POURQUOI UN REACTEUR DE TYPE EPR ?


POURQUOI UN REACTEUR DE TYPE EPR ?

L'EPR est un réacteur aux performances industrielles et environnementales accrues, une sûreté améliorée selon EDF

C'est un réacteur de conception "évolutionnaire". Développé par Framatome-ANP, il intègre le retour d'expérience des réacteurs nucléaires français et allemands dans un souci constant de progrès.

Les objectifs de conception d'EPR visent à améliorer les performances en tirant profit de l'expérience acquise sur les centrales actuelles.
Le réacteur est équipé de quatre systèmes de sauvegarde parallèles et séparés dans des locaux distincts, afin de garantir en toute circonstance la sûreté de la conduite des installations. Une coque béton est construite sur les parties les plus sensibles de l'installation pour les protéger des éventuelles agressions externes. Un récupérateur de combustible fondu permet de limiter les conséquences d'un éventuel accident grave.Les options de sûreté du réacteur nucléaire EPR ont été validées par la DGSNR.

Des progrès significatifs en matière d'environnementLa centrale nucléaire de Flamanville 3, au même titre que toutes les centrales nucléaires, produit de l'électricité sans rejet de CO2, ce qui est favorable à la lutte contre l'effet de serre et le changement climatique.
Dans sa démarche de progrès continu et sa volonté de respecter l'environnement, EDF a apporté à la conception du nouveau réacteur de nombreuses améliorations.
Elles permettront d'envisager, pendant la phase d'exploitation, une réduction d'au moins 30% des rejets dans l'environnement par kWh produit, quelle que soit leur nature : rejets chimiques et radioactifs (hors tritium et carbone 14 qui sont équivalents aux centrales actuelles par kWh produit). La production de déchets radioactifs est elle aussi globalement en diminution. La localisation du site au pied de la falaise atténue fortement le niveau sonore. Pour limiter l'impact sur les prélèvements en eau douce, une usine de dessalement est prévue sur le site.

Le bâtiment réacteur est constitué d'une enceinte double: une enceinte interne étanche en béton précontraint (5), recouverte intérieurement d'une peau métallique et une coque externe en béton armé (6), chacune d'une épaisseur de 1,3 mètre.Il abrite le circuit primaire constitué principalement de la cuve (1), des générateurs de vapeur (2), du pressuriseur (3) et des pompes primaires (4). À l'intérieur de l'enceinte, un compartiment spécifique est aménagé (7). Dans l'éventualité d'une fusion, la partie du coeur fondu qui pourrait s'échapper de la cuve y serait recueillie et refroidie. Le bâtiment turbine (10) abrite les équipements qui transforment la vapeur produite en électricité : corps de turbine, alternateur et transformateur relié au réseau électrique. Si l'alimentation électrique externe de la centrale venait à être coupée, des moteurs diesel, localisés dans deux bâtiments séparés (9), sont prévus afin de fournir l'électricité nécessaire aux fonctions de sûreté.
informations fournie par EDF

LE DEBAT

Stratégie dans l'impasse

Par Stéphane Lhomme, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire (1) Nucléaire : faut-il vraiment construire l'EPR ?
La Manche, où est annoncé l'EPR, est la zone la plus nucléarisée du monde et l'un des départements les plus frappés par le chômage.
C'est que, contrairement aux idées reçues, l'atome crée peu d'emplois. Le réseau Sortir du nucléaire publie d'ailleurs une étude (2) qui montre que, avec les 3 milliards d'euros de l'EPR, on peut créer 15 fois plus d'emplois tout en produisant et économisant au total deux fois plus d'électricité. Il serait intéressant que les syndicats s'emparent de ces données.

Sur le plan technique, l'EPR est un vieux réacteur (conçu il y a quinze ans !) qui, s'il est construit, produira des déchets radioactifs pour lesquels aucune solution acceptable n'existe ; pourra occasionner un accident nucléaire ; ne résisterait pas à un crash suicide. Or, pour résister aux terroristes, nous devons réduire notre vulnérabilité et non l'accroître.

Rappelons aussi que toutes les centrales nucléaires ont été construites à grand renfort de CRS, réprimant les populations locales. Aujourd'hui, rien n'a changé : la Commission européenne a publié le 25 janvier dernier un grand sondage (3) qui montre que, face à la crise énergétique, il n'y a que 12 % des Européens et seulement 8 % des Français qui proposent d'investir encore dans l'atome.
L'EPR ne pourra être qu'un nouveau déni démocratique appuyé par les forces de police. Belle perspective.
De plus, vingt ans après Tchernobyl, la vérité est toujours étouffée tant sur le plan international (l'ONU concède 56 morts !) qu'en France (affaire du nuage).
On lit ici ou là que le nucléaire, émettant peu de gaz à effet de serre, permettrait de lutter contre le réchauffement climatique, de remplacer le pétrole, de subvenir aux besoins des pays pauvres (en les mettant toutefois sous tutelle technologique et politique : pas très progressiste !).
Mais ces véritables miracles sont totalement hors de portée de l'atome, lequel ne couvre que 6 % de l'énergie consommée dans le monde : une part marginale et sur le déclin. En effet, elle ne sera plus que de 4 % en 2030 d'après l'Agence internationale pour l'énergie (AIE).
À cette date, 250 des 440 réacteurs actuellement en fonction sur terre auront été fermés car arrivés en fin de vie. Et, même s'ils se concrétisent, les projets annoncés avec fracas ces temps-ci - par des " démocrates " nommés Chirac, Blair, Berlusconi, Bush, Hu Jintao, Poutine ! - ne suffiront même pas à compenser les fermetures de réacteurs.

