pcf/Evry, reportage
COMMERCE.
Déréglementation des horaires, démantèlement des contrats, le commerce représente un des pires scénarios pour les salariés. Aux rayons exploitation
OUVERT LE DIMANCHE
L'ouverture des magasins le dimanche proposée par N. Sarkozy afin de relancer la consommation, ce n'est déjà plus une nouveauté dans notre environnement. Il s'agit ici simplement d'avaliser une pratique pourtant illégale (excepté pour certains types de commerces dûment répertoriés).
La tolérance à l'ouverture le dimanche (matin) était accordée aux petits commerces de proximité. En l'étendant à la grande distribution et sur toute la journée dominicale, c'est le coup de grâce final qui sera porté au commerce de proximité à l'issue d'une guerre inégale qui dure depuis 40 ans.
D'un point de vue social, c'est d'une régression sans précédent qu'il s'agit car la réglementation du travail le dimanche date du début du siècle dernier. Si elle a été amendée à maintes reprises, elle n'avait jusqu'à présent jamais été remise en cause;
Seule les action syndicales permettent de s'opposer à ce qui constitue toujours une infraction au droit du travail. De récentes victoires ont d'ailleurs été remportées (GIFI) mais encore faut-il qu'il existe une section syndicale !
On a vu aussi que, lorsque l'intérêt financier le justifie, certaines enseignes (IKEA) préfèrent payer de lourdes amendes mais maintenir l'ouverture dominicale.
La grande distribution ne manque pas d'arguments (fortement relayés par les médias) en faveur de l'ouverture le dimanche. Pourtant, ces arguments ne tiennent pas comme nous allons le démontrer :

Offrir du travail aux étudiants,lesquels sont fortement demandeurs.
Il est inadmissible que des étudiants doivent cumuler études et travail au détriment de leur santé et de leurs études. Les grandes surfaces profitent ainsi et à bon compte d'une carence de la société et l'état peut aisément écarter le problème de la pauvreté chez les étudiants issus de milieux modestes.

C'est un souhait des salariés.
Soyons honnêtes, il ne s'agit pas d'un choix de vie mais d'une nécessité financière du salarié. Les grandes surfaces s'affranchissent ainsi aisément des demandes de revalorisation salariale.

Relancer la consommation
En surendettant les ménages, c'est déplacer le problème.
Plus grande « souplesse » dans l'offre commerciale.
Justifiant ainsi la « souplesse » exigée au travail. Les Allemands quittent leur travail au plus tard à 17h30 (même les cadres) car chez eux, les magasins ferment entre 18h et 19h. Cela ne nuit pourtant pas à la compétitivité allemande.

C'est un souhait des consommateurs
C'est le couronnement d'une insidieuse campagne menée par les médias depuis bientôt 20 ans. Les citoyens ont oublié qu'on puisse faire autre chose le dimanche que les courses. Henri Krasucki déclarait à ce sujet : « Plutôt passer dimanche à Orly comme le chantait Bécaud que dimanche aux caddies ».

Pour vivre, toute société a besoin de rythmes (jour/nuit - travail/repos).
Si les phases de repos sont prises aux mêmes périodes, ce n'est pas par hasard.
Le repos pris la nuit s'explique par le métabolisme mais celui pris lors des congés d'été ou des fêtes de fin d'année ne se réduit pas uniquement à des considérations d'ordre météorologique ou de calendrier religieux.
Ces coupures prises ensemble sont nécessaires. Elles permettent à la cellule familiale d'abord mais aussi à la société de se retrouver et par là même d'évoluer.

