le journal du cinéma INDIGENES
LE JOURNAL DU CINEMA (2)
 








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Sortie cinéma
Les oubliés de l'histoire
INDIGENE

Un film de Rachid Bouchareb avec Jamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem, Sami Bouajila...(France), Genre : Drame, Historique - Duree : 1h50 mn
Sortie en salles le 27 Septembre 2006

Présenté en Sélection Officielle au Festival de Cannes 2006
Prix d'interprétation collectif pour l'ensemble de la distribution masculine (Jamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem, Sami Bouajila et Bernard Blancan) & Prix François Chalais 2006 - Cannes 2006


Les commémorations du soixantième anniversaire du débarquement en Provence, en 2004, ont permis de remettre au jour une page occultée de l’histoire de la France et de ses colonies du Maghreb et d’Afrique noire. Comme pour la Première Guerre mondiale, ses hommes ont payé un tribut à la libération du pays, doublée ici de leur contribution à la lutte contre le nazisme. On découvrait à quel point leur « patrie » d’alors, d’avant les indépendances, les avait traités, gelant leurs pensions d’anciens combattants au franc de 1959, situation qui perdure en dépit d’une décision prise en 2002 et jamais mise en oeuvre depuis.
Rachid Bouchareb nous rappelle cela en quelques lignes placées avant le générique final.
Si nous partons de ce point, c’est pour souligner à quel point Indigènes est une oeuvre conçue pour rendre justice à ces soldats vite oubliés par « la patrie reconnaissante ». On comprend alors la part prise des deux côtés de la Méditerranée pour qu’elle voie le jour. Le public cannois l’a accueilli comme il se devait, avec un bel enthousiasme.

En 1943, un peu partout en Afrique du Nord et d’ailleurs, une levée en masse a lieu. Nous allons suivre ces hommes depuis leurs villages, puis leur enrôlement, et, étape par étape, leur progression avec les troupes de libération.
Très vite et sans que cela soit souligné à outrance, apparaît, presque gentiment un ordre perçu alors comme « naturel », métropolitains contre habitants des colonies et, au sein de ces derniers, entre pieds noirs et le reste de la troupe, cantonnée au bas du rang à payer le prix du sang.
Un des personnages inattendus, tiraillé entre ce pays où il vit, le respect qu’il éprouve envers ses soldats et la discipline militaire, est le sergent Martinez, campé de manière superbe par Bernard Blancan.
Si l’on souligne cette bonne surprise, c’est qu’elle est à l’image du reste.
L’affiche réunit des acteurs et noms suffisamment connus pour perturber le film à leur apparition à l’écran : Jamel Debbouze, Samy Nacéri, Roschdy Zem et Sami Bouajila.
Le premier campe un rôle de gosse perdu, pris sous son aile par Martinez.
Le second est soudé à un frère qu’il perdra.
Le troisième tombera amoureux à Marseille, liaison contrariée par la censure de ses lettres, pourtant anodines.
Le dernier est le seul à avoir atteint le grade de caporal et à nourrir l’illusion de pouvoir progresser au-delà, grâce à son travail et son mérite. Tous s’expriment en arabe, ce qui est tout de même plus juste et précis que l’anglais américain de Marie-Antoinette.
Pour parer à l’effet de label, le réalisateur les « injecte » progressivement à l’écran. Il prend le parti de les noyer pour une part dans les séquences de combat, de s’attarder sur les relations entre d’autres personnages (voir le colonel interprété par Antoine Chappey) avant de les réunir pour la toute fin de son film.
Si la mise en scène est parfois didactique, cette manière ne nuit guère au résultat qui ne joue pas au film de guerre tel qu’un Samuel Fuller a pu en traiter mais plutôt à l’humanisation de parcours.

Le chemin s’achève en Alsace libérée par ces troupes. Rachid Bouchareb explique qu’un des points de départ de son écriture a été la lecture d’un article relatant l’édification d’un monument à ces tirailleurs dans le village alsacien qu’ils avaient libéré, au prix de lourdes pertes. Indigènes doit permettre de faire connaître cette histoire au plus grand nombre. Il n’est que temps.
Michel Guilloux, l'Humanité






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