De toute façon, les réserves d'uranium - le combustible des centrales - seront épuisées dans quatre-vingts ans, et encore plus tôt si de nouveaux réacteurs sont construits.
La France n'a d'ailleurs pas d'indépendance énergétique avec le nucléaire puisqu'elle importe 100 % de son uranium, en particulier du Niger où la population est honteusement exploitée et la région d'Arlit gravement contaminée. C'est le volet radioactif de la Françafrique.

Il n'y aura jamais de " grand retour du nucléaire ". Alors pourquoi s'alarmer ? Parce que tout réacteur produit des déchets radioactifs et peut causer un nouveau Tchernobyl.
Aussi, pour laisser aux générations futures une terre habitable, il faut lutter contre le réchauffement climatique et sortir (vite) du nucléaire.
Pas facile ? Certes, mais c'est la seule option d'avenir. Il faut un développement à grande échelle des économies d'énergie - principalement dans les pays riches - et des énergies renouvelables, partout sur la planète. Cela commence par ne pas construire le réacteur EPR, réacteur du passé et dépassé.

(1) Auteur de l'Insécurité nucléaire.
Bientôt un Tchernobyl en France ?, Édition Yves Michel, avril 2006,
(2) www.sortirdunucleaire.org
Un choix positif

Par Francis Sorin, directeur du pôle information de la Société française d'énergie nucléaire (SFEN) Nucléaire : faut-il vraiment construire l'EPR ?
Les prix du pétrole et du gaz vont-ils, dans les années qui viennent, continuer de monter ?
On peut le craindre, car les réserves mondiales de ces combustibles sont annoncées en voie d'épuisement à relativement courte échéance. Le monde est entré dans une période de tension sur les marchés de l'énergie et les risques d'embargos, de flambée des prix, de " chocs " pétroliers ou gaziers ne sont pas à écarter.

Dans ce contexte, le fait pour la France de disposer d'un programme nucléaire lui fournissant plus des trois quarts de son électricité est un formidable atout. Car notre pays se trouve ainsi à l'abri, dans ce secteur essentiel, des turbulences et des crises pouvant affecter les marchés internationaux de l'énergie.
Le nucléaire lui garantit, en toute indépendance (1), un approvisionnement électrique sûr, à des coûts modérés et stables sur le long terme. Le projet de construction d'un EPR à Flamanville s'analyse d'abord comme la volonté de préserver, pour notre pays, cet avantage stratégique majeur.

Ce réacteur de nouvelle génération aura pour la France une double utilité.
D'abord, il va fournir de l'électricité, et cela pendant une période estimée à soixante ans ! Pour satisfaire la demande française, il faudra mettre en service de nouveaux moyens de production dès le début des années 2008-2010. L'EPR de Flamanville, qui pourrait entrer en fonctionnement vers 2012, apportera alors une précieuse contribution.

Il faut noter ensuite que nos réacteurs les plus anciens devraient être mis hors service dans la période 2015-2025. Il faudra, pour les remplacer, engager la construction en série d'un nombre important de nouveaux réacteurs de type EPR.
Mais on ne lance pas une série de réacteurs d'un nouveau modèle comme on lance une marque de lessive ! Il sera primordial de bénéficier au préalable de l'expérience de construction et de fonctionnement d'une " tête de série ".
C'est l'EPR de Flamanville qui fournira cette expérience indispensable permettant de parachever la mise au point du nouveau " produit ".

L'EPR permettra de continuer de produire une électricité à des coûts raisonnables, moins chers que ceux obtenus avec les réacteurs actuels et bien moins élevés que ceux résultant de l'utilisation du charbon, du pétrole ou du gaz.
Et n'oublions pas que si la France ne renouvelait pas son parc nucléaire, elle serait obligée d'acheter à l'étranger des quantités massives de gaz représentant chaque année environ 25 milliards d'euros ! (soit le prix de 8 EPR !) avec, à la clé, la suppression ou à la délocalisation de plusieurs dizaines de milliers d'emplois.

L'EPR est un des modèles de réacteurs les plus avancés aujourd'hui disponibles sur le marché mondial. Il présente des innovations qui vont encore renforcer le haut niveau de sûreté déjà acquis sur les réacteurs actuels. Il s'inscrit ainsi dans la démarche de progrès de la technologie nucléaire, qui ne pollue pas l'environnement, qui sait gérer ses déchets et qui ne rejette pas de gaz à effet de serre. Les opposants à l'EPR et au nucléaire ne proposent en remplacement aucune alternative crédible.
Certes, il importe d'économiser l'énergie et de développer les énergies renouvelables.
Mais il est fallacieux de prétendre que les énergies renouvelables pourront à elles seules satisfaire les besoins en électricité du pays. Il faut dire clairement que ne pas construire l'EPR et " sortir du nucléaire " constituerait pour la France un triple recul, stratégique, économique, environnemental.

(1) Grâce à des réserves acquises d'uranium de 225 000 tonnes, correspondant à trente-cinq années de consommation, auxquelles s'ajoutent les stocks constitués sur le territoire national ainsi que les matières recyclables uranium et plutonium, récupérées après retraitement.
La France a ainsi la maîtrise complète de son approvisionnement en matières fissiles sur le très long terme.

Articles parus dans le journal l'Humanité

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