Pourquoi cet acharnement de la droite à détruire la famille alors même qu'elle prétend en défendre les valeurs ?
A cela on peut avancer deux explications :
Casser la cellule familiale comme cela a déjà été le cas pour la famille traditionnelle élargie permet d'éradiquer un des derniers espaces de solidarité gratuite. Il faut savoir que l'individualisme ne profite qu'au marché et non à l'individu. Le marché le sait très bien mais pas forcément les individus.
Limiter voire supprimer les temps de réflexion, de débat, d'échanges, de rencontre... bref tout ce que les consultants d'entreprise appellent les « temps gris ». Le MEDEF les a déjà supprimés au travail, la télévision les a fortement entamés dans la vie privée, ils veulent encore aller plus loin.
A ce propos, la droite traditionaliste et les syndicats confessionnels, d'habitude si prompts à se mobiliser pour défendre les valeurs de la famille, font preuve ici d'un curieux silence.
Dans la société idéale rêvée par Raffarin, tout espace temps doit être productif (soit on travaille, soit on consomme). On comprend mieux maintenant pourquoi les retraités, les artistes, les chômeurs, les étudiants, les malades bref tous ces untermenschen n'intéressent pas Raffarin.

Souriez, le dimanche vous aurez désormais le choix entre travailler ou consommer.
Je suggère pour finir à nos penseurs libéraux de changer la devise de la République désormais obsolète (surtout concernant la fraternité et l'égalité).
La liberté pourrait être conservée mais il y a un risque qu'elle soit mal interprétée par certains. Mieux vaudrait : TRAVAIL - CONSOMMATION - MARCHE


Le centre commercial d'Evry va encore s'agrandir et devenir un des plus grand centre du sud de l'Ile de France. Economiquement cela représente un atout important avec près de 1000 emplois créés. Pourtant derrière ces emplois que se cache-t-il ? La lutte récente des salariés de H et M, l'action menée par les ex-salariés de Franprix contre les licenciements abusifs démontrent le degré de précarité de ces emplois.

Le secteur du commerce en France c'est 2950000 salariés, dont 610000 dans la grande distribution, 72 % des embauches dans la grande distribution sont à contrat à durée déterminée, avec un turn-over de 71 %, avec 75 % de femmes dans les grands magasins, dont 40 % à temps partiel.

Le MEDEF en a rêvé, le commerce et la grande distribution l'ont fait : temps partiel, CDD, horaires décalés, week-ends d'astreinte. D'où l'émergence d'un nouveau salariat, essentiellement féminin, qui se définit lui-même comme " un pauvre salariat ".
Dans les métiers du commerce, le recrutement à temps plein et à durée indéterminée est devenu l'exception et l'on a assisté au cours des vingt dernières années à la généralisation du temps partiel, des contrats à durée déterminée, en intérim et autres contrats " atypiques " pour les salariés de ce secteur. Des salariées, devrait-on dire en réalité, tant ce secteur emploie massivement des femmes. Le temps partiel, encouragé par des dégrèvements des cotisations patronales, aggravé par l'annualisation depuis la loi quinquennale de Balladur, à peine écornée par la loi Aubry 2, qui se contente de supprimer les exonérations, mais sans effet rétroactif et en maintenant les " aides " pour les bas salaires, a provoqué l'émergence d'un nouveau salariat, essentiellement féminin, et qui se définit lui-même comme " un pauvre salariat ".

Déréglementation des statuts, donc, mais aussi des horaires, avec une multiplication des nocturnes, des ouvertures les jours fériés et les dimanches. Sur fond d'une idéologie a priori alléchante de nouveaux rythmes de vie et de travail, de nouveaux besoins et autres avatars de la sacro-sainte modernité. Lassé des horaires à la papa, le client-roi mourait d'envie de consommer différemment, et c'est pour le satisfaire que les commerces ouvriraient quasiment tous les jours, et la nuit. Mais cette délicieuse modernité serait mise à mal par les salariés et leurs syndicats, par définition cramponnés à leurs acquis exorbitants et ennemis de toute transformation. La réalité est beaucoup plus prosaïque. Elle s'appelle parts de marché.
Le commerce est organisé en deux branches : les grands magasins-magasins populaires (Printemps, Galeries Lafayette, Monoprix, etc.) d'un côté, les hypermarchés et supermarchés (Auchan, Carrefour, Leclerc, etc.) de l'autre. Le premier est dirigé par l'Union du commerce du centre-ville (UCV), le second par la Fédération commerce distribution (FCD). Les grands magasins, qui ont vu le jour avant les hypermarchés (Au Bonheur des dames de Zola, c'est Le Bon Marché), sont régis par le décret de 1938, décret d'application des 40 heures dans le commerce. Il réglemente l'amplitude d'ouverture des magasins (10 heures) et de la durée de la journée de travail (11 heures maximum). Les hypermarchés et supermarchés bénéficient d'une amplitude d'ouverture de 13 heures, que le patronat concurrent de l'UCV tente à toute force d'obtenir lui aussi.

