lutter contre la faim
Lutter contre la faim
pour réduire la pauvreté
800 millions de raisons pour lutter contre la faim-Nord-Sud, pour des échanges équitables

La lutte contre la faim passe inéluctablement par l'élimination de la pauvreté, qui en est la manifestation la plus immédiate, estime la FAO.

"Près de 30% de la population mondiale souffrent d'une ou plusieurs formes de malnutrition. Dans le monde, 826 millions de personnes sont sous-alimentées ou exposés à une insécurité sous-alimentaire chronique ", indique un rapport de la FAO (organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture)

La faim sévit alors même que la production agricole mondiale actuelle suffirait à alimenter l'ensemble des habitants de la planète. Ce qui fait penser à Action contre la faim que la famine " est avant tout le fait d'actions humaines et politiques ". " La carte mondiale de la famine se superpose à celle des guerres. La faim est une arme, et parallèlement, les inégalités se creusent entre pays industrialisés et pays en développement, et à l'intérieur des pays riches. En enrichissant quelques-uns, la mondialisation laisse de plus en plus d'êtres humains sur le bord du chemin ", constate Action contre la faim dans son édition 2001 de la " Géopolitique de la faim ".

En Afrique subsaharienne, par exemple, deux cents millions de personnes sont victimes aujourd'hui de la famine. Un nombre multiplié par deux depuis les années soixante dix. Un enfant sur dix y meurt avant l'âge d'un an, deux sur dix périssent avant d'avoir atteint leur dixième année. " Sur les deux milliards de personnes qui souffrent de carences alimentaires graves, près des trois quart appartiennent à la paysannerie, et le quart restant est en majorité constitué des membres des familles paysannes, récemment condamnées à l'exode : des producteurs-consommateurs appauvris, exclus et affamés par la baisse des prix agricoles réels ", explique Marcel Mazoyer, professeur d'agriculture comparée et développement agricole à l'INAPG. " Tant que cette situation durera, la faim persistera et augmentera ", estime le Comité français pour la solidarité internationale qui privilégie le soutien du développement de l'agriculture paysanne.

La faim n'est pas uniquement le problème des pays en voie de développement. Dans les pays industrialisés, 34 millions de personnes subissent la malnutrition. Depuis quinze ans en France (l'un des premiers pays producteurs agricoles au monde), les Restos du cœur, le Secours populaire et d'autres associations doivent se mobiliser pour nourrir des centaines de milliers de personnes. Par ailleurs, de plus en plus, chacun s'interroge sur le contenu de son assiette. Depuis quelques années, la France et l'Europe sont touchées par des crises alimentaires (vache folle, fièvre aphteuse…) mettant en danger la santé des consommateurs. " Les dérives d'une agriculture hyper productiviste sont à l'origine de crises sanitaires à répétition et de graves dégâts environnementaux, avance le Comité français pour la solidarité internationale. La confiance du citoyen-consommateur est entamée. Un consensus se dessine aujourd'hui sur la nécessité de rompre avec ce modèle agricole et de réformer en profondeur la Politique agricole commune de l'Union européenne ".

De plus en plus nombreux sont les agriculteurs européens qui agissent pour un autre modèle de développement agricole durable, respectueux des êtres humains et de l'environnement, assurant la sécurité alimentaire, en résonance avec les paysans africains, indiens ou avec les sans-terre du Brésil et de nombreux petits producteurs américains. La révolte contre " le manger unique " est le refus de l'uniformisation, qui saccagerait les diversités culturelles, géographiques, gastronomiques, la valorisation des identités locales.

Nadège Dubessay

800 millions de raisons de lutter contre la faim

" A cette époque d'abondance, comment le monde peut-il continuer à tolérer que plus de 800 millions de personnes doivent lutter contre la faim au quotidien et vivre dans la plus grande misère ? ",
Jacques Diouf, directeur général de la FAO.


Quels sont les objectifs de la FAO ?
Elle œuvre afin que tous les hommes puissent se nourrir à leur faim, de manière à avoir une activité physique normale et une vie active, grâce à une alimentation saine et équilibrée en quantité suffisante. C'est une conception assez large, qui intègre évidemment l'éducation à l'alimentation. Et aussi la notion d'accès à la nourriture. Dans ce sens, nous luttons aussi contre la pauvreté. Le premier besoin de l'homme est de s'alimenter pour mener une vie normale, avant d'être productif.

En 1996, la FAO organisait à Rome le premier sommet mondial de l'alimentation. Quelles ont été les répercussions ?
Ce sommet a réuni 185 chefs d'Etat et de gouvernement qui se sont engagés à éradiquer la faim dans le monde. Ils se sont donnés une méthode de travail. Le plan d'action du sommet a été décliné en plans nationaux d'action afin que chaque Etat, du Nord ou du Sud, soit davantage responsabilisé. Huit cents millions de personnes souffrent de faim et de malnutrition dans le monde. Les Etats se sont donnés pour objectif de réduire de moitié ce chiffre à l'horizon 2015, ce qui supposait une diminution de 20 millions de personnes par an. Or, cinq ans après, nous arrivons seulement à 8 millions. En continuant ainsi, nous allons dans le mur. Ce n'est pas l'objectif que les Etats membres nous ont assigné. Il faut que les sociétés civiles de ces Etats dépensent toute leur énergie sur ce problème. Pour cette raison, nous sommes amenés à réunir un sommet mondial de l'alimentation cinq ans après, à Rome, du 5 au 9 novembre. Les dirigeants mondiaux seront invités à suggérer des moyens pour accélérer le processus.

