser alors que jamais un sortant n'a fait aussi mal. Tout se bousculait. Et pourtant, malgré cela, ou peut-être à cause de cela, je prendrai le bulletin Jacques Chirac dimanche 5 mai. Je le ferai avec des idées simples en tête : Le Pen doit être le plus bas possible et Chirac ne pourra pas utiliser son résultat si tous ceux qui sont contre sa politique votent pour lui afin d'écraser au maximum l'extrême droite dans les urnes. Je le ferai avec l'idée que les défis que les progressistes, que les communistes ont à relever passent par là ! Je crains par-dessus tout le danger de l'exclusion, du racisme, de l'antisémitisme et de la xénophobie. Je crains ce rejet de " l'autre ", de cette France " black-blanc-beur " où se retrouvent tant de " damnés " du travail, de la ville, de la discothèque. Nous étions des millions à avoir, au soir de la Coupe du monde de football, pleuré de bonheur, tant le résultat, la manière et les acteurs de toutes les couleurs nous enchantaient. C'était il y a longtemps, quelques années à peine !

Avec Le Pen - dont on ne dira jamais assez également combien, privilégié de la fortune, il ne rêve que de tromper les petits, les travailleurs, pour mettre en place un système national-libéral -, c'est la chasse au faciès, le refus de ce qui est différent, l'exploitation de la peur pour la transformer en haine et en violence. Le Pen, ce n'est pas seulement le déclin économique et social, c'est le déclin de ce qu'il y a de plus beau chez nous : la Révolution française, la République, les Lumières, le mouvement ouvrier. Mon choix est fait. Je me servirai du bulletin Chirac, mais je ferai tout pour battre aux législatives la politique de la droite, du MEDEF, celle de la revanche sociale que représenterait le retour des revenants de 1993 à 1997. Oui, je refuse - et de toutes mes forces - la lepénisation de la France. Oh ! je sais bien que certains prétendent qu'il s'est assagi avec l'âge, qu'il est maintenant poli et civilisé. Mais je vois le risque de fuite vers ces soubassements obscurs : l'ethnique, le sang, cette absurdité de la race, la " bête immonde "... L'antithèse de la raison.

Et en même temps j'ai envie de dire à ceux qui ont prétendu que " la gauche et la droite c'est pareil ", et qui sur leur lancée proclament que " Le Pen et Chirac, c'est bonnet blanc et blanc bonnet ", qu'ils ont pris et prennent une responsabilité historique. C'est à mes yeux une faute grave contre notre peuple. Non seulement ils rendent possible une dérive dangereuse qui s'est produite dans d'autres pays d'Europe, comme l'Autriche et l'Italie, mais ils nourrissent, même si c'est sans le vouloir, le sentiment d'impuissance à faire face. Pour ce qui me concerne, je me méfie des slogans qui arment en paroles mais désarment en actions, et je ne fais pas le choix du pire en pensant que le pire conduira au " Grand Soir ". Assez de cette mythologie simpliste et archéo ! Je choisis entre Le Pen et Chirac, en souhaitant entre eux le résultat le moins équilibré possible, parce que je sais bien que l'extrême droite peut aussi, par sa force, tirer la droite vers l'idéologie la plus brune qui soit. Demain, il n'y aura pas de candidat de gauche à la présidentielle, mais la gauche se doit d'y être présente et d'y combattre. Après-demain, aux élections législatives, le risque est grand que Le Pen ait des élus, que droite et extrême droite se retrouvent seules au second tour dans nombre de circonscriptions. Il faut faire face : s'opposer absolument à cette sombre perspective, y compris en proposant des candidatures uniques à gauche chaque fois que c'est nécessaire.

Répondre ainsi aux problèmes immédiats n'est en rien négliger les problèmes majeurs de l'avenir. Nous aurons à y revenir. Mais une chose est sûre : il faut et il faudra se battre. J'ai souvent évoqué, au cours de la campagne, ces sommets européens des ministres des Transports où je me trouvais seul, comme ministre communiste, face à quatorze autres. J'aurais pu penser que, dans un tel rapport de forces, la partie était perdue d'avance. Et pourtant je me suis battu. Des questions ont avancé. Et surtout j'ai pu vérifier que porter à ce niveau les exigences formulées à Gênes, à Porto Alegre ou à Barcelone ne pouvait que conforter l'action pour faire reculer la logique du capitalisme ou du libéralisme - qu'on l'appelle comme on voudra - et qu'il ne fallait pas baisser les bras. · cet égard, certains commentateurs se sont plu à évoquer " le grand écart " dont aurait souffert notre parti, entre protestation et construction, entre contestation sociale et participation à la majorité et au gouvernement. C'est qu'au fond ça leur va très bien, cette distance entre une gauche radicale mais inefficace et une gauche gouvernementale mais fadasse ! Et ça ne les gène pas que les adeptes du "tout ou rien" finissent toujours par le rien pour notre peuple! C'est justement à combler cet écart que doit s'employer le nouveau PC d'aujourd'hui. Parce qu'il veut la révolution comme fin et la démocratie comme moyen. Parce que partout où du pouvoir est en jeu - à l'entreprise, dans la société, dans les institutions -, il veut peser sur les décisions et faire avancer les aspirations populaires. Et parce qu'il agit en ce sens partout : dans les mairies et les collectivités, comme au Parlement et au gouvernement, quand les conditions en sont réunies et quand les communistes décident démocratiquement d'y participer, comme en 1997. Bien sûr, certains, habitués à " surfer " sur les difficultés, n'hésiteront pas à dire que la participation des ministres communistes est la cause de tous les maux. Un peu court ! En tout cas, ce serait la meilleure façon d'évacuer les analyses essentielles, les raisons profondes qui expliquent le regard que continue de porter sur nous la société française, après la disparition de l'Union soviétique et l'effondrement du " communisme " qui s'y rattachait. Bien sûr, il faut tirer les enseignements de tout ce qui s'est fait et de ce qui ne s'est pas fait, de tout ce qui s'est dit et ne s'est pas dit durant ces cinq ans de gouvernement.

