Le chagrin suscité par le souvenir de la tragédie du 10 mars 1906 ne peut être que mêlé de colère. Ce jour-là, près de deux mille mineurs, dont beaucoup sont encore des enfants, se retrouvent pris au piège de la mine. Mais ils ne sont pas tant happés par le ventre gigantesque et sulfureux des fosses du « Pays noir » que par la loi du profit.
Nous sommes alors en plein essor capitaliste. Les grands possédants des compagnies minières n’hésitent pas à démarcher les orphelinats de la région pour y recruter des petites mains. Le travail des enfants est encore en vigueur. On embauche à treize ans, orphelin ou pas.

Mais cette période est aussi marquée par l’essor du syndicalisme, le bouillonnement des idées progressistes, la montée en puissance des luttes face à l’exploiteur.
Les poings se dressent à l’orée des fosses. Les hommes avancent en rang serré pour exiger leur dû. À Méricourt, Billy-Montigny et Sallaumines, comme dans toutes les communes environnantes, les travailleurs s’affrontent à de vrais potentats. Impossible d’échapper aux griffes de la compagnie minière de Courrières. Celle-ci a le choix de ses armes.
Elle frappe notamment par ses refus répétés de répondre à ses devoirs en matière de sécurité. C’est l’un de ces refus, le 10 mars au matin, qui a plongé dans l’horreur des milliers de familles.

L’incendie déclenché quelques jours plus tôt dans l’une des veines ne devait en aucun cas conduire à l’arrêt du travail.
La direction n’a pas daigné lever les yeux de la courbe du taux de profit. Une semaine après l’explosion meurtrière, elle était déjà prête à renvoyer ses mineurs par le fond. Les derniers survivants ne sortiront des entrailles de la terre qu’après avoir durement souffert vingt jours et vingt nuits.
Ensevelis dans un tombeau. Cette catastrophe a aussi ses héros. Des gueules noires aux coeurs géants et aux drapeaux couleur de sang.

L’Humanité plante le décor sans fioritures. Elle vous propose le récit d’une époque, tout simplement. C’est un combat pour la mémoire et le soutien à la classe ouvrière. Hier comme aujourd’hui, le capitalisme est un anti-humanisme. Aujourd’hui comme hier, monte des lieux d’exploitation un cri puissant, un cri appelant le partage des richesses, des pouvoirs et des savoirs.
Bref, l’exigence d’une autre société, d’un monde pour les êtres humains, pas pour la spéculation financière.


Par Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité

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