La mise en place des 35 heures a bien permis quelques améliorations, comme l'annulation des exonérations des cotisations patronales, mais sans effet rétroactif, et l'obligation de requalifier les contrats en cas de dépassement du quota d'heures complémentaires. Mais Martine Aubry a refusé de réglementer au-delà, renvoyant les partenaires à la sacro-sainte négociation. Les deux patronats ont profité de l'aubaine pour imposer la généralisation de l'annualisation, du travail six jours sur sept et la multiplication des ouvertures tardives, après avoir dénoncé les conventions collectives. Du coup, alors que les 40 heures avaient été synonymes de réduction du temps de travail, la loi sur les 35 heures a souvent signifié... un allongement de la journée de travail. La raison ? Une faiblesse syndicale et, partant, du rapport de forces qui a transformé en marché de dupes la politique de négociation prônée par Martine Aubry. La possibilité d'appliquer des accords dont les signataires ne représentent parfois qu'eux-mêmes a fait le reste. Dans les Echos du 29 janvier 1998, Jacques Périllat, patron de l'UCV, confiait : " Après beaucoup de débats entre nous, nous nous sommes dit : puisque les 35 heures sont inéluctables, autant en tirer le meilleur. " De son côté, son homologue de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution, Jérôme Bédier, concevait un accord sur les 35 heures " comme le prolongement d'un accord sur la durée du travail signé en 1996, qui prévoit l'annualisation du temps de travail et un encadrement du temps partiel ". Pari tenu pour les deux branches, qui ont signé des accords avec des syndicats minoritaires.
" Comment pouvez-vous imaginer que l'on se prive d'entrer dans des dispositions, flexibilité, annualisation, temps partiel, qui, à défaut, nous condamnent vis-à-vis de la concurrence des hypermarchés ? " déclarait encore sans fard Jacques Périllat (Liaisons sociales, avril 1999).

Dans les hypermarchés, les caissières ressemblent parfois à des robots, résultat du fameux SBAM (sourire, bonjour, au revoir, merci). Gilles Levery, médecin du travail à Tours, les compare à des " clowns tristes " avec leurs sourires mécaniques. Chez Auchan, pour prendre un exemple emblématique, c'est le SBAM +. Dans cette enseigne, les caissières pratiquent le double ensachage, et sont payées, comme les autres salariés, à coup de " primes de progrès ". Des primes individuelles, mais aussi collectives, qui poussent à l'autocontrôle et à la dénonciation. Obligés de noter tous les jours leur " chiffre d'affaires ", les salariés du groupe ont toutes les semaines droit à un briefing de leur chef de rayon et doivent tous les mois assister à la projection d'une vidéo destinée à entretenir la culture de l'entreprise. Chez Auchan, les salariés sont soumis au GDI, pour garantie du développement individuel, soit l'obligation de remplir des objectifs. Et les caissières au RIC, pour rendement individuel de caisse. C'est " la vie Auchan, la vraie vie ".
Tant dans les grands magasins que dans la grande distribution, la CGT réclame une augmentation des salaires. Le 4 octobre dernier, la FCD a proposé 22,29 euros brut à partir de mai prochain. Comme le remarque Evelyne Petit, de la CGT Commerce et Service : " L'équivalent de 0,74 euro brut par jour. Une baguette de pain. "

Catherine Lafon, l'Humanité du 21/12/2002


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