l'Europe élargie
HISTOIRE : EUROPE ÉLARGIE


la contrainte libérale-la liste des pays candidats

Elargissement: Vote sur l'avis conforme

Francis Wurtz, président du groupe de la GUE/NGL est intervenu au nom du groupe dans le débat sur l'élargissement qui a eu lieu à Strasbourg le 9 avril 2003. Dans sa grande majorité, le Groupe GUE/NGL a voté l' "avis conforme" rendant possible la signature de l'accord d'élargissement à dix nouveaux pays.

Mon groupe, dans sa grande majorité, votera l' "avis conforme" rendant possible la signature de l'accord d'élargissement à dix nouveaux pays. En revanche, il ne peut approuver le rapport de M. Brok sur les conclusions des négociations entre l'Union et les pays candidats. Pourquoi ce vote différencié ?
Sans l' "avis conforme" du Parlement européen, la porte de l'Union européenne se fermera automatiquement aux pays candidats, quelle que soit la volonté des citoyens de ces pays. Or, quoique nous pensions des conditions dans lesquelles se présente à ce jour l'élargissement, c'est à chaque peuple concerné qu'il appartient, à nos yeux, de faire librement son choix.
En revanche, adopter le rapport Brok reviendrait à délivrer - hormis sur le coup de force budgétaire du Conseil - un satisfecit aux "15" pour la façon dont les négociations d'adhésion ont été menées et conclues. Or c'est précisément là que le bât blesse, selon nous : pour la réussite de ce projet historique, il faudra, tôt ou tard, réorienter des aspects essentiels de l'actuelle conception de l'élargissement et de la construction européenne en général.
Certes, comme M. Brok, nous pensons que l'élargissement peut contribuer au "rapprochement de plus en plus fort entre les Etats et les peuples d'Europe"; faciliter le traitement des différents par la négociation dans des institutions communes; favoriser ainsi la paix et la sécurité en Europe et "asseoir l'influence des citoyens d'Europe" sur la scène politique mondiale. C'est pourquoi nous sommes pour.
Mais je crains fort qu'il s'agisse là de vœux pieux, sans de sérieuses remises en cause des orientations de l'Europe. Ainsi, M. Brok se réjouit-il de "l'issue consensuelle des négociations". Consensuelle ? Vraiment ? Dans les rencontres officielles peut-être ! Mais dans la population ?! N'avez-vous donc rien retenu des réactions véhémentes dans les pays candidats : contre les positions des "15" en matière d'aides agricoles ; contre l'insuffisance notable des crédits disponibles d'ici 2006; contre les restrictions en matière de libre circulation des personnes ? Ne vous a-t-on jamais demandé que l' "acquis" libéral imposé aux candidats tienne mieux compte des problèmes sociaux dans ces pays, de la situation de l'emploi, de la fragilité de l'économie et aussi de certaines spécificités nationales liées à l'histoire propre à chaque nation ?
En vérité, au nom de l'exigence, inscrite dans les critères de Copenhague, de se montrer " capables d'affronter la concurrence du grand marché européen", on a poussé ces pays à privatiser et précariser à tout va ; à libéraliser les échanges, quitte à creuser un déficit commercial abyssal. On a fait des bas salaires un "avantage comparatif" dans la concurrence. On a élargi les marchés sans élargir les droits. Où cela conduirait-il l'Europe si nous la laissions ainsi dériver à 25 ? Et sans confiance des populations, comment espérerait - elle peser sur les affaires des monde ? En fait, c'est dans toute l'Europe - pays membres comme pays candidats - que l'expérience nous commande d'ouvrir un grand débat public, non avec les seuls gouvernements, mais dans la société : quelle vision de l'Europe voulons - nous faire vivre dans le monde, face à l' unilatéralisme jusqu'au - boutiste et belliciste des Etats-Unis ? Quelles ruptures dans nos orientations faut-il envisager pour avancer d'une Europe libérale vers une Europe réellement sociale et solidaire ? Quelles réformes institutionnelles faut il promouvoir pour impliquer les citoyens dans les grands chantiers de la transformation de l'Europe ?
Dans la triple perspective de 2004 - élargissement, nouveau traité, élections européennes - voilà un beau combat à mener, de Strasbourg à Varsovie et d'Helsinki à Nicosie.
Photo de Francis Wurtz, Président de la GUE/NGL, ici avec Patricia Mbimbi, conseillère municipale communiste d'Evry