Mais le choix d'être dans la majorité était un choix politique, sinon Juppé, Sarkozy, Madelin revenaient sans coup férir. C'était surtout un choix stratégique, sans illusion sur le rapport de forces, mais sans abandon du combat transformateur, partout où, si peu que ce soit, nous pouvons dire, réaliser, améliorer les choses. Nous devons donc, à mon sens, tout faire aujourd'hui pour être un parti qui, comme toujours dans son histoire, ne sombre pas dans les calculs politiciens et qui, dans le débat, le mouvement, le vote, se bat pour faire reculer les idées de Le Pen. Y compris en montrant à celles et ceux qui s'y sont laissé prendre combien ce choix est lourd de haine, de tension, de violence et donc... d'insécurité. Et nous avons pour demain à savoir regarder notre histoire en face, afin de nous transformer, sans hésiter, nous renouveler, nous appuyer sur la jeunesse, bref renouer avec la société d'aujourd'hui. Nous le devons aux humbles, aux méprisés, aux petits, aux sans-espoir, à tous ceux qui croient à la modernité de la lutte pour un monde meilleur. Et beaucoup l'attendent de nous. Nous le leur devons, nous le devons au pays.



(*) Ministre des Transports, de l'Equipement et du Logement.





L'économie selon Le Pen : ravage social programmé

L'étude du programme économique du Front national (disponible sur son site Internet) pointe bien des questions lourdes, des préoccupations persistantes aussi bien sociales, économiques que financières auxquelles la gauche plurielle n'a pas ou très mal répondu, mais il défend un libéralisme national face au libéralisme économique mondialisé dont la droite (mais pas seulement) est porteuse. Il va même jusqu'à dire que son programme est économiquement de droite, socialement de gauche et national de préférence. Sa prose concernant la défense des plus faibles et des chômeurs surfe sur un mécontentent réel des politiques économiques menées jusqu'à présent mais il propose d'y remédier de manière dangereuse, hypocrite, contradictoire démagogique.

Dangereuse, puisqu'il s'agit de monter les gens les uns contre les autres par l'instauration d'une préférence nationale. Les salariés, chômeurs et précaires seraient ainsi mis en concurrence à partir du clivage de la simple nationalité des individus. Hypocrite, car Le Pen est comme le caméléon, il se camoufle derrière des arguments changeants selon la situation. Michel Robert soulignait en 1998, dans son Petit manuel anti-FN, que le programme économique du FN préconise " la déréglementation du travail avec l'abandon du SMIC et la semaine de 45 heures payées 40, la fin de la Sécurité sociale, etc. " pour 15 ans plus tard proposer le SMIC à 7 000 francs. Ses affirmations sont aussi contradictoires. Rejetant le problème du chômage sur les immigrés, il propose de les remplacer par des Français nationaux. Mais les immigrés dont parlent Le Pen sont la plupart du temps employés pour les travaux et les salaires les plus précaires (bâtiments, ramassage des ordures...) assortis de conditions de travail de très forte pénibilité et souvent dangereuses. La contradiction est encore plus énorme quand on sait que ces emplois précaires et sous-qualifiés sont proposés ou imposés par des employeurs qui bénéficient d'allégements de charges sociales très importantes. Autrement dit Le Pen propose, sous le masque, de lutter contre le chômage en enfermant les populations dans des statuts sous-qualifiés et sous-rémunérés, et de ruiner le système de protection sociale de tous les Français. Il est impossible dans ces conditions de relancer la croissance comme il le prétend. Sa politique nationale libérale ne peut que maintenir et enfoncer la France dans une crise profonde.

De plus, dans une posture anti-européenne, il prétend être le seul véritable opposant au pacte de stabilité et au traité de Maastricht, alors même qu'une large partie de son programme économique est justement basée sur l'acceptation et la mise en ouvre des critères de Maastricht (diminution drastique des déficits publics) par la très forte réduction programmée des dépenses publiques utiles pour toutes les populations (l'Humanité du 24 avril). D'ailleurs Le Pen est tout à fait silencieux sur l'utilisation alternative d'une politique monétaire active qui pourrait être orientée en faveur de l'emploi et de la formation.
Les affirmations de Le Pen sont également démagogiques quand il dit défendre les pauvres et les exclus. En effet, la suppression de l'impôt sur le revenu qu'il préconise bénéficierait surtout aux populations les plus aisées, les exclus et les plus pauvres ne payant pas d'impôt.

Sébastien Ganet




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