N'est-il pas utopique de penser qu'il est possible de nourrir toute la planète ?
La planète est capable de nourrir tout le monde. C'est un problème de répartition. C'est une banalité, mais encore faut-il le rappeler. L'ensemble des Etats capables d'aider les Etats les plus pauvres doivent aider à tendre vers l'autosuffisance alimentaire en favorisant le développement agricole et économique. Il faut garder l'aide alimentaire comme un élément malheureusement indispensable, mais en faisant en sorte qu'il soit utile le moins longtemps possible. A cette fin, la FAO développe un programme d'activités d'urgence dans les pays où l'on donne une aide alimentaire, notamment grâce au programme alimentaire mondial - le PAM - qui apporte les aliments. Nous, nous amenons des semences, des outils afin que l'agriculture soit réhabilitée le plus vite possible, pour fixer les populations et leur permettre de produire la nourriture correspondant à leurs besoins et à leurs aspirations culturelles en terme culinaire.

Ceux qui vivent de la terre sont les plus pauvres. Un paradoxe ?
C'est vrai. La plus grande partie des pauvres se trouve en zone rurale. Ils sont 70% en zone rurale dans les pays en voie de développement. Il ne suffit pas d'avoir le sol. Il faut aussi avoir les moyens de l'utiliser. La production n'est pas tout. Tout ce qui concerne la post-récolte, les pertes qui y sont liées, les problèmes de stockage, de conservation, de commercialisation et également de transformation sont à prendre en compte. Avec l'augmentation de la désertification dans les zones arides, le bois disparaît. Or, le bois de feu permet de transformer les aliments. Pour se nourrir convenablement, il faut avoir la capacité de cuire les aliments en grande partie.

Vous mettez également l'accent sur la sécurité sanitaire des aliments …
Depuis 1996, cet aspect a pris une importance mondiale. La FAO s'est saisie du sujet au sein des commissions spécialisées qui travaillent sur l'élaboration des normes et qui mettent en place une commission d'éthique. Cette commission analyse la meilleure façon d'utiliser les nouvelles biotechnologies pour l'alimentation. Par ailleurs, à la demande des Etats membres, la FAO organise fin octobre le premier sommet mondial pour la sécurité sanitaire des aliments. La première conférence paneuropéenne sur cette question se tiendra fin février à Budapest. Par ce biais, il s'agit de mettre en évidence les difficultés d'accès à une nourriture saine et équilibrée, y compris en Europe. Notre dernier rapport sur l'insécurité alimentaire mondiale indiquait - en 2000 - que 34 millions de personnes souffraient de malnutrition dans les pays industrialisés. Ce chiffre montre combien - même dans ces pays - le problème de répartition et d'inégalité est important.

Propos recueillis par Nadège Dubessay


Nord-Sud : pour des échanges équitables
" FAO, PAC, OMC : la faim justifie les moyens ! " tel est le slogan de la campagne lancée par Agir Ici, en partenariat avec l'ONG Solagral et le Comité français pour la solidarité internationale. Une campagne soutenue par bon nombre d'associations et de syndicats. Instabilité politique, guerres, aléas climatiques… Les causes de la faim sont multiples. Cependant, la première de ces causes est la pauvreté souvent provoquée par des échanges commerciaux inéquitables.

Les produits des petits agriculteurs de pays du Sud sont en concurrence avec des surplus issus d'agricultures subventionnées aux niveaux de productivité élevés, de pays du Nord. En Côte d'Ivoire, par exemple, le bœuf produit localement est commercialisé 120 F CFA le kilo, tandis que le bœuf européen subventionné, importé, est vendu 135 F CFA alors qu'il a coûté 1 740 F CFA à la production. Les paysans du Sud, comme ceux du Nord, ont besoin de vendre une partie de leur production pour assurer l'accès aux soins, à l'éducation, pour leur famille. Or, ils sont contraints de baisser leurs prix, pour faire face à la concurrence des produits subventionnés, et de vendre une plus grande partie de leur production au détriment de l'alimentation de leur famille. Découragés par cette situation, nombre d'entre eux abandonnent l'agriculture et vont grossir les bidonvilles. Au bout du compte, la disparition de ces paysans accroît l'insécurité alimentaire dans leurs pays.

L'association Agir Ici, comme le Comité français pour la solidarité internationale, suggèrent, afin de réduire les excédents de l'Union européenne, de rendre la production agricole moins intensive, " en réduisant les doses de fertilisants, l'irrigation pour les fruits ou certaines cultures de céréales ". La maîtrise des productions pourrait aussi prendre la forme des prix dégressifs en fonction des quantités produites. " L'agriculteur n'a alors plus intérêt à trop produire, car cela n'est pas rentable ". Ce système est déjà utilisé pour la betterave à sucre.

La campagne de l'association demande au président de la République, au Premier ministre et au président de la Commission européenne que le droit à la protection de l'agriculture dans les pays du Sud soit reconnu et appuyé, et que l'Europe contrôle sa production pour mettre fin à l'exportation d'excédents agricoles préjudiciables aux petits agriculteurs du Sud.

Jean-François Rivière
La Terre
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