Dix pays vont entrer dans l’Union européenne. Il s’agit pour la plupart de pays d’Europe de l’Est (Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Slovénie), auxquels il faut ajouter deux îles méditerranéennes, Malte et Chypre. Ces pays devraient être membres à part entière de l’Union dès 2004, exceptées la Roumanie et Bulgarie qui ne seront vraisemblablement admises à adhérer qu’en 2007, et la Turquie, avec laquelle les négociations d’adhésion n’ont pas encore été engagées.
la contrainte libérale
L’élargissement doit être l’occasion de rouvrir la question du mode de construction de l’Europe.
Que celle-ci continue sur les rails libéraux sur lesquels l’ont placée les différents traités, depuis notamment celui de Maastricht, et elle aura de plus en plus de mal à faire face aux défis cruciaux auxquels elle est aujourd’hui confrontée: celui de la véritable réinsertion des dix pays dont l’adhésion d’ici à 2004 doit être ratifiée à Copenhague. Comme celui de la place du continent unifié face à un hégémonisme américain de plus en plus prégnant.

Les pays candidats tirent effroyablement la langue sous le coup des contraintes drastiques qui leur ont été imposées en préalable à leur adhésion. Coupes dans les dépenses publiques, avec des conséquences souvent calamiteuses pour les politiques d’éducation et de formation, privatisations des secteurs et services publics, alignement sur les règles les plus libérales en matière d’assurances sociales. Retraités, salariés, paysans de ces pays sont menacés de régression.

L’unité du continent suppose aussi de ne pas arrêter l’Union Européenne aux frontières turques comme le suggère la position étriquée et raciste d’une partie de la droite européenne. À l’intérieur de l’Europe d’aujourd’hui, celle des Quinze, le forcing pour le respect des normes drastiques du pacte de stabilité, le monétarisme de la Banque centrale européenne ont donné le sentiment aux opinions d’un caractère indépassable de règles totalement inspirées par les marchés financiers, si funestes à l’emploi et à la croissance. La suite est connue: discrédit à l’égard de l’ensemble des partis accusés de pratiquer peu ou prou les mêmes politiques, échec retentissant des expériences sociale-libérales et montée des populismes.

Plus que jamais, un autre projet européen, un vrai effort d’insertion conforme aux énormes besoins de l’Est, d’autres règles de coopération monétaire, émancipées des logiques strictement financières, sont indispensables. Pour sauver l’Europe, il faut dépasser la construction actuelle.


Treize pays aux portes de l'Union
Le groupe des 10
Chypre.
Candidat le mieux préparé, Chypre est le premier pays à avoir bouclé les négociations d'adhésion. Disposant, grâce aux mannes du tourisme, d'un niveau de vie proche de la moyenne des Quinze (88 %), Nicosie possède avec la Slovénie l'économie la plus apte à affronter la concurrence. Mais l'île d'Aphrodite est toujours divisée en deux depuis l'arrivée en 1974 dans la partie nord de l'armée turque. La réconciliation des Chypriotes turcs de la République turque de Chypre du Nord (RTCN) avec les Chypriotes grecs de la République de Chypre est l'un des principaux défis du sommet de Copenhague. En cas d'échec, seule la partie sud rejoindra l'UE malgré le risque d'une crise avec la Turquie.
Capitale : Nicosie, Langue : Grec et Turc, PIB/hab (2001) : 18 500 Euros, Croissance : 4 %, Chömage : 4 %

Slovénie.
Sans doute le meilleur candidat car il ne pose aucun problème majeur du fait de sa petite taille et de la bonne tenue de son économie hissée au niveau des pays membres de l'UE. Cette ex-république yougoslave est un véritable pôle de stabilité.
Capitale : Ljubjana, Langue : Slovène, PIB/hab (2001) : 16 000 Euros, Croissance : 3 %, Chömage : 5,5 %

République tchèque.
Prague fait partie du peloton de tête des pays candidats. Depuis 1999, le pays a mis fin à la récession. Avec un PIB en hausse de 3,3 %, un chômage à 8 %, une faible inflation, ce pays industriel qui est très prisé par les investisseurs étrangers, devrait s'aligner rapidement sur les critères de l'UE. Seules ombres au tableau : un déficit budgétaire (6 %) incompatible avec l'adoption de l'euro, une corruption trop présente et des discriminations contre les Rom.
Capitale : Prague, Langue : Tchèque, PIB/hab (2001) : 13 300 Euros, Croissance : 3,3 %, Chömage : 8 %

