PCF/EVRY le journal du cinéma
LE JOURNAL DU CINEMA (2)
 


La biographie de Ken Loach
Le film The Navigators










Le jour d'après




L'auberge espagnole




J'ai épousé un cadavre



















 
PALME D'OR - FESTIVAL DE CANNES 2006
Le vent se lève,de Ken Loach.Grande-Bretagne, 2 h 04.

Irlande, 1920. Quelque part dans la campagne irlandaise.
Un groupe de jeunes hommes jouent au hockey. Affrontement ludique, aucun mauvais coup n’est permis. L’enfance n’est pas loin dans ce match chorégraphié au plus près des corps en mouvement par la caméra de Loach. Tous se retrouvent dans la ferme de l’un d’eux. Irruption de l’armée britannique.

Les soldats battent à mort l’un d’eux qui refusait de dire son nom. Fin de partie.
On ne joue plus. - L’armée d’occupation, - composée entre autres de soldats démobilisés de la Première Guerre mondiale, accomplit son - boulot : mater la rébellion - irlandaise et ses velléités - d’indépendance.
une guerre fratricide

Rappel historique. Aux élections de décembre 1918, Sinn Féin obtient la majorité et proclame l’indépendance du pays. Le gouvernement britannique la lui refuse. Les instances internationales font la sourde oreille. Le Parlement irlandais (le Dail Eireann) se met alors hors la loi et la République ddevient clandestine.
Naissance de l’Irish Republican Army. La résistance s’organise contre l’occupant anglais. Aux actions coups de poing de l’IRA, l’armée répond par des pillages, arrestations, tortures et exécutions sommaires.
Une spirale sans fin qui met le pays à feu et à sang. C’est ici que se situe le film de Ken Loach, dans ce laps de temps qui va définitivement faire basculer l’histoire de ce pays dans une guerre qui traversera le XXe siècle. Devant la résistance irlandaise, un traité est signé en décembre 1921 qui entérine la partition du pays et maintient l’Irlande sous tutelle britannique. Provoquant l’éclatement du camp irlandais entre nationalistes, qui prêtent serment à la couronne britannique, et républicains irlandais, qui refusent les clauses dudit traité.

Damien (Cillian Murphy), jeune médecin, renonce à son poste dans l’un des plus prestigieux hôpitaux londoniens et rejoint son frère Teddy (Pàdraic Delaney) dans les rangs de l’IRA. Les deux frangins éprouvent cette même soif d’indépendance et de liberté, et leur engagement ne fait que renforcer l’amour fraternel qui les lie depuis leur plus tendre enfance.
Quelques désaccords, sur la méthode ou sur l’analyse politique du conflit, n’entament ni leurs convictions, ni leur complicité. La déchirure se produit lors de la signature du fameux traité, à l’origine de la guerre civile. Teddy s’engage aux côtés des nationalistes et revêt l’uniforme qui va avec. Tant pis s’il se met au service de la couronne britannique et de l’establishment irlandais convaincu qu’il est d’éviter « une guerre immédiate et terrible » selon les menaces anglaises. Damien refuse de trahir les siens.

Ken Loach signe là une des oeuvres majeures de sa longue carrière cinématographique. Un film d’une belle facture, dont le schéma narratif, classique, apaisé, ne reconstitue pas l’histoire mais plonge le spectateur au coeur de celle-ci. À travers les portraits croisés de ces deux frères, au plus près de leurs déchirements, de leurs questionnements, Loach s’éloigne du discours stéréotypé, éminemment manichéen, dont il a parfois usé les ressorts jusqu’à la moelle (dans Land and Freedom par exemple), pour s’attacher à l’intimité, à l’authenticité de ses personnages. La guerre civile devient ici fratricide, et c’est vrai de toutes les guerres civiles dont les blessures ne se referment jamais.
À travers le destin tragique de ces deux jeunes hommes, c’est tout le système de la colonisation britannique qui est ainsi mis à nu, cette stratégie qui a consisté, pendant des années, à semer le trouble et la tempête en interne dans chacun des pays dominés pour mieux régner.

un travail de mémoire
Ken Loach ne prétend pas réaliser un film historique au sens d’une reconstitution historique. Il manifeste suffisamment de distance pour réaliser un film qui repose davantage sur le travail de mémoire, et nous permet d’appréhender le présent autrement.
Saluons la direction d’acteurs, précise, sans équivoque et ce des premiers aux énièmes rôles. Tous les personnages sont de chair et d’os, pétris de souffrance et de déchirement. Ils font corps avec cette terre irlandaise - filmée ici dans toute sa beauté et sa rigueur. Présent à Cannes en 2002 avec Sweet Sixteen, Ken Loach revient sur la croisette avec un film remarquable.
Marie-José Sirach, Article paru dans l'édition du 19 mai 2006 de l'Humanité.

Ludivine Le Goff , commeau cinéma.com






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