Malte.
Seconde île avec Chypre à rejoindre l'UE en 2004, Malte tire ses principales sources de revenus du tourisme. Considérant l'UE comme une affaire de gros sous, Malte a décidé de donner du fil à retordre aux Quinze jusqu'au bout pour obtenir un maximum de dérogations et d'exemptions diverses. En cas de victoire de l'opposition travailliste (la moitié de l'électorat), hostile à l'entrée dans l'UE, aux élections de 2003, Malte renoncerait à son adhésion. Un risque sérieux.
Capitale : La Valette, Langue : Maltais et Anglais, PIB/hab (2001) : 11 700 Euros, Croissance : - 0,8 %, Chömage : 6,5 %

Hongrie.
Considéré par les économistes bon teint comme une " success story ", la " baraque la plus gaie du camp soviétique " s'essouffle dans la dernière ligne droite après une remontée spectaculaire. Après Malte et Chypre, Budapest possède le taux de chômage le plus bas (5,8 %) mais les inégalités sont encore trop criantes et le niveau de vie loin de la moyenne communautaire (51 %). Le référendum sur l'adhésion au printemps 2003 devrait être une formalité tant la population adhère à l'Europe (70 %).
Capitale : Budapest, Langue : Hongrois, PIB/hab (2001) : 11 900 Euros, Croissance : 3,8 %, Chömage : 5,7 %

Slovaquie.
Pays le plus désireux d'intégrer l'UE (75 % d'opinions favorables), la Slovaquie a démontré son attachement à la bannière étoilée de Bruxelles en repoussant lors des récentes élections législatives la bête noire de l'UE, le nationaliste ex-premier ministre Vladimir Meciar. Economiquement, le pays profite de ses exportations vers l'Allemagne et s'en sort plutôt mieux que ce que l'on pouvait pensait lorsqu'il s'est séparé de Prague. Le fort taux de chômage (18 %) est la conséquence des nombreuses restructurations en cours.
Capitale : Bratislava, Langue : Slovaque et Hongrois, PIB/hab (2001) : 11 100 Euros, Croissance : 3,3 %, Chömage : 19,4 %

Pologne.
Territoire le plus peuplé des dix, et de loin (38,6 millions d'habitants), et le plus agricole, la Pologne est le plus gros et le plus indigeste morceau à avaler pour Bruxelles. Soucieux de préserver les intérêts de ses agriculteurs et sa survie politique, l'actuel gouvernement de gauche de Leszek Miller a décidé de négocier âprement le montant des aides agricoles quitte à menacer l'entrée de son pays dans l'UE. La mise en ouvre de la PAC dans ce pays confronté à une situation économique et sociale difficile et à une forte montée du chômage pourrait faire capoter le destin européen de la Pologne lors du futur référendum lié à l'élargissement.
Capitale : Varsovie, Langue : Polonais, PIB/hab (2001) : 9 200 Euros, Croissance : 1,1 %, Chömage : 18,4 %

Pays baltes.
L'entrée de la Lituanie, de la Lettonie et de l'Estonie, trois anciens membres de l'URSS, est un véritable symbole politique. Plus développé économiquement grâce à sa proximité avec la Finlande, l'Estonie qui se définit comme un pays nordique et non pas balte, est le plus en pointe des trois. En échange de compensations financières, la Lituanie s'est engagée à fermer sa centrale nucléaire d'Ignalina en 2009, principal employeur du pays. C'est en Lettonie que la situation de la minorité russophone pose le plus de problèmes. Le niveau de vie de ces pays attentifs aux tractations en cours sur la PAC est encore loin de celui des Quinze.

L'actuelle Union Européenne
PIB/hab (2001) : 23 200 Euros, Croissance : 1,5 %, Chömage : 7,6 %

La liste d'attente.
Très en retard, minées par la corruption et la lenteur des réformes, la Bulgarie et la Roumanie espèrent être invitées à Copenhague à rejoindre l'UE en 2007. D'ici cette date, la Bulgarie doit régler d'urgence la situation déplorable des handicapés dans les institutions spécialisées. Malgré la baisse de l'inflation et le retour de la croissance, la Roumanie reste le candidat le plus pauvre. Quant à la Turquie qui va lutter pour obtenir une date pour l'ouverture des négociations d'adhésion il lui faudra ensuite prendre les mesures nécessaires pour poursuivre le processus enclenché de démocratisation.

Damien Roustel, l'Humanité du 12/12/2002


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